‹ Geneviève;Chapitre 14 sur 23 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Depuis que tu m'as quitté, mon enfant... j'ai pesé mûrement les avantages et les inconvénients de tous es partis... il faut que tu te maries, je l'exige... je le veux!.. Cependant, et quoique tu

m'eusses permis de choisir... quoique j'aie mon idée à moi... rien ne se fera sans ta volonté...

Dites-moi donc alors quelle est la vôtre? clérambourg, avec embarras.

La mienne... dame ! iamienne... si tu me la demandes... je te dirai franchement que je ne tiens guère à la fortune... quand il s'agit de ton bonheur : ce qui fait... que j'ai jeté les yeux sur un honnête homme.,, dont je suis sûr, et que j'appellerais toujours mon fils,., même quand tu ne l'accepterais pas pour mari...

Geneviève, tremblante d'émotion.

Eh! qui donc?

CLÉRAMBOURG

Adrien!

Geneviève, poussant un cri de joie qu'elle cherche à retenir.

Ah! est-ce bien là, mon père... votre volonté?

clérambourg, vivement.

Tu peux toujours refuser... tu es la maîtresse... mais quant à moi (Avec émotion), c'est mon désir... le plus grand.

Geneviève, qui pendant ce temps a regardé son père avec attention, dit à part.

Je ne le pense pas !

Celui-là; du moins, ne t'emmènera pas à son régiment ou dans les pays lointains... tu resteras avec moi... tu ne me quitteras pas...

Je vous l'ai dit, mon père... dès que cela vous plaît... et vous convient... cela me suffit. clérambourg, avec inquiétude.

Comment... lu acceptes donc... c'est fini...

Écoutez-moi, mon père... vous vous rappelez mes paroles de ce matin... vous êtes tout pour moi (Regardant de temps en temps Adrien.). Et tout ce que j'aime... tout mon bonheur est ici avec vous...

clérambourg.

En vérité!...

Geneviève, d'une voix caressante.

Il n'y en aurait plus pour moi... s'il fallait séparer mon existence de la vôtre et vous quitter un instant.

CLÉRAMBOURG

Ma Geneviève... mon enfant bien aimé!

Quant à M. Adrien , je l'ai toujours regardé comme un frère...

CLÉRAMBOURG, avec joie.

C'est bien !

J'ai pour luil'amité... l'estime la plus vraie.

clérambourg, de même.

C'est très bien.

Mais je dois, avant tout, lui parler franchement... mon affection à moi sera toujours calme et tranquille...

CLÉRAMBOURG

Tant mieux... c'est plus durable...

Pour des sentiments exaltés... et romanesques je n'en ai pas.

clérambourg, gaîment à Adrien. , C'est vrai ; car elle me proposait ce matin de t' éloigner d'ici, de t'établir ailleurs !

Adrien regardant Geneviève avec douleur.

Est-il possible?

Geneviève, vivement.

Dans votre intérêt, Monsieur !

clérambourg, à Adrien.

Et par raison !.. la raison avant tout ! c'est l'essentiel en ménage... aussi, mes enfants... mes chers enfants... c'est ce que je demande... ce que je veux.

Adrien, gui jusque-là a écouté avec une impatience qu'il a cherché vainement à calmer.

Et moi, Monsieur, c'est ce que je ne veux pas.

Que dites-vous?

ADRIEN

Que je refuse! je l'aime trop pour ne la devoir qu'à l'obéissance !... sa froideur causerait mon désespoir, et ma tendresse à moi lui serait importune! un tel mariage... ferait deux malheureux... il vaut mieux qu'il n'y en ait qu'un, et que ce soit moi...

CLÉRAMBOURG

Allons! c'est comme une fatalité... je le disais tout-à-l'heure... je ne pourrai jamais marier cet enfant-là!

Mais, mon père...

CLÉRAMBOURG

Ah!..*

ENSEMBLE

Air : 0 rage, ô colère ! (la Barcarollc.)

ADRIEN

Je vous remercie, Mon âme attendrie, Veut toute la vie Bénir vos bienfaits.

Mais moi votre gendre; Ah ! mon cœur trop tendra N'y saurait prétendre, Adieu pour jamais.

CLÉRAMBOURG

Mais quelle folie !

D'une âme attendrie, il me remercie De tous mes bienfaits.'

tt quand pour mon gendre^ Je voulais le prendre, Voyez quel esclandre !.

Il part pour jamais {

Ah! quelle folie, Quelle frénésie, Quand mon père oublia Pour lui ses projets.

Lorsque pour son gendre Il veut bien le prendre, Lui, sans me comprendre, Me perd pour jamais.

(Clérambourg sort fart la porte du fond.)

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