I III I.! > !■. \ ! I. \ K
osé; c'esl une tille de Ja plaine, el moi, je suis un garçon des montagnes; c'esl une demoiselle de la ville, el « moi, je suis nn paysan du village. J'ai eu peur d'être « méprisé, cl puis, si elle m'avait dil non, je serais tombe (i de chagrin sur la route. Je n'ai pas parlé, mais je serai «i plus hardi la saison qui vient, laissez-moi faire. — La « saison qui vienl s'en allait toujours de même, et le e pauvre garçon séchait sur pied, el nous le voyions dé- « périr de l'été à l'automne. A la fin, je lui ai dit : Veux- (i lu que j'y aille, moi? Ta mère es^ boiteuse, elle ne pourrait jamais descendre si bas et remonter si liant. Je (i suis vieux, mais je suis hardi, va; je chercherai une « chose ou l'autre à acheter dans sa boutique, je serai un " rusé montagnard peur lier la conversation avec elle, je m'informerai dans Voiron, je saurai si c'esl une brave » fille, je verrai si elle est avenante, si elle est jolie, si elle est bonne pour le pauvre monde, el je lui dirai : Cyprien vous aime! — J'ai fait comme j'avais dit, made- " moiselle Geneviève; ne m'en voulez pas; ei maintenant, " vous, dites-moi franchement, à votre tour, aimez-vous (i Gyprien? »
Je ne répondis que par un gros soupir, ''l il !«• comprit. Eh bien! c'esl bien, dit-il; puisque vous l'aimez, « voulez-vous l'épouser et être notre fille là-haut? »
Je ne répondis pas davantage ; mais je me nn'< à pleurer.
(i — Eh bienl c'est bien, dit-il encore, nous ferons la
noce à la Ssint Jean. Je vais remonter là-haul el • 'jouii
le cœur de mon (ils. Cyprien viendra à préseul vous faire « la cour librement, jusqu'au jour dès fiançailles : il n'aura pas l'embarras de vous dire que vous lui plaisez, ni de vous demander si vous êtes contente. J'ai parlé pour lui, («•ut est dil . Adieu, mademoiselle Geneviève, je no prendrai pas même un verre de vin à Voiron, de peur de retarder le bonheur de Cyprien. Je suis sur qu'il m'attend à moitié chemin, et qu'il compte mes pas dans sa pensé
Et le vieillard partit , aussi leste qtte s'il avail empoi'lé pour lui-même le premier aven de sa fiancée.
Le dimanche suivant, monsieur, je vis revenir Cyprien
à la maison, comme à l'ordinaire. 11 avail l'air bien heureux et bien honteux tout ensemble , et moi de même. Il me prit ta main en tremblant par-dessus le comptoir, où je repliais une aune de serge, et il mêla serra doucement en regardant sur mon visage si j'étais fâchée. Je ne dis rien et je n'eus pas l'air en colère; ça l'encouragea : « Vous ■< n'êtes donc pas tachée contre moi , qu'il me dit, Geneviève? )> Je lui répondis seulement : « Non, » d'une voix I rès-douce, et je ne retirai pas ma main. Alors nous restâmes comme cela tous les deux longtemps, longtemps, sans rien nous dire : mais mon cœur battait si fort , et le sien aussi, contre le comptoir, qu'on les entendait comme des balanciers d'horloge.
— Geneviève, dit-il enfin, mon père vous a donc • parlé!
— ■ Oui, que je lui réponds; et rien de plus.
h — Eb bien, alors, il faut nous liaiicer le mois qui \ ienl.
ii — Le mois qui vient 1 répondis-je.
<i — Vraiment, qu'il médit, en se levant et en retirant h sa main pour la battre de joie contre l'autre.
<( — Vraiment! répliquai-je avec gravité, comme- si « j'avais fait un serment .
« — Eh bien, alors, allons nous promener clans les « prés, me dit-il, car je ne peux pas tenir en place. Les e plantes des pieds me font mal du désir de sortir avec « vous, Geneviève, et de dire à tous mes pays que nous q rencontrerons et qui se demanderont : Avec qui donc « est Cypricn? C'est ma promise. »
El nous sortîmes.
Nous nous promenâmes tout le soif, bien loin , bien loin, dans les prés, sur le bord de la rivière. La petite était avec nous, qui n'y comprenait rien et qui jouail devant on derrière, avec les papillons sur l'herbe et les petits poisons sous l'eau. Nous ne nous disions guère plus qu'à la maison ; mais nous nous (enions les mains, tout le temps, par le bout des doigts, comme des enfants qui vont à l'école. Ça lui faisait plaisir et à moi aus>i, et nous soupirions m fort, si fort, que la petite me disait par moments touj bas : H Tu as donc du chagrin, Geneviève? Pourquoi donc " ee vilain M. Cjprien est-il venu te taire de la peine? »
Cela faisait rire Cjprien, à qui je le redisais quand la petite était loin, et je me incitais les bords de mon tahlier SUT les veux , connue M j'avais pleuré ; niais c'était pour
sourire et pour regarder, eu souriant, Cyprien, qui me
-errait le doigt. Puis la petite venait me tirer mon tablier <le ilessns les veu\ et disait : « \\\ ! vous riez : n'est un b;tilinacc ' »
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Nous ne rentrâmes que bien lard à la maison, ce jourià, après èiiv convenus de tout. Cyprien repartirai! la même nuit ; il ferail ses foins pendanl les deux semaines; il viendrail me chercher à Voiron pour que les fiançailles se lissent dans le village ei dans la maison de son père, à cause de sa mère boiteuse qui ne pouvail pas descendre : ilme ramènerait le même jour à Voiron, el nous nous marierions après les orges rentrées, la semaine d'avant l'Assomption.
