‹ Génie de la monarchieChapitre 4 sur 10 · I.A I.IBERTE · texte numérisé non relu

I.A I.IBERTE

Si l'ordre est représenté par l'hérédité, la liberté politique est le résultat de l'élection réunie à l'hé« redite.

L'ordre ne change pas, il est partout le même. La liberté change selon les temps et les lieux. Le premier, loin de se renouveler , doit au contraire se perpétuer par un principe immortel ; la seconde n'existe qu'en se réglant sur les intérêts nationaux de chaque époque. L'ordre- principe est immutable, la liberté-but dépend des qualités des hommes appelés à exploiter le principe. Le meilleur arbre mal soigné, mai élagué, ne produit rien. Pourvu qu'en ne coupe pas l'arbre, arrive un jardinier plus consciencieux, auquel il ne faut que quelques mois pour en tirer d'excellents fruits.

Il a fallu des siècles de tâtonnements pour arriver à cette réunion de l'ordre et de la liberté ; comme tout ce qui est durable et fécond , elle est due au mariage des deux contrastes apparents : Vhéredite et Célection,

De tout temps les hommes ont eu Finstinct de l'ordre ; ils ont d'abord essayé de mettre le pouvoir dans les mains d*un seul ; celui-ci en ayant abusé, a été renversé. Les peuples alors ont cru pouvoir mettre l'ordre dans l'élection ; il en est résulté ou la guerre civile, ou bien une guerre générale qui les a forcés de courber la tête sous le joug du vainqueur.

Jamais démocratie n'a existé dix ans sans dictature ou guerre. L'état de siège est son état nor~ mal. La république américaine, bien qu'elle soit monarchique, n'a évité cette alternative que par l'immensité de son territoire. Mais déjà la guerre commence; tôt ou tard, l'Amérique, malgré Vesclavage^ partagera le sort de tous les gouvernements démocratiques.

Voyant que le despotisme est un moindre mal ciue l'anarchie, les peuples païens avaient fini par 1 adopter comme principe gouvernemental.

Peu à peu, la société devenue chrétienne, après avoir garanti la royauté par rhérédité, tendit vers l'émancipation du peuple par l'émancipation du travail, source de toute liberté. Par le christianisme, la royauté, d'un droit qu'elle était, devint un devoir, lie chef du peuple se transforma en justicier, le tyran en père de famille, le mattre en serviteur de Dieu. Dès-lors, la monarchie devint Tancre de salut du peuple, le serpent d'airain de tous ceux qui souffraient de l'injustice des hommes.

Il est remarquable que l'idée chrétienne de la monarchie s'est affaiblie dés l'époque dite de la renaiisance. C'est à partir de François I^'' que la mo* narchie de Glovis et de Saint-Louis, oubliant ses devoirs, agissant au nom de ses droits, redevient tout à fait païenne sous Louis XIV et Louis XV.

C'est pour empêcher cette dégénérescence de la monarcnie, que tes peuples, craignant encore plus l'anarchie révolutionnaire, ont fini par lui donner un contre-poids, représenté par Félection, afin de neutraliser l'individu dans le monarque , afin de laisser la royauté à l'état de principe, afin encore de suivre la volonté nationale pendant la durée des minorités et des interrègnes.

Cette vérité n'a fait que se fortifier par l'expérience des faits. Ce n'est pas pour affaiblir la monarchie^ qu'on l'a entourée d'institutions nationales et électives, mais pour en assurer la durée féconde

{>ar la transformation en principe; afin que 'homme, avec tous ses vices et ses caprices, disparaisse derrière l'institution.

(lette vérité si simple, si claire coûte déjà à Thumanité des torrents de sang. Chaque expérience la remet dans un jour plus brillant. Mais l'orgueil humain n'est pas fait pour écouter, il faut qu'il

sente. Le vice de Torgueil ne se rachète que par l'expiation.

