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Trente-six heures se passèrent ainsi sans apporter aucun changement à l'étal du malade. Le troisième jour, qui était le neuvième de la maladie , le médecin fit , en s'en allant, un geste de découragement.
— Nous n'avons plus que les miracles pour nous , me dit-il en descendant l'escalier, et la nature ne les multiplie pas ; si je le trouve aussi mal ce soir, il sera temps de dire à ce pauvre jeune homme de songer à ^es dernières dispositions.
Je fis quelques pas avec mon ami dans la rue, et je rentrai triste, pour Geneviève et pour l'enfant, du pronostic du médecin.
A peine étais-je rentré dans la tour de l'auberge que legrelots d'un mulet des montagnes se liront entendre derrière moi. En me retournant, je vis mi vieillard encore vert , un long bâton avec le pommeau garni de lanières tressées de cuir à la main, qui menait par la bride un petit mulel sur le bât duquel était assise une jeune paysanne d'environ vingt-six ans. Geneviève avail reconnu avant moi le son des grelots el pressenti le père la Cloche. Elle était déjà sur L'escalier, se précipitant au-devant de lui avec reniant. Elle dit bonjour an vieillard , pendant que l'enfant, qui la devançait et qui avait reconnu sa mère, se jetait en fondant en larmes dans les bras de la jeune paysanne.
(Tétait une charmante tète de Grcnze, ce peintre qui , né sous la chaumière, a surpris le mieux, après Raphaël, la Vénus rustique, la beauté champêtre, la simplicité, la grâce et la candeur de visage des jeunes filles et «le- enfants des hameaux. Le frère de Greuze éèail curé d'une des terres de mon grand-père ; quand le Raphaël des paysans venait passer des jours d'été dans si famille, le curé amenait !•■ peintre au château. En s'en allant, il laissait toujours quelque ébauche de son pinceau à mon grandpère, une ligure, nue tête, un liait de mœurs esquissé mr un lambeau de toile. On encadrait , après le départ du peintre, ces jeux négligés de son génie. Ce> figures de Greuze ont été les premiers tableaux sur lesquels mes re-
gards d'enfant se soient reposés; c'esl de là, je pense, que m'est venu ce sentiment de la beauté villageoise , beauté douce à l'œil, qui n'éblouit pas, mais qui touche, et dont l'expression uniforme et paisible rappelle la pénétrante mélancolie de ces notes simples que les Sûtes * l« ■— bergers font retentir toujours les mémos dans le lointain du fond do nos vallons boisés.