Il partit content comme si non- eussions été déjà l'un à l'autre. Il croyait à ma parole, le pauvre garçon, comme m c'eût été parole d'Evangile. Ah! monsieur, que j'ai été traître ! dit-dit' en se frappant la poitrine avec ses aiguilles de bas, comme si elle eût voulu se les plonger dans le cœur ; niais c'était pour on bon motif pourtant, reprit-elle avec un accent de conviction qui parut la consoler elle-même.
— Comment. Geneviève! lui dis-je avec étonneinenl , vous avez été traître, vous?
— Ali ! monsieur, quand je dis traître, je veux dire étourdie ; mais bien malheureusement étourdie ; vous allez voir. Mais, avant de recommencer à vous conter tout cela, laissezmoi jeter quelques éclats de sapin sur le feu qui va s'éteindre, et regarder dans la marmite si les pommes de terre que j'ai promis de porter avant le jour aux enfants de la pauvre Marguerite cuisent bien.
Elle jeta des éclats sur le l'eu, elle ouvrit le couvercle d'étain , elle remit une poche d'eau sur les pommes de terre, qui brûlaient un peu, et elle \inl se rasseoir sous la
lampe. Je profitai de l'interruption pour délier I»' cordon de mon chien qui faisait du brait avec ses grelots en prenant des mouches, el pour étendre une goutte d'huile de plus sur les bassinets de mon fusil. Geneviève continua
ainsi :
L'histoire des douze sous, que le père Cyprien avait racontée aux cabarets et sur la route en s'en allant, pour se vanter de sa finesse, et la promenade que j'avais faite dans les prés avec son lils le dimanche d'après, avaient l'ail du bruit dans Yoiron. Les voisines et les jeunes filles mes amies faisaient, semblant de se moquer de ce que j'allais épouser un jeune homme delà montagne, qui portail des guêtres de cuir et des cheveux longs; mais au fond elles me portaient envie toutes; je le comprenais bien quand on me disait qu'elles disaient entre elles : « Tiens! puis- « que le beau montagnard voulait se marier en plaine, il « aurait bien pu en trouver d'aussi jolies e( de plus riches « que Geneviève! » Les plus sages me faisaient compliment; elles me disaient : « Tu as bien (ait, Geneviève, « l'habit n'y fait rien, va; tu entres dans une bonne fa- (i mille : le bon Dieu te devait ça pour toutes les peines
que tu t'es données avec la mère. Elle sera bien con- « lente, dans le paradis, de te savoir établie avec un si « beau, si riche et h honnête garçon. » Moi, j'écoutais tout cela, et je songeais à me taire la plus bette que je
pourrais le jour de nos fiançailles, pour taire honneur à
Cyprien.
J'avais amasse une petite économie en petites pièces après avoir vécu el payé l'apprentissage de la petite chez la dentellière; j'avais mis cela dans le coffre àsel, â côté de notrelit. Je me <li^ : Il Paul l'acheter du linge, une robe neuve, nue ((tille, des souliers de peau de chèvre el une bague • l'or pour Cyprien, des boîtes de dragées pour les parents el le^ voisines. Je dépensai toul à me l'aire un trousseau, puisque ma mère n'avail pas pu m'en l'aire un avant de mourir: Mais aussi . j'étais aussi bien nippée qu'une fille
.pii aurait en père et mère. Tout cela était étalé sur le cofire à sel , à la tête du lit. J'y allais bien vingt fois par jour pour le regarder et pour nie dire ; « A quoi ressem- « bleras-tu, Geneviève, quand lu seras là-dedans*.' » Vraiment, monsieur, je n'osais pas l'essayer, tant j'avais peur de ne pas nie reconnaître. J'aurais rougi de nie parer ainsi, même devant la petite Josette.
A la fin, il fallut bien m'endimancher, car c'était le matin du jour où Cyprien devait venir me prendre pour les fiançailles. Je menai Josette de grand matin chez sa maîtresse, je prai celte femme de la garder deux jours el de la Hure coucher avec ses enfants. Je lui recommandai d'être bien sage, je l'embrassai et je revins m'babiller.
A peine avais-je fini de boucler mes souliers et d'épirigler mou fichu rouge devant et derrière ma robe de soie verte, que j'entendis le pas d'un mulet qui s'arrêtait devant la porte. On frappa; j'ouvris : c'était Cyprien en babits neufs, en souliers neufs , en chapeau neuf à grands bords tombant sur les épaules, presque aussi longs et aussi
Il»; GENEVIÈVE
noirs que ses cheveux. Il ne liiisnii pas eneorc bien jour, bien que ce lui trois semaines après Pâques. Il h'v avail personne encore aux fenêtres ni dans la rue.
