‹ GenevièveChapitre 7 sur 44 · G K NE V I È V K · texte numérisé non relu

G K NE V I È V K

■< - lu sermenl ! qu'elle me dit en se levant loute

droite sur le lii ; lu n'eu as donc point fait à ma mère ! r Eh bien, oui, laisse-moi lonl de suite; je ne veux plus i coucher avec toi : je veux aller coucher sur sa pierre el « lui demander si c'est Cypiïen ou moi qu'elle t'a mis « dans les bras en mourant] Nous verrons ce qu'elle ré- 'i pondra !... »

En disant ces mots, monsieur, cette petite, folle de tendresse el de colère, lit un pas pour me passer pardessus le corps à travers le lit et pour sauter sur le plancher; mais, s étant embarrassée les pieds dans les plis du drap qui était déjà tout tordu par ses convulsions, elle tomba la tète la première sur le carreau, jeta un cri el resta sans mouvement au pied du lit !

Ali ! j'entendrai toute ma vie ce cri et le coup sourd de sa chute sur le plancher. Je m'élançai, je la pris dans mes liras, je l'appelai : « Josette! Josette! i Je la portai rers la fenêtre pour lui faire respirer l'air de la nuit ; rien n'y lit ; elle était comme morte dans mes liras! Je l'élendis sur le lit, je lui jetai de l'eau sur les tempes, je pris ses mains dans les miennes, je mis ma bouche contre sa louche ; cite ne respirait toujours pas ; elle devenait froide, connue j'avais senti ma mère en l'ensevelissant.

i — Malheureuse que tu es! m'écriai-je en me pare lant à moi-même, tu as tué ta sœur! a Et je tombai un moment sans connaissance sur le plancher.

Je ne sais pas combien de temps j'y restai ; mais, quand j.' repris mes sens, ma sœur était encore immobile et sans souffle sur le lit! Je me remis à genoux devant, la tète sur son corps, pliant Dieu, priant tous se- ;ui^rs et tous ses saints, priant ma mère surtout de la ressusciter et de

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me prendre à sa place! J'étais nomme clans un rêve, monsieur, el cependant jetais éveillée! f.Yst alors que j'entendis là, comme je m'entends, la voix de< ma mère dans mon oreille; mais sa \oix |>lns sévère que je ne l'avais jamais entendue pendant sa vie, qui me dit : « Cain ! a Cain! qu'as-tu fait de la sœur? 9 comme elle m'avait In ces mots dans sa Bible !

On m'a bien dit depuis que c'était une illusion, un écho de ces paroles que j'avais entendues d'elle autrefois, et. qui sonnait de loin dans ma tète troublée par le désespoir ; mais j'entendis pourtant si bien ces paroles, que j v répondis tout de suite, comme je réponds quand on m'appelle.

« Ma mère î ma mère ! répondis-jc, ne me condamnez e pas! Je jure que, si vous rendez le souffle et la parole à « la petite, je ne me marierai pas, et (pie je me sacri- « lierai entièrement à voire enfant! »

El je fis un vœu, monsieur, un vœu irrévocable, en dedans de moi.

La preuve que ma mère m'avait bien parlé, monsieur, cl qu'elle avait bien entendu ma réponse, c'est qu'à peine mon vœu était fait dans mon cœur que la petite commença à respirer, à étendre les bras, à ouvrir les yeux aussi doucement que si elle sortait d'un sommail. et qu'elle me dit, sans pins de colère :

« — Geneviève, In ne le marieras pins, in ne me laisseras jamais, n'est-ce pas I

« — Non, jamais ! jamais ! jamais! dis-je en la couvrant

de baisers, en me recOUl -liant à côté d'elle el en la réchauffant sur mon corps. Mais comment le sais-tu? lui dis-je.

liENEVIÈVK 13;.

m — Quelque cliose me ledil dans le cœur, i dit-elle..

Alors elle m'embrassa de nouveau, el nous nous embrassâmes tout le reste île la nuit, ell< en riant, moi eu pleurant.

Le malheureux Cyprien, il n'était pas encore au |i<>ni Rouge, et il n'usait plus de maîtresse! et il chaulait peutêtre, avec son mulet, sanss< douter de rien!...

Ce que c'est que de nous pourtant, monsieur! Ah ! ne m'en parle/ pas! le monde est une marche les yeux bandés; on croit aller à droite, ou va à gauche. C'est Dieu seul qui voit clair pour nous!

Josette finit par dormir aussi tranquillement que dans son berceau quand elle était petite et que Je la berçais du pied en chantant de la voix; moi, non: le jour commençait à glisser sur le lit; j'étais contente en la regardant si jolie, si jolie, avec ses beaux cheveux, où il y avait un peu de sang, tout déroulés et tout mêlés sur le traversin par l'agitation de la nuit, et puis, quand je revenais à penser à Cyprien, le cœur me fendait, et je devenais toute eau dans mes yeux.

Je n'aurai jamais le courage de lui dire : « Cvprien, « votif Geneviève estime traîtresse! » Les paroles m étoufléraient de chagrin et de honte! Non; il faut pourtant l'avertir, le pauvre garçon! Je vais le lui éuire. le papier ne rougit pas ; allons!

Je me levai doucement, doucement, pour ne pas réveiller Josette, qui avait besoin de 9e refaire, e( je me mis à

l.-,ii GENEVIÈVE

écrire à Cyprieu vers In fenèlre d'où l'on voit la montagne.