Dès que la liberté, se détachant de Thérëdité, a le souffle, elle tend à renier sa mère, et croit pouvoir marcher toute seule. Tout en limitant les droits de la monarchie, elle ne sait jamais limiter ses pro* près droits. Rappelant à tout le monde les devoirs, elle n'oublie que les siens. Aussi, partout où elle a assassiné la monarchie, ce meurtre a été son propre suicide; car partout le despotisme a surgi de Tanarchie, comme une île déserte^ au milieu d'un déluge.

Les esprits modernes se sont complètement fourvoyés au sujet de la liberté. Les uns la cherchent en dehors de la monarchie, les autres la veulent illimitée, comme si tout ici-bas ne portait pas en soi ses limites naturelles ; comme s'il existait un bien, qui ne dégénère forcément en mal, dès qu'il sort des bornes delà raison et du devoir. D'autres, enfin, esclaves de leur ambition impuissante, demandent et demanderont toujours la liberté, comme l'ombre qui demande du soleil.

Quand on n'est pas libre de ses passions par le devoir, on ne sera jamais qu'esclave ou tyran.

La liberté n'existera jamais comme droit, sans qu'elle fasse ses devoirs.

Le premier devoir d'un peuple libre, c'est d'instituer l'ordre par l'hérédité. Ce n'est qu'après la proclamation de ce principe sacré et inviolable, que la liberté peut s'abandonner à tous ses droits.

C'est parce qu'elle ne respecte pas toujours ce droit, c'est parce qu'elle ne fait pas toujours son devoir, qu'il faut que l'ordre domine la liberté et

non la liberté Tordre; attendu que les abus de iWdre sont un moindre mal en face des abus de la liberté; car les premiers ne compromettent que les droits de quelques-uns, tandis que les seconds portent atteinte aux droits de tous. Le despotisme n'atteint que certaines classes, l'anarchie frappe le peuple entier dans tous ses intérêts moraux et physiques. C'est pour(juoi il faut que la monarchie prime la démocratie, afin de pouvoir la forcer de Faire son devoir, afin de la sauver mal fjré elle. C'est la monarchie seule qui a assuré la liberté à la démocratie.

La monarchie a souvent fait son devoir, la démocratie n'a jamais fait le sien. Elle s'est toujours occupée de ses droits qu'elles poussés jusqu'à l'excès^ par des crimes. Elle est toujours morte de suiciaCi

Comme tous les biens, la liberté politique, représentée par l'élection, porte en elle sa propre organisation, basée sur la réciprocité des devoirs et des droits. En dehors de cette organisation, qui lui impose le devoir de l'hérédité, elle n'est rien. Il n'y a pas de milieu entre la vérité et l'erreur.

Autant la liberté, abandonnée à elle-même, est un mensonge, autant elle devient une vérité quand elle est unie à l'hérédité du pouvoir; car ce pouvoir seul donne le point d'appui nécessaire et indispensable au levier de la liberté.

Ce point d'appui trouvé, la liberté peut s'épanouir et s'abandonner à tous ses développements. Plus elle sera large, plus elle sera sincère; car, par son étendue même, par l'universalité de tous les suffrages, elle cessera d'être le monopole d'un parti, qui s'en est toujours servi pour tyranniser le peuple.

C est l'expression sincère de la volonté nationale,

indiauant les réformes politiques et sociales ; c'est la dénonciation libre de tous tes abus, de toutes les injustices. Là se bornent les droits de la liberté. Ils cessent, en effet, dès que des vœux, elle passe à la violence, c'est-à-dire à la guerre faite à l'ordre.