Cyprien avait marché de nuil pour m'emmener dès le point du jour, afin d'arriver à l'heure de la messe au village. Le mulet mangeail sur la porte, dans une résille de chanvre cordé qui lui |i;iss;iii autour du cou, et qui lui rapprochait son herbe de la bouche. Il avail un panache rouge sur le fronl , un collier de grelots qui sonnaient gaiement à chaque mouvement de son encolure, un poitrail de cuir garni de plaques luisantes comme nV l'or, une selle large, rembourrée, couverte d'un beau lapis de laine de couleur sur le dos, avec un gros pommeau de cuir et de cuivre pour s'appuyer sur le devant, et deux étriers de fer suspendus à des courroies courtes, au milieu de la selle, pour qu'une femme y pût mettre ses pieds.
(i Allons, Geneviève, me dit Cyprien , ne perdons pas « un coup de l'horloge; la route esl longue, le soleil mar- « elle vite une fois qu'il sorl des sapins, la famille nous o attend. » Je fermai la porte, je lui donnai les clefs connue s'il eûl été déjà mon mari. Il me prit dans ses bras connue si j'avais été une javelle d'orge \erl : il m'assit sur la selle, il passa mes pieds dans les étriers; il me mil la
bride dans une main, il me dil de me tenir de l'autre
main au pommeau de ht selle : « N'ayez pas de crainte,
(i Geneviève, qu'il me dil, je vais marcher à coté, un peu
en avant, en tenant le mulel par le licou, el s'il fait un
faux pas. ou si vous avez peur, criez librement, etjetez-
<' vous de mon côté, je ne nous laisserai pas tomber ;'i
terre, allez !
,) avais bien |u ni ; mais je ue <li> rien et je me i issurai en regardai! I les épaules el les clieveui deGyprien, qui lundi. lient presque mon genou et qui balayaient la poussière de mon soulier. Je me dis : « Je n'ai rien à craindre si près de lui. I 11 n'était pas tout à lait jour encore quand nous traversâmes le petit pont au milieu des prés et que nous commençâmes à grai ir le sentier qui mène aux montes,
Cyprien, sans me regarder et sans nie rien dire, se mil à chanter de toute sa force, et avec une si belle voix que les rochers de la route en sonnaient, la chanson îles fiançailles dans la montagne. Von- savez bien, monsieur, cette chanson qui dit :
Belle, ouvrez-moi la porte A lheure de minait.
Les grelots et les fers du mulet sur les roches luisantes accompagnaient la chanson de Cyprien , et les rossignols qui s'éveillaient, et les alouettes qui partaient, et la chute de- cascades qui bruissaient, et les jeune- fiiks qui sortaient du lit el qui se mettaient sur les portes de leurs chalets pour nous voir passer, tout cela était >i gai, Monsieur, que je ne me sentais plus le cœur de contentement, • t qu'il me semblait qu'on m'enlevait au troisième ciel. ,1c me souvenais d'avoir vu dans la Bible, sur le lit de ma mère, la figure d'une <ainte Vierge, assise aven- l'enfant Jé-u^ sur un mulet, qu'un ange menait par la bride pour
voir sa cousine. Je me disais : « Tu es comme une sainte « Vierge, mais qu'as-tu fait de l'enfant? » Et je me sentais mi petit inomenl le cœur Lriste en pensanl que j'avais laissé Josette en arrière; mais ça ni- durait pas. Cyprien tournait un autre rocher, entrait dans un antre Lois, traversai! une antre torrent à gué, ses jambes nues dans l'eau (tu bien en croupe derrière moi sur le mulet, el tout redcvcnail surprise, joi< el rire comme avant.
.l'étais si neuve à la vue des pays, monsieur, du ciel. des montagnes, des bois, des eaux, de toutes ces choses qui couvrent la terre ! je n'étais jamais sortie de Voironet presque jamais de ma chambre; tant cela m'entrait dans les yeux comme un feu d'artifice. .l'admirais tout, j'interrogeais Cyprien sur tout, je criais de tout, et cependant je n'avais peur de rien, parce que j'étais avec lui. Mais, s'd faut vous l'avouer, monsieur, deux ou trois fois je li- semblant d'avoir trop peur au bord des ravins et au bruit du torrent ; je poussai un cri et je me jetai, ma main sur son épaule, autour de son cou, pour rpi'il me soutînt à demi et qu'il m'entourât de son bras robuste, sou-; lequel je ne craignais plu- rien.
— \il il n'en profita pas pour vous embrasser 11110 seule fois, Geneviève .'
