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fait, — suivant des jeux les flammes bleuâtres qui s'élevaient de l'eau-de-vie enflamnïée, — savourant enfin, dans le silence et le recueillement, le souvenir présent encore des voluptés gastronomiques qu'il venait de goûter.
L'eau-de-vié s'éteignit.
Monseigneur remua doucement le mélange qu'il avait obtenu et l'avala par petites gorgées.
Ensuite il appuya de nouveau sa tête au dossier deson fauteuil, — ses paupières tuméfiées s'abaissèrent sur ses regards louches et il s'endormit profondément.
Pages et valets de pied sortirent de la chambre avec précaution, et le silence le plus profond régna dans celte partie reculée des appartements du Palais-Royal.
Au bout de deux heures environ monseigneur se réveilla, lourd encore des fumées du vin qu'il venait de cuver.
Il quitta son fauteuil, - fit deux ou trois tours dans sa chambre, — s'approcha d'une glace, — sourit à la reproduction de son image et enfin frappa de nouveau sur le timbre qui servait d'appel.
On accourut.
— Lupiano est-il au Palais? — deman-
da le duc au valet qui se présenta le premier.
Le valet n'en savait rien.
— Qu'on le cherche, — qu'on le trouve et qu'on l'amène ! — dit monseigneur.
Le domestique s'inclina et sortit.
Cinq minutes ne s'étaient point écoulées que déjà on frappait discrètement à la porte.
— Qui est là ? — demanda le duc.
— C'est moi, monseigneur, — moi,
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Lupiaiio, — répondit du dehors une voix caressante et mielleuse.
— Allons, mauvais drôle, entre vite î — dit monseigneur, — je t'attends.
La porte s'ouvrit, puis se referiua après avoir donné passage à un individu que nous connaissons déjà et qui n'était autre que l'agent mystérieux dont le duc d'Orléans s'était servi pour mener à bonne fin le mariage du prince de Lamballe avec Geneviève Galliot.
Lupiano avait plus que jamais sa mine sournoise et hypocrite, ses manières basses et flagorneuses.
Quoiqu'il comptât parmi les domestiques du Palais-Royal, il ne portait point la livrée et son costume était celui d'un bourgeois dans l'aisance.
Lupiano jouissait d'une foule de privilèges qu'il devait à la nature toute particulière de ses attributions.
Son poste était un poste de contiance, et une large réaiunéralion payait ses services quotidiens.
Lupiano faisait de l'espionnage pour le compte de monseigneur; — il était à la tête de la police secrète du Palais-Royal et il cumulait ces nobles fonctions avec celles
non moins honorables de fournisseur en chef des plaisirs galants de Philippe.
Avons-nous besoin d'ajouter qu'il eût fallu fouiller longtemps dans les boues de Paris et remuer les sentines les plus impures de la grande ville avant de trouver un être aussi vil, — un drôle aussi abject,
— un aussi lâche coquin que ce Lupiano,
— Napolitain échappé des galères de son pays.
Il ne manquait d'ailleurs ni d'intelligence ni d'astuce ; — il ne reculait devant aucune mauvaise action, si infâme fùtelle, et, malgré sa couardise, il aurait risqué dix fois la potence et la roue pour
quelques louis de quarante-huit livres.
On voit que Lupiano était pour Philippe d'Orléans un être précieux et indispensable.
— Monseigneur m'a fait l'honneur de me demander?... — dit-il, après s'être incliné à trois reprises d'une façon qui faisait le plus grand honneur à la flexibilité de son épine dorsale.
— Oui, je t'ai fait demander, — répon-» dit le duc, — et toi, maraud, tu m'as fait attendre!...
Il n'y avait aucune colère dans la facou
dont ces paroles étaient prononcées , mais, bien au contraire, une sorte d'enjouement cynique.
Lupiano le comprit ainsi, car il se permit un sourire. — Il se sentait d'ailleurs le favori du maître.
— J'attends les ordres de monseigneur,
— reprit Lupiano.
— Nous avons à causer, — dit le prince,
— je te permets de l'asseoir.
L't^^iion indiqua par un geste qu'il comprenait tout ce qu'il y avait de précieux dans la faveur que le duc d'Orléans vou-
lait bien lui accorder, puis il attira un pliant à quelques pas du fauteuil de monseigneur, et prit place dans une attitude attentive et respectueuse.
Avant de mettre sous les yeux de nos lecteurs l'entretien confidentiel du prince et de l'espion, nous devons leur apprendre comment il se fait que Lupiano ait joué jusqu'à présent dans cette histoire un rôle beaucoup plus important qu'ils ne le supposent eux-mêmes.