Ah ! j'usai bien des feuilles de papier ce jour-là, monsieur, car je pleurais tant, je pleurais tant, que chaque lois qu'une ligne était faite, il fallait en faire une autre, parce

que le papier était tout mouillé, et que j'aurais mis à la boite de la poste mes larmes au lieu d'encre! Cela arriva bien dix fois; tant que j'eus de l'eau dans les yeux. Enfin, à la tin des tins, j'en lis une qui était assez sèche.

— Comment, sèche! lui dis-je en l'interrompant, Geneviève, et pourquoi? Etait-ce donc la faute du pauvre Cvprienl

— Quand je dis sèche, monsieur, répondit Geneviève, je veux dire que le papier n'était pas si mouillé que les autres. Cependant il y avait bien encore trois ou quatre grosses taches d'eau.

— Ah! bien, répliquai-je, je vous comprends. Mais qu'est-ce que vous pouviez lui dire pour vous justifier dans cette lettre? Je voudrais bien le sa\oir. Vous en souvenezvous?

— Ah! monsieur, si je m'en souviens! Je n'ai jamais écrit que celle-là dans toute ma vie, et même je l'ai conservée, ajouta-t-elle en me montrant du coin de l'œil son armoire, c'est-à-dire le brouillon, car la lettre, c'est la mère Gyprien qui l'a avec les effets de son lils.

— Je voudrais bien la lire alors, si ça ne vous fait pas de peine. Geneviève; <:ir cette lettre esl une partie principale de votre histoire, ef puis elle n'était pas facile à écrire, celle-là. et moi qui en écris tant, comme vous dites, j'aurais été bien embarrassé à votre place pur écrire

celle-là.

— La voilà, monsieur, nie dit-elle après avoir fouillé

un moment dans sou armoire el Lire un papier caché entre deux chemises de femme.

Elle me remil la lettre et repril sa chaise et son tricot.

C'était dn gros papier, un peu gris, avec lequel les détaillants et Jes merciers enveloppent les boites de dragées ou les joujoux des entants qu'ils vous vendent. On voyait qu'il avail été trempé d'eau à sept ou luiit places, car l'eau avait délayé el élargi les lignes de la plume. L'écriture était ronde, à grands traits, à lignes Lres-espacées, mais peu horizontales. Elle était pliée d'une trentaine de plis compliqués, bizarres, inextricables, connue les lettres des pauvres gens qui ne savent pas comment fermer une lettre simplement quand elle est écrite, et qui se torturent l'esprit pour inventer un pliage inusité. Elle n'avait jamais été cachetée. Je la lus tout bas pour ne pas foire de la peine inutile à la pauvre tille. La voici :

a Monsieur Cyprien,

i Celle-ci est pour vous dire que vous ne pensiez plus à i moi pour votre femme. . . Pourtant , si vous pensez comme

j'y pense, ça me fera toujours plaisir, attendu que nous i n'avons rien à nous reprocher, du moins vous, ni moi « non plus; mais tout est dit. Le bon Dieu ne veut pas « que je me marie avec vous. Je n'en épouserai pas d'autre.

le vais vous dire pourquoi. Allez, je vous plains bien ; ti mais ce n'est pas ma faute...

a Cette nuit, la petite est tombée du lit par terre. Elle

i été morte pendant je ne sai* pas combien de temps.

« Pour lois, je I ai ramassée el j';ii été morte aussi. Ma u mère est revenue; plie m'a <lii comme ça : Caïn, qu'as-

<• lu lait de la sœur?

« Pour lors, la petite m'a dit : N'est-ce pas que tu ne te « marieras pas avec M. Cyprien! J'ai dit : Non, ma mère, « et j'ai fait le vœu; c'est fini, il n'y a plus à y revenir . Ah !

« mon Dieu, monsieur Cyprien, qu'allez-vous penser de " moi !... Moi qui aimais tant vos vaches et le mulet I Par- " lez-leur de moi. ftenvoyez-moi le bouquet et la bague; « voici votre gance de chapeau, en fd de tresse, que vous ■ avez oubliée sur lé comptoir. Mon Dieu! que j'ai declia- « grinl... Non. je n'y survivrai pas... Mais vous, ne vous « faites pas d'ennui pour cela, ça n'en vaut pas la peine.

a Je suis bien aise de vous dire que tout va bien à la u maison. Dites-en de même chez vous. Votre père et voh Ire mère ont été bien honnêtes vis-à-vis d'une pauvre « lille comme moi. C'est dommage qu'il n'y eût pas deux « chambres au-dessus de l'écurie. La petite n'aurait pas « coûté beaucoup à votre mère. Ça se nourrit de rien. « Tout le malheur vient de là. Faites-leur bien mes eom- « pliments. Je suis lâchée de la dépense. Excuses-moi.

« Adieu, monsieur Cyprien, n'y pensez plus el pdrtez- « vous bien !

« Ci M VIÊV1 .

« Quand vous viendrez à Voiron, ne passez plus jamais « pai' notre rue, ça me ferait peine rien «pie d'entendre les « p;is de voire mulet.

« Adieu, monsieur Cyprien... b (Lue phiie de larmes et d'encre délayés. On lii encore, à traversée brouillard, deux on trois fois : « Adieu, monsieur Cyprien... »>

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