— Oh ! non, 11 sieur, je vous le jure, dit-elle, il était.
trop honnête homme pour cela; il ne m'embrassa pas plus que mou ange gardien but la route. Il était plus rouge de honte que moi ; il ne me toucha pasdu bout des lèvres jusqu'à ce qu'il fût devant tout le monde, à table, dan- la
maison de sa mère, e( que son père lui dit : « Allons, Cy-
prien, embrasse donc ta fiancée ! o
Nous nous arrêtâmes bien quelquefois pour faire souf-
llcr le mulet à l'ombre, d;iii> le creux du rocher, au boni (locaux qui écumaient. Il cassail i\r> branches d< jeunes sapins qu'il me donnait pour m'éventer ou pour chasser les mouches de mes joues, même nue fois que j'avais soif il alla me chercher de l'eau au torrent dans le creux de ses deux larges mains, qu'il arrondit comme une coupe; il les éleva vers moi, el j'y bus en me penchant comme à la source. Je ne pouvais pas me rassasier d'y boire ainsi; il me semblait que ça me familiarisait avec celui qui devait être mon mari, et que je buvais véritablement sa sueur et sa vie. Je prolongeais le jeu au delà de ma soif, el lui riait et me disait : a Bien, mademoiselle Geneviève, ne vous press( / pas : c'est comme cela que nous buvons à ta montagne quand nous fanons le foin, g Puis, quand j'avais fini, il buvait après moi, ouvrait les mains el me jetait quelques gouttes au visage pour me rafraîchir le front. Voilà tout ce qui nous arriva en chemin.
Mon Dieu ! que je trouvais donc tout cela beau ! les gor- - dans lesquelles il semblait que le mulet ne pourrait jamais passer, tant les rochers et les sapins se rapprochaient comme pour murer la route; les neiges fondues qui bondissaient, comme des agneaux qui se noient, de roches en rocher, en jetant des cris, en hurlant, en sifllant comme des personnes ; les bras îles sapins qui s'étendaient sur le chemin et qui me forçaient à baisser la
tête sur le cou de la bête, île peur d'y laisser ma coitïe et mon peigne; les précipices tout garnis de fleurs rouges, bleues, jaunes, que je n'avais jamais vues dans les jardins deVoiron; l'écume blanche qu'on voyait au fond, comme
des éeluscs de lait qui auraient coulé du ciel ; les arcs-enciel qui tonnaient des ponts d'un des cotés du précipice à l'autre, et qu'on voyait en ]>as au lieu de les voir en liant ; par moments, de petits brouillards qui sortaient en fumée /les sapins, qui devenaient nuages, qui éclataient on éclairs, en tonnerres, en ondées d'un quart d'heure, cl puis qui se dissipaient, comme les bulles d'air de Josette, en souftlanl dessus, et qui laissaient revoir après un ciel sans tache, aussi bleu que l'eau du lavoir quand les blanchisseuses y ont délayé de lai-éruse; je ne pouvais pas me lasser de regarder, je me disais: » l)ue le monde est « grand! » J'aurais voulu ne jamais arriver et toujours attendre. Cyprien avait vu cela toute sa vie, monsieur, lui; eh bien! il n'avait pas l'air plus pressé que moi. Il médisait: « Geneviève, vous allez croire que je mens, eh « bien, le pays ne m'a jamais paru aussi beau que celle « fois avec vous. Je ne saispaspourquoi, mais c'est connue (( ça. » Et il trouvait toujours que la monture allait trop vite, parce qu'elle sentait le pré, disait-il, et il trouvait toujours une raison poui l'arrêter, tantôt pour resserrer
les sangles, tantôt pour lui enlever un l; suc le cou,
tantôt pour lui ôter un caillou du pied. Ah ! il aimait bien son mulet, allez !
\X\1II Voilà que quand nous fumes arrivés à un long pont de
'.l.M-. \ IL \ \: 1-J1
bois peint eu rouge, mm- le gave qui sépare tes bois <li Montagnol des lM»i< de Valneige, nous entendîmes des coups <lr fusil qui roulaient dans le ravin comme d< - tonnerres. 6 Ne bougea pas, me dit Gyprien : ce sonl 1rs parents qui viennent nu-devant avec les garçons el les filles du pays pour vous faire fête.
Nous les rencontrâmes an milieu du pont. Ils étaienl bien trente, tant garçons que filles, tant hommes d'à-1'
• [ne petits enfants. Le père Cyprien était en avant, ^<>n lils
lui donna la bride du mulet. Les enfants jetaient de-
grains de blé et des coquelicots snu<le> pieds de la bête,
que les planchés du pont en étaient toutes rouges : mais
j'étais plus rouge que les coquelicots moi-même, de lionte
de me voir ainsi honorée comme une reine nui ferait son
f entrée dans Jérusalem ! moi pauvre servante, qui n avais
pas vingt ans, voyez-vous : n'était-ce pas pour m'humilier !
On me conduisit ainsi de porte en porte jusqu'à l'église, où le curé, avec reniant de chœur, nous attendait pour bénir les fiançailles, et de là au chalet du père Cyprien, pour saluer la mère et goûter le pain. Devant toutes les. maisons dis;>éminccs que nous rencontrions, il y avait auprès de la porte une petite table couverte d'une nappe de chanvre, avec des beignets, des crêpes sucrées, des gâteaux, du vin blanc et des bouquets dans un pot à l'eau,
• h ssus. Les nières et les filles étaient sur le pas de leur porte ; il fallait goûter de tout en passant ; c'était la coutume. Api'ès cela, on était du pays.
