‹ Geneviève Galliot (volume 2)Chapitre 11 sur 17 · IL · texte numérisé non relu

IL

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— Cet homme avait menti!... — ma maîtresse est morte !... morte assassinée, et assassinée par moi !...

Puis elle s'enfuit de la chambre, — folle de terreur et de désespoir.

Nous avons laissé le duc d'Orléans pénétrant dans le vestibule en compagnie de Lupiano.

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Certes, s'il eût été possible de voir au milieu des ténèbres la mine inquiète et effarée du visiteur nocturne, on l'aurait pris pour un voleur flairant sur ses talons les limiers de la police, bien plus que pour un prince en quête d'une galante aventure.

C'est que les amours de Philippe d'Orléans étaient, presque sans exceptions, monstrueux et criminels. — C'est qu'ils procédaient par le rapt, par le viol, par toutes sortes de moyens infâmes et que la peur, — la peur honteuse et couarde, — ne manquait jamais d'être la compagne des entreprises de ce prince du sang royal.

En ce moment, le duc tremblait de tous

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ses membres, — l'étrange apparition du jardin et les grondements de l'orage qui s'approchait de plus en plus, avaient achevé d'ébranler son courage si chancelant déjà.

Il aurait donné beaucoup pour se retrouver en ce moment à Paris, joyeusement attablé avec les convives habituels de ses soupers du Palais-Royal et de Mousseaux.

S'il ne reculait pas absolument et s'il ne disait point à Lupiano:

— Allons-nous-en d'ici ! — C'est qu'il était retenu par la honte d'avouer ainsi

que la lâcheté l'emportait encore sur tous ses autres yices. >

— Monseigneur... — murmura l'Italien d'une voix très-basse, — suivez-moi, l'escalier est au fond. . .

Et, comme le duc restait immobile, l'espion ajouta :

— Prenez ma main, je vais vous guider...

Le duc abandonna passivement sa main et suivit en chancelant celui qui l'entraînait.

Mais, tout-à-coup, Lupiano s'arrêta et prêta l'oreille.

A travers les bruits de la teiaapête qui commençait à se déchaîner^ on entendait d'une façon distincte le cri lugubre et lointain d'un hibou.

L'espion abandonna là maindePhilippe et courut à la porte du vestibule.

Le même cri de mauvais augure retentit à deux reprises différentes.

— Oh ! oh ! — fît l'Italien presqu'intérieurement. — Per Baceo ! voici qui va mal!...

Puis il revint au duc et lui dit:

— Monseigneur, tout est manqué pour

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cette niiit !... sa-ij vous- nous donc, €t tiâtons-nous, Car nous n'avons pas une mimite à perdre !...

— Qu'y a-t-il?. . . -^ qu'y a-t-il dotic ?. . . — demanda Philippe d'une voix entrecoupée et que la terreur rendait indistincte.

— Il y a qu'une incompréhensible fatalité déjoue toutes mes prévisions!... — Le signal de mes agents rrie prévient que iflOûsieur de Làmbaîlfe se présenté à la petite porte du parc...

^* Nous somm es 'perdus ! . . . *— s'écria le duc.

— Non, monseigneur, car votre beaufrère a trouvé cette porte fermée et nous aurons quitté le parc avant qu*il ait eu le temps de tourner le mur d'enceinte et de se faire ouvrir la grille... — Seulement, je vous le répète, dépêchons-nous...

— Courons!... — balbutia Philippe, — il me tuerait, vois-tu, Lupiano... il me tuerait!...

Le duc parlait de courir, mais ses jambes, paralysées par l'émotion et par la peur, refusaient de lui prêter leur secours.

L'espion le soutint de son mieux et l'entraîna hors de la maison.

Tandis que Philippe opérait cette retraite précipitée, ses dents claquaient et de grosses gouttes de sueur ruisselaient sur son front.

Enfin les deux hommes atteignirent la charmille épaisse qui longeait le mur d'enceinte.

— Monseigneur... — dit alors Lupiano, vous êtes sauvé !...

— Crois-tu?... • — demanda le duc.

J'en réponds.

— Tu m'as répondu de bien des cho-

ses aujourd'hui, — murmura Philippe, — et aucune de ces choses ne s'est réalisée...

L'espion allait répliquer.

Mais le bruit de la cloche de la grille, agitée violemment, lui coupa la parole.

— Vous entendez, monseigneur, — dit-il au bout d'un instant, — voici que le prince de Lamballe est à l'autre bout du parc, ainsi que je l'avais prévu, — vous Toyez donc bien que vous n'avez plus rien à craindre...

Le duc comprit la justesse de ce raisonnement, — il respira mieux et il pu* continuer p\\is àllégrériient ^rt chemin.'

— Voici la porte, monseigneur, — fit Lupiano, — cachez-vous derrière ce tronc d'arbre, — je vais sortir le premier pour m'assurer si la route est libre...

Philippe ne demandait pas mieux que de se cacher, l'Italien tira les verrous et ouvrit la porte.

La route était déserte.

Il revint chercher le duc qui, au bout d'une demi-heure, remontait dans sa berline en remerciant Dieu (auquel il ne croyait pas), de l'avoir sauvé d'un si grand péril.

Le Réveil.

Il y a des gens qui ne croyent pas aux pressentiments.

Selon nous ces gens-là ont tort.

Pourquoi ne veulent-ils pas que l'âme,

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cette étincelle intelligente émanée du flambeau divin, puisse à certains moments solennels avertir le corps qui lui sert d'enveloppe des dangers et des malheurs qui le menacent ou qui menacent ceux qui lui sont chers.

Pour notre part nous ajoutons foi aux pressentiments, et nous pourrions citer cent exemples de ces avertissements mystérieux qui n'étaient point trompeurs.

En voici un de plus.

Nous savons que le prince de Lamballe avait quitté Geneviève pour retourner à Paris et de là à Versailles où il devait assister au souper et au coucher du roi.

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Il alla revêtir à l'hôlel de Penthièvre un costume de cérémonie et il monta dans un magnifique vis-à-vis, attelé de quatre chevaux noirs comme du jais. — Le cocher reçut l'ordre de toucher à Versailles.

Déjà le carrosse avait franchi à peu près la moitié de la distance, quand le prince, fatigué par la double course qu'il avait faite dans la journée pour aller à Clamart et en revenir à franc étrier, s'assoupit à demi dans un des angles, — il ne dormait pas précisément, — on peut dire, plutôt, que son esprit flottait entre le sommeil et la veille.

En ce moment il eut un rêve, — une vision, — un avertissement d'en haut.

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