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des bonnes paroles que tu m'avais dites,
— je me suis promenée pendant un ins-' tant dans le parc d'où la crainte de l'orage m'a bientôt chassée, — j'ai essayé de faire de la musique, mais la chaleur m'accablait, je rae sentais la tête lourde et j'étais, je crois, un peu souffrante; — alors je suis montée ici, je me suis couchée et je viens de me réveiller. — En vérité, voilà tout !
— Maintenant, à ton tour...
Tandis que Geneviève parlait ainsi, le prince avait réfléchi que, puisqu'elle ne se doutait nullement du péril qu'elle venait de courir, il était au moins inutile de l'alarmer et de lui créer de continuelles insomnies en lui faisant connaître ce péril.
Cependant, comme son silence pouvait laisser soupçonner à Geneviève qu'il lui cachait quelque chose, il tourna la diffîculté en disant :
— Hier au soir, mon enfant, au moment où je me mettais en route pour Versailles, ton valet de chambre est venu m'annoncer à Paris qu'il était arrivé ici un malheur...
— Un malheur !. . . — s'écria Geneviève avec épouvante.
— r Oui, — Norine est tombée dans la pièce d'eau où elle a péri.
— Oh ! rnon Dieu !... murmura mada-
me de Saint-Paër dont les yeux se mouillèrent de larmes. — Pauvre Norine!... si jeune, si dévouée, si fidèle!... — Oui, certes! c'est un malheur!... un grand malheur !...
M. de Lamballe poursuivit :
— Comme je craignais que cette nouvelle ne te fût annoncée à Timproviste , et ne te causât une émotion funeste , je suis accouru aussitôt et je t'ai trouvée endormie d'un si doux et si calme sommeil que je n'ai point voulu le troubler, et que j'ai passé le reste de la nuit à te regarder dormir. . .
— Mon ami, — reprit Geneviève, —
cette mort est horrible!... — Il n'y avait donc aucun moyen de sauver la pauvre enfant?...
— Aucun, — répondit le prince, — quand on s'est aperçu de ce qui venait d'arriver, il était déjà trop tard.
— Je prierai Dieu pour elle !... — balbutia la jeune femme.
Un Dièse.
M. de Lam balle passa à Clamart cette journée et la suivante.
Le surlendemain il retourna à Paris afin d'y poursuivre la réalisation du projet qui était désormais le but de sa vie.
Nous voulons parler de son ardent désir de déclarer et de faire reconnaître son
mariage avec Geneviève Galliot.
Nous savons déjà — pour le lui avoir entendu dire à lui-même, — que sa position avait deux issues.
La première était de solliciter l'intervention de la marquise de Gréquy auprès du duc de Penthièvre afin de faire envisager à ce dernier la mésalliance de son fils sous le jour le moins défavorable, et afin qu'elle arrachât en quelque sorte un consentement à sa tendresse paternelle.
La seconde était de jeter au vent les
cendres de sa haute position, et de s'expatrier avec Geneviève et son amour.
Une seule chose causait à M. de Lamballe une inexprimable contrariété et presque du chagrin. — C'était la nécessité d'une démarche auprès de son beau-frère.
Pourquoi cette nécessité? — demandera-t-on.
Les motifs en sont bien simples.
Philippe d'Orléans,quel qu'eût été d'ailleurs le mobile de cet acte de complaisance, avait prêté à M. de Lamballe sa chapelle et son aumônier et avait servi luimême de témoin au mariage secret.
Si cette union était divulguée , le duc pouvait se trouver en but à l'irritation de M. de Penthièvre, à la colère des autres princes et enfin à la défaveur de leurs majestés devant lesquelles il ne paraissait jamais alors que sous le masque du sujet le plus exactement fidèle et du courtisan le plus soumis et le plus obséquieux.
De hautes convenances interdisaient donc au prince de Lamballe d'agir avant d'avoir prévenu le duc d'Orléans et d'avoir en quelque sorte sollicité son autorisation.
S'il refusait cette autorisation le prince était parfaitement décidé à s'en passer.
mais la démarche n'en était pas moins obligatoire.
En conséquence M. de Lamballe , le jour même de son retour à Paris , écrivit à Philippe pour lui demander une entrevue.
Sa lettre était conçue dans les termes d'une politesse froide et cérémonieuse. — Le prince ne s'expliquait point sur les raisons qui lui faisaient désirer ce rendezvous avec son beau-frère.
Le duc d'Orléans se reprit à trembler.