La mère de Cyprien me présenta le banc de sapin à trois pieds pour descendre du mulet. Elle me prit par la main, toute boiteuse qu'elle était, et me mena gravement d'à-
bord à l'étable, [mis à la grange, au geoier à blé, à la laiterie, à la fontaine, au lavoir, au four, enfiu dans la maison. Il y avait uue longue table couverte de pain de brioche, de plats cuits au four el de brocs devin. Elle me conduisit près du foyer : on y voyait une quantité de marmites fumantes; elle me fit toucher la crémaillère et les chenets, puis elle m'embrassa et médit deux ou dois mots du pays que je ne compris p;is.
Je n'osais lui répondre, et, si je n'avais pas vu Cyprien, qui était avec ses parents, toujours derrière moi, je me serais sauvée. Les hommes se mirent à table ; la mère, les femmes et moi nous les servions; seulement, de temps en temps le père me faisait asseoir sur le banc, mangernn morceau sur le pouce el boire une lasse de vin blanc avec lui ; le reste du temps, je relevais ma robe de soie à l'agrafe de ma ceinture, je retroussais mes manches, j'ôtais macoiffe el j'allais dans l'évier à côté, avec les femmes, pétrir les galettes, récurer les plats et emplir les bouteilles pour les invités. » Elle n'est pas lière et elle est ouvrière, disaient les vieilles à la mère Cyprien; vous avez du bou- « heur, ça fera une bonne servante à la maison. »
Quand le dîner fui fini, et qu'il ne resta que les pères à Lable, devisant de choses el d'autres en buvant, Cyprien me mena promener dans le domaine, dans les sapins et d.uis le pré de son père ; les vaches paissaient dans l'herbe, qui leur montaient jusqu'aux genoux. Il me les nommait l'une après l'autre, en me disanl leurs défauts el leurs qualités : i Celle-là, c'esl la rousse, me disait-il, elle \i'-iit
il elle-même tendre sou pis deux fois par jour pour
qu'on la sou|age de son lait ; celle-là donne deui pintes
« par soleil ; celle-là laboure comme un bœuf, mais elle
csl toujours maigre el ne broute guère au râtelier : nous
■ l'appelons la servante : celle-là est bariolée de noir el de blond , cesl la plus belle, mais elle esl fièfe el capricieuse comme une chèvre : celle-là a la corne de travers; il faudra prendre garde, Geneviève, jusqu'à ce qu'elle vous connaisse, elle \<>u^ regardera de mauvais Mil. •< Il m'avertissail de (ont, monsieur, <■( médisait
comme il fallait faire pour être agréable àsa mèreel pour me faire aimer à la maison. Je le remerciais el je lui disais : Soyez tranquille, Cyprien; n'ai-je pas servi toute
■ ma vie.' Puis j'admirais les sapins, les orges, les arbres fruitiers, les ruches couvertes de leurs toits pointus de paille grise pour que la neige glissai dessus : les cauards dans la mare, les poules dans le verger, enfin tout , quoi ! el je pensais : .le n'aurais pas besoin de tant avec Cyprien! 11 me ramena toute contente à la maison, où les vieillards buvaient encore, quoique le soleil lut déjà haut dans le milieu du ciel, et me lit voir la chambre que j'aurais avec lui au-dessus de l'élable: on y montait par une échelle de sapin, et il y avait une petite galerie devant, toute tapissée de maïs luisant, comme si la muraille eut été de l'or. La chambre était basse et petite, tout en bois de sapin poli comme un coffre. « Ah! que nous serons i bien là! que je me dis; c'est bien assez grand pour
ux. Je pensais laisser la petite en apprentissage à Voiron, parce que Cyprien m'avait dit en route que sa mère ne voulait absolument que moi, i \A puis, medisais-
. cette pauvre enfant-là a toujours été dorlotée ; ça ne
< comiail pas la peine; ça souffrirait Uop d'être paysanne « dans sa vie, après avoir été quasi demoiselle étant en- « i'ant. o
Nous redescendîmes l'échelle sans eu avoir plus dit. Le mulet toul harnaché nous attendait en J»as. Le père Cyprien me remit dessus. Tout le pays me lil la conduite jusqu'au pont rouge, et nous redescendîmes, Cyprien el nioi, fiancés et contents, par où nous riions montés le matin.
Nous étionsplus gais, monsieur, et plus accoutumés ensemble, parce que maintenant nous ne. pouvions plus nous dédire, el que nous avions bu et mangé ensemble et mis noire main dans notre main. Le temps nous durait, en idée, jusqu'au grand jour ; mais Cyprien me promet ta il devenir tous les dimanches me conduire à la messe à Voiron et me promener dans les prés; canons ferait patienter.
