‹ GenevièveChapitre 30 sur 44 · CXL · texte numérisé non relu

CXL

Telle était la figure (!«• Luce, la jeune femme du magnien. Lis pervenches qui croissaient à l'ombre, au bord de la source , n'étaient pas d'un bleu plus pâle et plus nuancé de reflets d'eau courante que ses yeux. Ses traits étaient calmes comme des lignes que la passion n'a jamais altérées ; sa bouche , même dans l'inquiétude et dans le chagrin qui pâlissaient et qui faisaient palpiter ses lèvre*. avait ce pli de tendresse et ce sourire vague de bonté qui îeste, pour ainsi dire, sculpté sur les bouches toujours entr'ouvertes des jeunes paysannes. De belles dents courtes et rangées comme des dents de brebis éclataient sous ses lèvres. Un chapeau rond, à forme tout à fait plate et à larges bords , relevés d'un galon de lil noir, couvrait sa coiffe blanche. 11 en sortait à peine quelques nattes de cheveux noirs. Un fichu de laine rouge était croisé sur la poitrine ; une robe de laine verte, très-courte, des bas gri* et de gros souliers ferrés , recouverts sur le cou-de-pied d'une agrafe d'argent, formaient tout son costume.

A peine eut-elle embrassé le petit , en L'élevant de ses deux liras vigoureux jusqu'à son visage, comme s'il eût été un nourrisson de dix-huit mois, qu'elle monta l'escalier en l'emportant suspendu à son cou. L'enfant lui montra la [toile, puis le lit ; elle s'approcha à pas muets, et, tombant à genoux au chevet , elle entoura le corps du malade de son bras droit, et baisa son front moite à plusieurs reprises, tout en serrant encore de son bras gauche le pauvre petit] Geneviève et moi, nous l'avions suivie sans qu'elle eût l'ait grande attention à nous, et nous assistions, étnus et muets, à ce triste embrassement.

— 0 mon Jean! dit-elle, me reconnais-tu?

Le malade ne lui répondit qu'eu lui serrant la main avec tout ce qui lui restait de forces et en tournant vers elle ses yeux où l'on vit monter deux dernières grosses larmes. Elle les essuya avec ses doigts et baisa après sur ses yeux cette puissante expression de la tendresse du mourant.

— Ah ! tu me reconnais ! Eh bien ! c'est bon, dit-elle, je t'empêcherai bien de mourir, puisque ton coeur parle encore en toi pour moi ; car qu'est-ce que je deviendrais sans toi, moi qui n'ai plus ni père, ni mère, ni frère au inonde? Et qui est-ce qui couperait le bois ? El qui Bst-ce qui faucherait le coteau? Et qui est-ce qui travaillerai! l'hiver pour reporter en été du pain et des liards à la maison? Et qui est-ce qui élèverait reniant, et qui lui ap-

prendrait l'état'! El qui est-ce qui aimerait autant sa pauvre Luce?... Enfin, elle se mil à lui dire toutes les raisons |ioni' lesquelles il lui était interdit de mourir, commi >i elle avail cru que mourir était un acte de volonté ou de découragement de sa part, el que la maladie était un caprice qu'on écartait à force de bonnes raisons.

Mais I»' pauvre malade, un moment réveillé de son issoupissement par le son de voix et l'embrassement de sa femme, ne l'entendait déjà plus. Ses yeux s'étaient refermés, sa poitrine respirait péniblement . ses balbutiements inarticulés annonçaient ses derniers rêves. Sa femme, le visage caché dans ses couvertures, relevait de temps en temps son visage pour le regarder. L'enfant cherchait à la consoler eu lui parlant de Geneviève, dont les soins l'avaient sauvé jusque-là, du médecin qui venait le visiter deux ou trois fois par jour comme si c'était un monsieur, et de moi qui les avait menés, lui el Geneviève, en tenant leur monture par la bride et qui ne les laissais manquer de rien • laiis la maison.

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