11 se figura d'abord que M. de Lam-
balle savait tout et qu'il se préparait à tir rer de sa conduite honteuse et déloyale une vengeance éclatante.
Mais il réfléchit bien vite que personne n'avait eu intérêt à le trahir et que d'ailleurs le prince, franc et emporté comme il l'était, lui aurait proposé une rencontre sanglante au lieu d'une entrevue pacifique s'il avait eu quelque raison de se croire in-: suite.
Ainsi rassuré, il se hâta de répondre qu'il était entièrement aux ordres de son beau - frère et qu'il rechercherait avec empressement une occasion de lui être agréable.
Il ajoutait qu'il attendrait M. de Laraballe chez lui, le lendemain, toute la journée.
Le lendeitiain, en effet, le prince arriva au Palais-Royal en grand équipage.
Il fut introduit sur-le-champ et Je duc accourut au-devant de lui jusqu'à la porte du salon de réception avec les formes de la plus cordiale et de la plus bienveillante hospitalité.
M. de Lamballe resta glacé en face de ces chaleureuses démonstrations de son beau-frère, qui commençait à perdre contenance en voyant ses avances ainsi accueillies.
Enfin le prince en arriva au sujet de sa visite.
— Monseigneur, — dit-il, — dans une occasion solennelle vous avez bien voulu me rendre un service important. . .
— J'ai été heureux de le faire autrefois, — interrompit le duc d'Orléans; — je serais plus heureux d'être à même de le faire encore...
— Il s'agissait, — poursuivit M. de Lamballe, — il s'agissait de mon mariage avec une jeune fille que j'aimais et que je ne cesserai jamais d'aimer plus que ma vie. . .
Le duc interrompit M. de Lamballe pour la seconde fois.
GENEVIÈVE GALLTOT. 229
— Votre femme, — s'écria-t-il, — votre femme est un ange que l'on doit adorer toujours!...
Le prince continua :
— L'union qui a été célébrée dans la chapelle de votre palais, sous votre patronage, et à laquelle vous avez bien voulu servir de témoin, était un mariage secret. — Je désire aujourd'hui faire reconnaître
ce mariage.
— Oh ! — s'écria le duc d'Orléans, stupéfait de cette ouverture imprévue, — y songez- vous !... vous!... un prince du
sang !...
230 GENEVIÈVE GALIIOT.
— - Toutes mes réflexions sont faites ! — répondit M. de Lamballe, — ma résolution est prise. — Elle est irrévocable ! — d'ailleurs ce ne sont point des conseils que je suis venu vous demander...
— Que voulez-vous donc de moi?... — murmura le duc.
— Je veux vous prévenir que je vais tout avouera M. de Penthiëvre, mon père, et je viens vous prier de ne me point savoir mauvais gré de cette démarche. . .
Philippe d'Orléans était attéré.
Jamais il ne se serait attendu à la nouvelle qu'il venait d'apprendre.
Si Monsieur de Laaiballe accomplissait son projet il allait en résulter un éclat terrible, et cet éclat pouvait entraîner une disgrâce, peut-être un exil.
Comment parer le coup?
Le démon de l'astuce et de Thypocrisie vint au secours de Philippe et lui suggéra le plus infernal expédient dont l'idée ait jamais pris germe dans le bourbier d'un cerveau corrompu.
il sembla réfléchir pendant un instant, puis il répondit :
— Écoutez, cher prince, je veux être
232 ^GENEVIÈVE GALLIOT. lîWi?^^^^^
franc a^vec vous. — Ce que vous me demandez est grave...' il . .
' — Je le sais, — fit M. de'Lamballe. ]
; [ Philippe continua : .^y^^*=^-^^
— La position que vous allez me faire vis-à-vis de M. de Penthièvre, mon beaupère, et vis-à-vis du roi lui-même, est à la fois triste et dangereuse!... Que va-l-on penser de moi?... — Calculera-t-on que mon amitié pour vous m'a entraîné à prêter les mains à une action que les plus indulgents traiteront de condamnable folie, et ne cherchera-t-on point à ma conduite d'autres mobiles, peut-être moins honorables?...
— Je n'ignore rien de tout cela, — dit le prince; — mais je ne vous ai point promis de garder à propos de mon mariage un éternel secret.
— Ne conviendrez - vous pas vousmême, — répondit Philippe, — que cette
promesse était sous-entendue? —qui
donc aurait pu supposer que monseigneur Louis de Bourbon, prince de Lamballe et de Gorentin, songerait un jour à faire reconnaître son mariage avec la paysanne Geneviève Galliot?