Ali! mon Dieu, que j'étais heureuse! et lui aussi, qu'il était content! Cen'était plus le même garçon que le matin, voyez-vous; il meregardait, il me regard ait" nous nous regardions ! Il cassait des branches à tous les buissons en Heur pour en ombrager la tête du mulet; il parlait à tous les passants d'un air d<' joie el de bonne grâce, comme un homme qui aurait voulu ouvrir son cœur où il y aurai! tropdeeontentement, pour en donner une pari à toul le monde. Kt quand on lui demandait : « Qu'est-ce que lu mènes donc « là si joyeux à la ville, Cyprien? veux-tu vendre la charge « de Ion mulet? — Oh! que lion, qu'il disait; c'est mon
GENKVIKVK |j:
cœui ; jene le vends pas, mais je le laisse prendre, i l'i puis on riail ensemble en buvanl un coup à v,i gourde, el les passants disaient eu -Vu ail, mi : i Voyea donc Cyi prien, il ramène sa fiancée, la Geneviève, la fille do \ii trier. Un beau brin el au bon brin de fille, ma foi! » C'esl ainsi qu'où disait, monsieur. Pardonnez si je me vante; mais il y a si loin, si loin décela !
Nous nous amusâmes si longtemps en route, qu'il était nuit close depuis deux grandes heures, qui ne nous avaienl pourtant pas duré, quand nous arrivâmes au bas des montagnes, sur le pont ile-> prés de Voiron. Cyprien, que la nuit rendait plus hardi, s'arrêta sur le pont, tout près de la maison de la ville : « Nous voilà arrivés, Geneviève, me « dit-il tristement : il faut nous dire adieu avant d'entrer « dans la rue, où tout le monde vous écoute. — Eh bien,
oui, Cyprien, disons-nous adieu là, lui répondis-je, et i quand vous m'aurez descendue du mulet sur ma porte, (( où VOUS m'avez prise, vous n'entrerez seulement pas : a vous repartirez sans nie dire plus haut que mon nom, « pour que les mauvaises langues n'aient rien à dire. »
Alors, monsieur, il mit ses deux liras sur le cou du mulet arrêté, comme un homme qui prie Dieu les deux coudes sur son banc à l'église ; il tourna la tète de mon côté, j'approchai mon visage du sien ; il me dit : i Adieu « donc, mademoiselle Geneviève! » ,1e lui dis : i Adieu a donc, monsieur Cyprien ! i Et puis il soupira bien fort, je soupirai bien fort aussi, et puis il répéta : « Adieu, înao demoiselle Geneviève! »Et je répétai: «Adieu, monsieur
126 <i E NE VI EVE
m Gyprien! » e1 nous répétâmes bien cinquante fois chaciim: « Adieu, Geneviève! adieu, Cyprien! » cl autant de fois nous Soupirâmes sans en «lire ni plus ni moins ; et à la fin il releva le bras gauche pour le passer autour de mon corps et m'attirer un peu vers lui, cl il m'embrassa en me serrant un peu sur sou cœur, el ça fui dit. 11 reprit la bête par la bride, marcha sans plus se retourner el sans souffler jusque (levant nia porte, nie descendit sur le banc <lc pierre, retourna la tète de sou mulet cl pari il sans s'arrêter ni se retourner. Mais j'avais bien vu qu'il pleurait en dedans, et moi je restai un moment toute seule assise sur le banc de pierre dans l'ombre près de la porte, à pleurer aussi tout bas.
Quand je n'entendis plus le bruit des fers du mulet sur le pavé, je pris la clef de la maison que j'avais dans la poebe de mon tablier, et j'entrai en refermant la porte derrière moi. J'allumai du feu, et j'entrai, ma lampe à la main, dans l'arrière-boulique, où étaient mon armoire cl mon lit, pour nie déshabiller, .le ne faisais point de bruit en marchant, parce que je croyais que la petite, «pie la voisine avait dû venir coucher, était déjà endormie, et que je ne voulais plus bavarder ci' soir-là, a\;uil le ncur trop
gros.
XWVII1 .l'entrai donc à pasjle loup, ^ni^ taire craquer mes
souliers; mais en mavançanl vers le lit, monsieur, je \i> deux beaux yeux, bien ouverts, qui me regardaient en s'ou-
GENEVIÈVE i -jt
vr.nii toujours davantage par l'étounement, il mesure que ma lampe m'éclairait mieux. C'était Josette, qui était but hmq Béant, appuyée contre la têtière du bois de lit, en chemise, mai» qui m» donnait pas et qui me regardail sans rien dire, toul effrayée, [a pauvrt enfant, monsieur, comme sieJleavail mi un fantôme ou une vision ! Mais elle me reconnu! à la \<>i\.
« — Tiens! c'est loi, Geneviève? i qu'elle s'écria eu m'ouvrant ses petits liras et en déplissant son front el lèvres, qui passèrenl toul à coup de l'effroi au sourire.
