II
. — TOUS voyez bien que je ne dois pas , vous voyez bien que je ne peux pas parler î... Ne me questionnez donc plus... ne m'en demandez pas davantage et dites à ce pauvre prince que j'irai le voir demain...
— La porte de l'hôtel ne sera ouverte que pour vous et pour ma fille, — répondit M. de Penthièvre.
: .lit l)i; a
Le lendemain, la marquise trouva le prince de Lamballe renfermé au fond de son appartement et anéanti dans le plus amer, dans le plus mortel chagrin.
Sa figure était bouleversée et décompo-
sée; — en quelques jours il avait vieilli de dix ans. — On eut dit qu'il allait mourir.
il se souleva ëûfëim lit afin de pi-éndre la main de madame de Gréquy, et il la porta à ses lèvres avec autant de respect que d*àfîection.
• — Chère maman, — murmura-t-îl ensuite d'une voix éteinte d'abord, mais qui se ranima par degrés. — Chère maman, vous savez tout, n'est-ce pas?...
— Oui, mon pauvre enfant, — répondit la marquise, — et il faut accepter ce qui vous arrive comme le châtiment cruel, mais mérité, d'une faute que je ne com^ prends guère...
— Une faute ! — répéta M. de Lamballe avec étonnement.
— Mais. . . il me semble. . . — ' répondit la marquise en hésitant.
— C'est juste! — reprit vivement le prince, — vous ne pouvez savoir, vous ne savez en effet que ce que les autres connaissent, mais attendez avant de me juger car moi je vais tout vous dire...
M. de Lamballe raconta alors à la marquise les derniers événements de Glamart, — la résolution qu'il avait prise, — sa démarche auprès du duc d'Orléans, — le souper qui avait été la suite de leur raccommodement et la trahison dont il avait
été la victime innocente. — Trahison inouïe, — infâme, — sans précédent et sans exemple dans les fastes du crime et de la débauche.
Quand il eut achevé, madame de Créquy Técoutait encore, — pétrifiée d'épouvante et d'horreur.
— Eh ! bien, — lui demanda- t-il , — qu'en dites-vous ?. . .
La marquise ne put que lever les mains au ciel en s'écriant :
— Oh ! ces d'Orléans !.. ces d'Orléans !.. famille maudite!...
Puis, au bout d'un moment, elle ajouta:
— Et Geneviève ?. . .
la lettre de Geneviève.
— Geneviève!... — répéta le prince avec une déchirante amertume , — chère maman, vous mettez un fer rouge dans la plaie de mon cœur !,.. — Geneviève subit les tortures des alarmes et des tourments
jaloux, et je ne puis ni la consoler, ni la rasîftirer !... Et, si elle savait !... si elle savait î...
— Mais, mon enfant, — dit madame de Créquy, — en supposant que tout ce qui s*est passé arrivât à sa connaissance, vous pourriez vous affranchir du blâme en faisant connaître la véritable cause du malheur qui vous a frappé...
— Non, — répondit fermement M. de Lamballe, — la personne et la famille de mon beau-frère en seraient diffamés à jamais ! — Je ne veux point déshonorer un prince français et les enfants de ma sœur. . . — * et, cependant, savez-vous bien que ce
misérable a poussé son infernale astuce jusqu'à envelopper mon pauvre domestique Champagne dans la machination ourdie contre moi!...
— Pourquoi donc unir tant de bassesse à tant d'infamie? — demanda madame de Gréquy.
— Afin d'interrompre forcément mes communications avec Glamart, -^ répondit le prince. < . . .
La marquise fit un geste d'horreur.
M. de Lamballe continua :
—^ Eh bien ! ^* dit-il, — cet homme.
ce colosse de lâche fourberie, a envoyé la duchesse d'Orléans, ma sœur, me dire qu'il était malade , dans l'intention de me faire croire qu'il avait été plus étourdi que méchant et plus imprudent que criminel...
