GENEVIÈVE INJUSTEMENT ACCUSÉE
Le soir, elle filait au milieu de ses femmes; et plus d'une fois, dans le silence des nuits, quand les rajons de la lune venaient blanchir ses vitraux, elle s'asseyait seule à sa fenêtre, prenait son luth, et chantait de pieux cantiques. Mais son plus grand soin était de maintenir l'ordre et la pureté des moeurs, et elle ne souffrait pas qu'aucun de ses gens s'écartât des principes de la morale et de la vertu.
L'intendant, que le comte avait mis à la tête de tous ses biens, s'appelait Golo. C'était un homme adroit et rusé, qui savait s'attacher à tout le monde par ses manières insinuantes. Il n'avait ni conscience ni religion. N'ayant d'autre Dieu que l'intérêt et le plaisir, il ne s'inquiétait point que ses actions fussent justes ou non, pourvu qu'il en retirât quelque avantage ou qu'il satisfît ses passions.
Aussitôt après le départ de Sigefroi, il commença à se conduire en maitre absolu. Il s'habillait avec plus de magnificence que le comte lui-même, et dissipait en fêtes et en repas somptueux les trésors confiés à ses soins. Il traitait avec une hauteur insolente les plus anciens serviteurs, privait les ouvriers de leur salaire, et refusait aux pauvres la plus légère aumône. Il n'avait d'égards que pour Geneviève. Ses attentions, son respect pour elle étaient sans bornes. La noble dame toutefois conservait toujours vis-à-vis de lui un ton plein de dignité et de réserve. Souvent même, elle lui recommandait de suivre les ordres' du comte et de mieux remplir ses devoirs. D'abord il parut écouter ses avis avec déférence, et s'efforçait de lui cacher ses vices; mais peu à peu, son audace s'accrut. Levant le masque, il poussa l'impudence jusqu'à lui faire les propositions les plus outrageantes. La comtesse indignée le chassa avec la plus grande horreur, et, dès lors, il lui voua une haine atroce et