•( — Kh ! oui, que c'est moi, lui dis-je ; qu'as-tu donc à .. me regarder comme ça? Est-ce que je ne suis pas la i même qu'hier? i J'avais oublié, monsieur, doter mes beaux habits qui me changeaienl toute.
u — Eli ! non, que lu n'es pas la même, dit-elle en bon- (luit un peu des lèvres, est-ce que tu veux te moquer de i moi? Est-ce que tu avais hier cette belle robe de soie « qui brille, qui luit el qui change comme les gorges Ar< i pigeons sur un toit au soleil, ces souliers qui craquent « comme ceux des dames à l'église, ce fichu de dentelles, « cette ceinture de ruban, cette coiffe dont les ailes te battent sur les joues, ces boucles d'oreilles qui pendent i comme deux poires d'or, ce beau collier avec cette croix k sur la poitrine? Est-ce que nous sommes en carénie en- « trant-i aruaval ? Ou bien est-ce qu'il est venu nue fée avec ni baguette, comme dans le livre où lu m'api prends à lire, qui t'a changée, dans ton voyage, eu de- « moiselle, et qui t'a donné de si belles nippes que je n'orais pas seulement l'embrasser?
a — Tiens! c'est vrai, que je pensai en moi-même; Me pauvre enfant, eue ne m'a jamais vue comme ça :
m GENEVIEVE
■( ci < loir l'étonner loui de même. » Je n'avais pus soupe que j'avais ma robe de noces !
« — Pourquoi (loue, continna-t-elle, as-tu fait faire de
si beaux habillements? »
J'étais embarrassée :
« — C'esl que je \ iens de me fiancer, lui chs-je, el que « je viiis me marier. » Et je me mis à me déshabiller louL en parlant, à ôter les agrafes du mes souliers lins, à dénouer les nœuds de jh;i ceinture, à désépingler ma coiffe de dentelles, à détacher mes boucles d'oreilles et mon collier, à dénouer mon fichu de mes épaules, à dépouiller ma robe de soie, à replier tout cela avec soin et à le ranger dans l'armoire pour la noce. La petite nie regardait foire en s'énierveillanl de tant de belles choses, l'nis, quand j'eus fini et l'ail nia prière el que je fus en chemise, les pieds nus pour nie coucher :
a — Oh ! à présent, dit-elle, je t'aime bien mieux et « j'oserai t' embrasser ! »
Elle- me lit place, je sonfllai la lampe, el je me couchai à coté de l'enfant.
« — Oh ! bien, à présent, c'est hou, » dit-elle, en me passant ses deux bras autour du cou, comme elle avait l'habitude de faire quand elle allait s'endormir. Mais elle était si agitée par la vue de mes beaux babils, par mon absence de toute la journée, et moi j'étais h éveillée par l'impression de tout ce que. j'avais vu et lait dans la journée et par l'image île Cyprien, que nous nous empêchions de dormir l'une l'autre.
« — Kh bien, médit la petite malicieuse, je nem'en- « dormirai pas el je ne te laisserai p.is dormir que lu ne
a m'aies hail dit . Tu \ as doue le marier, Genei iève ?
— Oui.
« — El avec qui?
« — Avec M, Gyprien, que tu connais bien, el qui le « tient, quand il vient, sur ses genoux.
« — Oh] tanl mieux! dit-elle, mais H. Cyprien, il e^t a de la montagne. Est-ce qu'il va demeurer avec non-'.
Je me sentis toute honteuse devant reniant et je m'embarrassai pour répondre. A la fin je pensai : Bah ! il vaut autant lui dire tout de suite.
« — Non, que je lui dis, il re-<te à la montagne.
« — Mais toi ! reprit-elle, tu ne resteras dune pas avec « lui?
I — Si ! lui dis je.
« — Tu resteras à la montagne)
« — Eh! oui, puisque j'y serai mariée.
a — Et moi, ajoula-t-elle en desserrant >es mains « d'autour de mon cou el les battant l'une contre l'autre, « j'irai donc rester à la montagne? Oh ! que je suis aise! « J'aime tant M. Cyprien, son chien el son mulet, le lait, « les pommes, les oiseaux, les papillons! On dit qu'il y en « a tant là-haut! Quand est-ce que nous y allons?
a — Mais toi, répondis-je de plus en plus embarrassée a de répoudre, loi, lu n'y viendras pas, mon enfant ; tu « resteras à Voiron, chez la maîtresse, qui t'apprend la ^ dentelle. Elle f élèvera avec ses enfants ; elle aura bien •' soin de toi, je viendrai le voir souvent, souvent ; tu seras « bien heureuse!
« — Méchante! s'écria l'enfant, tu me laisserais? lu * aurais bien tacreurde t'en aller sans moi, sans moi, qui
ne l'ai pas plus quittée que la chemise depuis que je » suis venue au monde; san^ moi, qui ai toiuours vécu,
lô<) (.km. \ihvt;
« niangé, couclié avec loi, comme si j'étais ta fille; sans « moi, qui n'ai pas seulement pu m'eiidormir me heure <t aujourd'hui, parce que je n'étais pas couchée là avec loi ? « Méchante! répéla-t-elle avec un accent de colère et en u me frappant le sein avec sa petite main, si tu avais bien g le cœur de me faire cela, tu n'aurais pas besoin de re^ « venir ni souvent ni une fois à Voiron, va : tu ne nie re- « trouverais p;is , je serais bientôt au cimetière, à coté de « ma mère, et je lui dirais que lu m'as laissée, comme « une menteuse, loi qui disais toujours «pie tu lui avais « promis, quand elle est partie pour l'église, de tenir sa « place auprès de moi ! B Et puis elle se mil à pleurer.