«Ilamême eu l'audace et l'impudeur de m'écrire à ce sujet une longue lettre que je n'ai pas voulu ouvrir et que je lui ai renvoyée , comme bien vous pensez , sans daigner y joindre un mot de reproche ou d'explication.
x> Depuis le lendemain du souper de Mousseaux il ne quitte pas le Palais-Royal, mais j'ai su, de source certaine, que sa maladie prétendue ne l'empêchait point de donner dans son appartement de joyeux soupers
de quinze à vingt personnes, avec lesquelles il passe le reste des nuits autour d'une table de Greps.
La princesse de Conti disait à mon père
qu! trois jours auparavant il avait gagné
seie mille louis contre son fils, le comte
de a Marche, — presque un enfant!...
»Ah ! chère maman,tout cela est bien honteux ! bien sale et bien déshonorant !..
— Mais Geneviève !. . . Geneviève !. . .
reprit de nouveau madame de Gréquy,
qu'allez vous faire à l'égard de Geneviève?
— Eh ! — murmura le prince, — le sais-je moi-même!... — Vois-je clair au
27a GENEVIÈVE GALLIOT.
milieu dé tout ce qui m'arrive, et n'y a-til pas de quoi devenir fou ou mourir désespéré?... ' à '
Calmez-vous, mon enfant!., je vius
le demande au nom de Geneviève elemême!... I
Tenez, — dit M. de Lamballe, en
ouvrant une petite cassette placée au|rès de son lit et en en tirant lîn papier qi'il présenta à madame de Gréquy : -— LisÀiî C'est une lettre d'elle... — Je l'ai reçue il y a deux heures.... — C'est la quinzième depuis dix jours!...
La marquise prit la lettre que lui tendit le prince, et elle lut :
4 Est-ce possible, Louis?.... —Est-ce
» croyable ?. . . — Quoi, vous ne venez pas. . . » — vous ne*îii'écrivez pas. . . — vous ne me B répondez pas?... — -J'attends... — je me «désespère... je me meurs... et rien! rien! ï rien ! toujours rien !. . .
» Est-ce que tu ne m'aimes plus, Louis?, . I» — est-ce que tu me trompes ? — est-ce ï que tu m'abandonnes ? — Que se passe- »t-il donc, et pourquoi me laisses-îu soufïfrir ainsi?...
»Mon Dieu, je ne t'ai rien fôit pour-
ïtant!... — ie ne t'ai iamais offensé!
»je n'ai jamais eu une pensée qui ne soit »pour toi!... — Je t'ai aimé, je t^aime, je > t'aimerai toujours de toute mon âme, de «toutes mes forces!...
» A l'heure qu'il est, je ne sais pas si tu ï es vivant ou si tu es mort !... — Gotn- » prends - tu, Louis , ce que doit être un » pareil supplice?...
^ Aye donc pitié de moi, Louis — mon » ami , mon mari , aye pitié de ta pauvre > Geneviève!.. — Viens!., il faut que je » te voie!... — je veux te voir!... — Je » vais mourir si je ne te vois pas!...
> Je ne sais pas ce que je t'écris... — je f deviens folle... je pleure... Mes larmes » effacent les mots que je trace... Ma tête » est perdue... mon cœur est brisé...
» Quand tu vas venir tu ne me recon-
» naîtras plus, tant j'ai pleuré... tant j*ai ï souffert !...
» Ce n'est pas là ce que tu m'avais pro- » mis , pourtant !... Tu m'avais dit que * bientôt.... — Tiens, je ne veux pasrap- » peler ce que tu m'avais dit, car en y » pensant je me trouve encore plus mal- » heureuse !... — Ces promesses, mon » Dieu, je ne te les demandais point. . . je » n'exigeais rien... je n'attendais rien.... » Tu m'as montré le ciel, et, ensuite... — » Louis, mon Louis, c'est bien cruel !..
» Il y a des femmes heureuses!.., elles » aiment !... elles sont aimées!.. — Leurs
» maris ne sont pas princes ! — Leurs ma-