‹ Geneviève de BrabChapitre 7 sur 24 · GENEVIÈVE INJUSTEMENT ACCUSEE · texte numérisé non relu

GENEVIÈVE INJUSTEMENT ACCUSEE

résolut sa perte. Geneviève, alarmée, écrivit aussitôt à son époux, lui peignit l'infâme Golo tel qu'il était, et le conjura d'éloigner d'elle au plus tôt ce misérable indigne de sa confiance.

Le cuisinier du château, nommé Dracon, était un honnête homme qui n'avait en vue que les intérêts de son maître; il s'opposait de tout son pouvoir aux projets de Golo. Il se chargea de faire porter secrètement au comte, par un homme de confiance, la lettre de Geneviève ; mais le rusé Golo eut vent de ce projet. Au moment où Geneviève remettait, un matin, dans son appartement, sa lettre au cuisinier, Golo entra tout à coup, l'épée à la main, poussant des cris horribles, et tua le malheureux Dracon sous les yeux de la comtesse.

Tous les habitants du château accourent, et le plus horrible spectacle s'offre à leurs yeux. Dracon est étendu par terre nageant dans son sang, et Geneviève évanouie sur un fauteuil, à côté du cadavre de son infortuné serviteur. Golo saisit cette occasion pour proférer contre la comtesse de si infâmes calomnies, que tout le monde en fut saisi d'horreur. Il se hâta d'écrire à Sigefroi une lettre où il accusait d'une criminelle infidélité, la plus honnête et la plus vertueuse des femmes; puis, en attendant l'effet de cette trame odieuse, il fit enfermer Geneviève dans la plus forte tour du donjon.

Golo connaissait à fond le caractère du comte : il savait que Sigefroi était juste, généreux et sensible, mais qu'il résistait difficilement aux premiers emportements de sa colère. Aussi comptait-il arracher au comte un arrêt inique et cruel, car il n'avait rien négligé pour exciter l'indignation et la jalousie de Sigefroi.

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y\^-A tourdestinée à recevoir les criminels portait *^C* 4o ^^ ^'^^ ^^ ^^^^ ^^^ malfaiteurs; c'était une *^i«M; horrible prison. Jamais Geneviève n'avait pu

passer près de ce triste séjour, sans être saisie d'effroi, et sans éprouver une tendre compassion pour les malheureux qui y étaient renfermés. Et Golo l'y avait fait précipiter elle-même ! Cette prison était froide, sombre, solitaire comme un tombeau. L'eau suintait le long de ses noires murailles de pierres, 'que la mousse tapissait çà et là, et les briques rouges formant le pavement étaient humides et en mauvais état. Jamais un gai rayon de soleil, où la douce clarté de la lune n'y pénétrait. Une faible lueur qui se glissait à travers la grille de fer d'un étroit soupirail, et que les vêtements blancs de Geneviève réfléchissaient, ne servait qu'à augmenter encore l'horreur de ce sinistre lieu. L'infortunée comtesse n'avait qu'un peu de paille pour reposer ses membres délicats; une cruche d'eau servait à apaiser sa soif, tandis qu'un morceau de pain noir prolongeait sa pénible existence.

Geneviève ne fit d'abord que gémir et pleurer; mais après avoir payé ce premier tribu à la nature, elle recouvra tout son courage. Joignant les mains avec ferveur, elle leva les yeux vers le ciel :

— 0 mon Père, qui êtes dans le ciel, j'élève vers vous

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mon cœur et mon esprit, du fond dos entrailles de la terre; vous êtes seul mon refuge, car je suis délaissée de toutes les créatures! Aucun œil humain ne voit mon affliction et ma détresse, aucune oreille n'entend ma voix plaintive; mais vous, ô mon Dieu, vous voyez mes larmes, vous entendez mes soupirs, car vous êtes présent partout ; oui, vous êtes près de moi, dans ce cachot ténébreux. Mon père et ma mère ignorent mes malheurs, une longue distance me sépare de mon époux. Nul de mes amis ne peut me tendre une main secourable; mais vous," voire bras est toujours le siège de la puissance, et vous pouvez briser les portes de ma prison. Ayez pitié de moi, venez à mon secours !

Elle demeura longtemps sans pouvoir ajouter une seule parole, ni répandre une larme,

— Ah ! pensait-elle, combien les plus pauvres d'entre les hommes sont plus heureux que moi ! Ils peuvent, au moins, contempler le bel azur du ciel et la douce verdure des champs. Ah! pourquoi ne suis-je pas une pauvre bergère, plutôt que la fille d'un prince? Pourquoi suis-je comtesse, et non pas simple mendiante? Je serais bien plus heureuse! Hélas! j'ai tout perdu... Tout s'est évanoui... Plus de titres, plus de grandeurs; le soleil même, qui luit pour tous les hommes, n'existe plus pour moi. Cependant, continua-t-elle, en recommençant à pleurer, vous me restez encore, ô mon Dieu! Ah! soyez mon soleil! oui, dès que je pense à vous, une douce clarté pénètre dans mon âme, et mes yeux desséchés retrouvent les pleurs.

En ce moment, les paroles du vénérable évêque lui revinrent à l'esprit.

— Etait-ce là, s'écria-t-elle eu promenant ses regards dans l'obscurité de son cachot, était-ce là, digne prélat, le bonheur que vous me promettiez? Voilà donc où je

GENEVIEVE EN PRISON

devais parvenir après avoir passé sous des arcs de triomphe parés de guirlandes de fleurs... à un cachot affreux ! Cependant, ô mon Dieu, puisque vous avfz permis que j'y sois renfermée, il faut que ce soit pour mon

Je vous ferai périr tous les deux. (P. 25.)

bonheur... Les épreuves sont aussi un don de votre miséricorde; ce sont des grâces déguisées. Vos bénédictions se cachent sous l'apparence du malheur, semblables à ces fruits savoureux que recouvrent une écorce amère.

GEN. DE BR

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J'accepte donc avec résigoaiion les souffrances que m'envoie votre main paternelle. Puisque vous daignez m'éprouver, je me soumets à votre volonté sainte, sans me plaindre de mes persécuteurs. Vous le voulez, ô mon Dieu!... me voici résignée... disposez de moi selon votre volonté... Seulement, consorvez-moi votre grâce... Personne ne pourra me nuire, à moins que vous ne le permettiez.

Cette prière répandit dans le cœur de Geneviève les plus douces consolations. Une voix intérieure sembla lui dire :

— Courage, Geneviève! tu auras encore beaucoup à souffrir, mais le Seigneur mettra un terme à tes infortunes. Si tu parais coupable aux yeux des hommes, un jour viendra où ton innocence leur apparaîtra plus brillante que le soleil.

Ces consolantes pensées mirent un terme à ses souffrances, et elle put goûter un paisible sommeil.

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