LA. JEUNE MÈRE
— 0 mon Dieu, dit-elle, c'est vous qui me l'avez donné, c'est de vous qu'il a reçu la vie ! Il est à vous, je veux vous le consacrer! Oui, ce sera là mon premier soin. Je ne puis aller vous l'offrir dans votre saint temple, mais vous êtes présent partout, ô mon Dieu ! Il n'y a ici ni fonts baptismaux, ni prêtre pour verser l'eau sainte sur la tête de mon fils, ni père à qui le ministre de Dieu puisse rappeler ses devoirs, ni parrain qui réponde pour l'enfant. Il faut donc, cher enfant, que ta pauvre mère te serve à la fois de prêtre, de père et de parrain. Je vous promets donc solennellement, 6 mon Dieu, si vous nous conservez la vie, d'apprendre à mon fils à vous connaître, à vous aimer, à vous servir ; de l'élever dans la pure croyance à la très sainte Trinité, et dans la pratique de la charité fraternelle... Je veillerai sur le précieux trésor de son innocence, afin de le conserver pur et sans tache en votre présence.
La pieuse mère pria longtemps à genoux. Quand elle se releva, elle versa de l'eau sur la tête de son enfant, en prononçant les paroles sacramentelles, et lui donna le nom de Bénoni, c'est-à-dire enfant de la douleur. Elle enveloppa son fils dans ses vêtements, et le posa sur ses genoux.
— Ce sera là ton berceau, cher fils, dit-elle.
Puis, jetant un triste regard sur le petit morceau de pain noir et dur qu'on lui apportait chaque jour, elle ajouta avec une émotion douloureuse :
— Voilà donc quelle sera ta nourriture, pauvre enfant! Hélas ! ce pain est dur et amer, il sufïit à peine à ta mère. Mais, ne crains rien, mes larmes sauront l'amollir, et la bénédiction de Dieu fera en sprte qu'il y en ait assez pour nous deux.
Un jour, l'enfant s'endormit sur son sein. Geneviève se pencha vers lui, et soupira cette prière ;
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— 0 mon Dieu, abaissez vos regards sur cette innocente créature! Hélas! sous ces voûtes glacées, sans air, sans soleil et sans chaleur, cette fleur si tendre ne peut que s'étioler et mourir ! Doux Jésus, ne le permettez pas ! Je donnerais volontiers ma vie pour sauver celle de mon enfant, mais vous l'aimez encore plus que ne l'aime sa mère, car vous avez dit au prophète : « Une mère ouhlierait son enfant, que moi je ne l'oublierais pas... »
Ces paroles réveillèrent l'enfant, qui, pour la première fois, sourit à si mère. Geneviève lui rendit son sourire ; c'était la première fois depuis sa captivité,
— Cher enfant, dit-elle en le pressant sur son cœur, que ton sourire est doux ! L'horreur de ce noir cachot n'est rien pour toi! Ah! que j'aime ton sourire! C'est comme si tu disais à ta pauvre mère : « Ne pleure plus, et prends courage ; tu es bien pauvre, mais Dieu est riche ; tu es privée de tout secours, mais Dieu est puissant et secourable; tu m'aimes beaucoup, mais Dieu nous aime bien davantage. » Ah! souris encore, cher enfant! tant que tu souriras, je ne pleurerai plus !
Quelques jours plus tard, Golo entra dans la prison; ses traits menaçants ne respiraient que la fureur.
— Ma patience est à bout, dit-il à Geneviève, et, si vous persistez à résister à mes volontés, c'en est fait de vous et de votre enfant. Je vous ferai périr tous les deux.
Et il accompagna ces cruelles paroles d'un blasphème épouvantable.
— Plutôt souffrir mille morts, répondit Geneviève avec fermeté, que d'avoir à rougir devant Dieu, devant mes parents, devant mon époux, et devant tous les hommes vertueux!
Golo lui lança un regard furieux, et sortit du cachot, tout pâle de colère. Il poussa la porte avec tant de violence, que les voûtes souterraines delà prison en furent ébranlées.
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