— Où voulez-vous en venir?! — demanda le prince.
— J'en veux venir à ceci: — à l'époque
OÙ je vous ai tendu une main que vous trouviez alors secourable, je vous croyais mon ami comme j'étais le vôtre, du fond du cœur. — Depuis ce temps, sans aucun motif que je sache, vous m'avez brusquement retiré votre affection, à moi qui vous laissais la mienne tout entière, — je ne m'en suis pas plaint, cher prince, mais j'en ai profondément souffert! — aujourd'hui vous venez me demander de ne point m'opposer à une démarche qui peut me perdre?... — C'est un nouveau service, plus grand que le premier. — — Eh I bien, je consens à tout et j'y consens de grand cœur, si en échange du danger que je vais courir pour vous vous me rendez un bien qui est à mes yeux le
plus précieux de tous, je veux dire votre amitié. . .
Le duc d'Orléans s'interrompit.
Tandis qu'il avait prononcé les paroles que nous venons de rapporter, le masque blafard de son visage exprimait l'émotion la plus vraie, — sa voix tremblait et l'on eût dit que des larmes allaient se suspendre aux cils étiolés de ses yeux fauves.
Monsieur de Laniballe qui croyait difficilement au mensonge, comme toutes les natures loyales, se sentit touché.
11 se dit qu'il restait, à coup sûr, de gé-
néreux sentiments chez son beau-frère et que peut-être la marquise de Gréquy l'ayait Lien sévèrement jugé.
Son yisage exprima ce qui se passait dans son âme.
Philippe triomphait.
Il ne s'agissait plus pour lui que de ne pas laisser son œuvre incomplète, aussi se hâta-t-il de poursuivre :
— Oui, cher prince, permettez-moi de croire que vous effacerez de votre esprit les injustes préventions qui m'y noircissent et qui ont été suscitées contre moi par des ennemis bien acharnés et bien dangereux !
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— Permettez-moi d'espérer que vous redeviendrez mon ami, et je vous dirai d'agir librement ainsi que vous penserez devoir le faire. — Je vous dirai de disposer de moi, de mon nom, de mon influence, — je vous remettrai votre acte de mariage rédigé par le chapelain qui Ta célébré, acte qui jusqu'à ce jour est resté dans mes archives, acte qui est la seule preuve que votre union est légitime et au bas duquel j'apposerai ma signature qui, mieux que toutes les paroles du monde, témoignera contre moi et me signalera à la colère de votre père et de mon roi...
M. de Lamballe quitta son siège et s'avança vers Philippe d'Orléans.
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— Voici ma main, — lui dit-il, — TOUS savez que je ne la tends qu*à ceux à qui je rends mon cœur...
Philippe osa presser avec effusion cette noble main entre ses deux mains déloya-
— Cher prince, — dit-il, — j'ai consenti à ce que vous attendiez de moi. — Mon tour est venu de vous demander quelque chose...
— Quoi donc ? — ^ fit monsieur de Lamballe.
— Promettez-moi d'abord de ne point accueillir ma prière par un refus...
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— Je vous le promets, — répondit le prince.
— Eh ! bien, pour célébrer joyeusement notre réconciliation, venez souper ce soir à Mousseaux.
— Souper à Mousseaux ! - — répéta monsieur de Laraballe d'un ton de répugnance manifeste.
— Ah ! — dit Philippe,— 'j'ai votre promesse et vous ne pouvez point vous dédire!...
— Mais, au moins, ce souper ne sera pas une orgie?...
— Avez-vous donc besoin de me le recommander?... — dit Philippe avec un sourire, — et croyez-vous que je ne connaisse point vos mœurs de Caton ?...
— Eh ! bien, soit ! — puisque vous le voulez, j'accepte.
— Merci, cher prince ! mille fois merci ! — s'écria le duc d'Orléans,— ce jour est un des plus beaux de ma vie puisqu'il me rend la confiance et l'estime d'un parent tel que vous !...
Les deux beaux-frères se séparèrent.
A peine Philippe se trouva-t-il seul que
Texpression de ses traits changea et de bienveillante qu'elle était devint haineuse et sinistre.
Il montra son poing fermé à la porte par laquelle venait de sortir le prince de Lamballe, et il murmura entre ses dents:
— Je le tiens !
Un souper au jardin de Mousscaux,
Le soir vint et M. de Lamballe, qui ne voulait point se compromettre devant ses gens, se rendit au souper de Mousseaux dans un carrosse de louage et accompagné seulement de son fidèle Champagne.