Vous sentez, monsieur, que je n'étais pas à mon ai>< en écoutant cette simple petite parler ainsi ; je commençais à me douter que j'avais agi légèrement et par emportement d'amour avec l'.yprien ; car, enfin, l'entant avait raison. Je lui avais servi de mère, je ne l'avais jamais quittée que ce jour-là dans toute sa vie; je lui avais dit cent fois ce que j'avais dit à notre mère : que je mourrais plutôt que de l'a bandonner, et voilà que j'allais me marier et la laissi i comme une orpheline aux soins d'une étrangère! Oh! le remords me serrait la gorge, que je ne pouvais ni parler, ni respirer, ni sangloter, le commençais à me repentir de ce que j'avais promis à Cyprien; el puis, cependant, je l'aimais tant, qui je ne pouvais me repentir de l'aimer. D'un côté la petite, «le l'autre mon fiancé, puis mes pmmesses à l'église le matin, en face de tout !<■ village, el puis ma promesse à ma mère là-haut en lace de la mort et
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de Dieu ' ... Je rite retournais en moi-même el je nie retournais dans le lit sans ponfoir trouver une bonne place, ni échapper à l'enfant, ni échapper à l'image de Cyprien, ni échapper à l'ombre de ma mère, ni échapper à mon propre coeur!... Ali! monsieur, la terrible nuit!... II n'j en :i pas de pire, j'en suis sûre, dans l'enfer. Je rougissais, je l»àli>sais. j'avais la sueur froide sur les membres, je brûlais, j'étais transie, j'avais la lièvre, cl b petite se retournait pour méviler el continuait à me reprocher toujours. « Mais, que je lui disais en l'embrassant et en lui prenant " les mains dans les miennes, lu seras si bien chez la den- « lellière ; bien couchée, bien nourrie, bien parée, bien « instruite comme ses propres entants. Elle esi à son l aise! ce n'est jtas comme riiez nous : il y a des meubles,
il v ,i des chambres, il y a nue servante qui fait lout le k jlu'os ouvrage. Que veux-tu de mieux? Esl-cc que je « peux te nourrir avec du pain blanc, moi !
« — Qu'est-ce que ça me l'ait, ton pain noir ou blanc, « répondit l'enfant, la robe vieille ou neuve, la chambre, « les meubles, la servante? Ne me nourris qu'avec du pain « de paille si tu veux ; mais emmène-moi partout avec toi ; '< loin de loi je serai si malheureuse, si malheureuse ! Tu « parles de la dentellière ; elle les nourrit bien, oui, mais l si tu savais comme elle les bat, ses enfants! Ah ! je ne
lesterais pas seulement trois jours chez elle qu'elle mail» « rail baltue et que je me serais sauvée dans les prés et je- <( tée, comme la petite de la boliémienne, dans la rivière, où « on l'a retrouvée hier ! Qu'est-ce que tu dirais quand lu ap- « prendrais ça? Serais-tu bien contente là-haut avec Ion i Cyprien? Ali! je le déteste, maintenant. Et qu'est-ce i que ma mère penserait de loi dans son lit de terre? i
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Je mil' uns à pleurer plus fort à ces mois : alors elle redoubla de parler de ma mère. Les enfants, voyez-vous, c'est plus lin ipic ça lieu ;i l'air. Elle s'apercevait de l'impression tpie faisait sur moi ce reproche au nom de noire mère, elle y reveuail toujours. Ça m'attendrissait, et, quand elle vil que je pleurais bien cl que j'étais ébranlée, alors, monsieur, elle s'entortilla autour de moi comme un serpent, les bras à mon cou, la bouche sur ma poitrine, les membres contre mon corps, en m'embrassant avec fureur, en se collant à moi comme ma peau et en criant loul J>;i^ : « Non! non ! non! tu n'auras pas lé cœur de me déchirer « les membres, pour m'arracher de loi et pour me jeter là l comme une vieille robe en morceaux, pour qu'on mar- « che dessus! Non, Geneviève, ma sœur! ma nourrice! « mon autre mère ! dvu\ ibis ma mère, puisque lu las « été après la mort de la première, comme avant ! Je se- « rai si sage, si bonne, si obéissante I Je t'aimerai tant,
je t'embrasserai tant, le jour et la nuit! Oh ! dis-moi, » dis-moi (pic tu ne me quitteras pas ! »
J'allais le dire, monsieur, tant celle enfant nie remuait jusqu'au fond du cœur en m'étouftant dans ses petits bras, quand je vins à penser à Cyprien, qui venait de me quitter si joyeux et qui n'était pas encore peut-être au pied des montagnes, i Qfa ! Dieu! me disais-jc, il m'a élé liane-' ce « malin, il m'a embrassée il n'y a pas une heure, il a encore « rôdeur de la rose de mon Iront sur les lèvres el déjà sa « maîtresse est traîtresse] Non, non, Josette, que je lui dis « en lui déplianl les bras de mon cou el en me dégageai! I i le corps de son corps pour me retourner de l'autre cùié " du lit el pour réfléchir ; non, une honnête fille doit tenir i ^.i parole, el j'ai fail serment ?i Cyprien. Uusse-moi !