Le duc d'Orléans faisait toujours, partout, pour toutes choses et en toi occa- 1^ sion, emploi de l'espionnage , mais c'était surtout contre l'hôtel de Penthièvre etcon-
tre les deux princes de cette maison que se dirigeaient ses batteries.
Nous savons déjà que depuis son mariage avec la sœur de M. de Lamballe il avait un intérêt direct, — le plus puissant des intérêts selon son cœur cupide, - à se tenir au courant de toutes les actions de son beau-père et surtout de son beau- frère.
Comme il se délectait dans la dépravation, il avait souvent fait diriger contre Louis de ï.amballe toutes les tentatives de corruption les plus perversives; — mais le prince avait été sauvegardé par le sentiment d^uiiour passionné » solide et pur, qu'il éprouvait pour Geneviève Galliot,
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alors pensionnaire du curé de Rouvres.
Le duc d'Orléans, qui ne croyait ni à la moralité ni à la vertu, voulut savoir quels pouvaient être les motifs de la résistance opposée par un homiue jeune et qui devait être ardent à des séductions dont quelquesunes lui semblaient irrésistibles.
Une foule d'agents à l'œil de lynx épièrent à Paris toutes les actions et toutes les démarches du prince.
Cette surveillance occulte n'amena aucun résultat.
M. de Lamballe n'avait même pas de
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maîtresse ; — sa vie était à jour et il ne semblait aspirer qu'à quitter les bruyantes splendeurs de l'hôtel de Penthièvre pour retourner dans le Véxin, au milieu des calmes solitudes d'Anet.
Cet enthousiasme pour la campagne, ces goûts bucoliques et champêtres, ne parurent point naturels au duc d'Orléans.
Il soupçonna un mystère et il envoya Lupiano dans les environs d'Anet avec ordre de redoubler de vigilance.
L'Italien était seul, afin de ne point éveiller de défiance.
Il se surpassa, — disons-le hautement.
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Véritable Protée, il sut prendre toutes les formes, — tous les aspects, — tons les
visages.
Il déploya dix fois plus d'astuce et de talent qu'il n'en fallait pour tromper des gens simples qui ne se méfiaient point, et qui croyaient n'avoir rien à cacher.
Tantôt marchand forain, — tantôt moine mendiant, — quelquefois voyageur égaré ou pèlerin porteur du bourdon et des coquilles, il pénétra partout, — s'assit à tous les ioyers, — interrogea tout le monde et finit par arriver à la découverte de l'amour du prince de Lamballe et de Geneviève Galliot.
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A peine informé de cette romanesque aventure, Philippe d'Orléans sourit de son plus mauvais sourire-
Le plan infernal, — si bien deviné par la marquise de Créquy, — venait de se présenter tout entier à sonespritqui n'était lucide que pour le mal.
Nous savons déjà comment il s'y prit pour amener l'entière réalisation de ce plan.
Mais ce que nous ignorons, c'est que ce jour même où le mariage de Geneviève et du prince de Lamballe avait été célébré par ses soins, dans sa chapelle et par son
aumônier, il s'était senti ébloui par la divine et rayonnante beauté de la jeune femme, et cette beauté avait allumé en lui une flamme aussi vive que son cœur corrompu était capable d'en ressentir, c'est-à-dire une passion toute sensuelle, toute bestiale, et qui ne ressemblait pas plus à l'amour épuré et délicat de Louis de Lamballe, que le cuivre ne ressemble à l'or.
Le duc d'Orléans n'avait pas même cher^^hé à combattre cette passion, seulement, comme il n'espérait point entrer en lutte victorieuse avec son beau-frère , quant à présent, du moins, et qu'il lui fallait, pour avoir quelques chances de
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succès, laisser s'écouler la lune de miel du couple amoureux, il résolut de temporiser.
Seulement il espérait que le prince de Lamballe lui ouvrirait la maison de sa femme, pour prix de la complaisance avec laquelle il avait prêté les mains au mariage secret.
Il en fut autrement.
Le prince ne se souciait en aucune façon d'introduire dans l'intimité de la douce et chaste Geneviève, un homme dont les débauches jouissaient d'une honteuse célébrité, — un homme dont la seule pré- II. k
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sence auprès d'une femme était une souillure.
La convenance qu'il convenait de garder dans toutes ses démarches, servit de prétexte à M. de Lamballe pour ne point recevoir son beau-frère dans la petite maison de Clamart.
—Vos visites donneraient l'éveil et nous compromettraient tous les deux , - lui dit- il poliment.
Et la porte resta fermée.
La police du Palais-Royal