Cette liberté est parfaitement représentée par le suffrage universel. Dès que , remplissant son premier aevoir , elle aura mstitué Tordre par l'hérédité, elle pourra procéder à l'organisation du vote universel, qui n'est encore qu'à l'état de mensonge.*

Les peuples peuvent se prononcer par voie directe sur certains principes fondamentaux, qui ont leur source dans le cœur, c'est-à-dire dans la conscience de la nation; mais jamais élection directe n'a rien valu dès qu'il s'agit des personnes, surtout dans un pays si vaste que la France. Pour faire du suffrage universel une vérité et une liberté, il faut

3u'ii passe par différents degrés qui, lui servant 'autant de cribles, le rendront plus pur, plus sincère et plus fécond,

Il faut que la commune puisse élire ses mandataires en connaissance de cause. Ceux-ci éliront les électeurs du canton, ceux-ci nommeront les mandataires d'arrondissement, enfin, ces derniers, seraient apj>elés à nommer les représentants. Les hommes ressemblent en ceia aux métaux précieux. Plus ils passent par des creusets, plus ils s'épureut et gagnent en valeur. Par ce moyen , les assemblées nationales pourraient représenter les hommes d'élite du pays; car moins est grand le nombre des électeurs définitifs, plus leurs choix seront distingués. IjCs eribles électifs feront toujours gagner en qualité, ce qu'ils font perdre en quantité.

En aucun cas, la liberté, c'est-à-dire l'élection, ne doit avoir le pouvoir de porter atteinte à Tordre et de compromettre son principe ; ce serait exposer

la société à des révolutions périodiques. Il faut que l'ordre ait une base de granit pour briser comme verre, par le choc même, lout instrument criminel dirigé contre lui dans un but de destruction et de renversement; ce qui aura toujours lieu quand le pouvoir légitimement reconnu, résistera aux factions par un appel sincère à la nation.

Cette réunion de l'ordre avec la liberté, de la monarchie avec la démocratie, est l'avenir du monde politique. Quoi qu'on fasse, les hommes reconnaîtront tôt ou tard que, sans Thérédité du pouvoir, il n'y a aucune sécurité pour l'hérédité de la f>ropriété ; que, sans propriété , il n'y a plus de iberté ; qu'enfin, dans une démocratie égalitaire^ l'homme n'est plus qu'un chiffre, moins qu'une brute.

La monarchie, à son tour, saura qu'elle est avant tout un devoir; qu'elle a été instituée pour donner au peuple prospérité et liberté.

Elle sentira le besoin d'entendre continuellement la voix de la nation ; elle comprendra que son inviolabilité ne sera garantie que par la véritable responsabilité des ministres, qui eux-mêmes^ abrités derrière le principe, lui serviront à la fois d'appui et de bâton de voyage. Une assemblée nationale nommée par les différents degrés d'élection, peut amener au principe d'ordre tous les hommes de valeur de la nation qui^ si grands qu'ils soient, ne sauront donner la liberté sans le principe immortel de l'hérédité, seul point d'appui pour un Archimède politique. Qu'est-ce qu un homme s'il représente lui-même l'ordre par son génie? Moins que rien ! Une ombre qui passe, une

fleur qui se fane après la rosée. A peine a-t-il semé qu'il meurt, et avec lui, disparaît son ouvrage foulé aux pieds par des médiocrités factieuses et ambitieuses.

Pas un seul usurpateur heureux n'a laissé des fruits durables de son ^énie. Après sa mort, tout, comme lui, s'est réduit en poussière.

Le progrès social ne date que du principe héréditaire du pouvoir; c'est ce principe qui a produit de grands hommes, qui a fécondé les idées du génie en les rendant immortelles pardes conquêtes pacifiques et fructifiantes.

Les révolutions, après^ tout^ ne sont que les éclipses de l'hérédité , qui reparaît toujours , car elle assure les libertés nationales, garantit le progrès, et élève l'homme vers Dieu. L'hérédité du pouvoir n'est pas un système, c'est la révélation politique du christianisme: c'est l'humanité progressive; c'est l'extinction graduelle de la misère, c'est l'ascension continue de la propriété et de la prospérité ; c'est enfin le seul moyen de faire çouverner la liberté. Quand tordre règne ^ la liberté peut et doit gouverner.

JLE» ASSEMBLÉES.

L'hérédité du pouvoir a été proclamée pour per-

Eétuer le principe d'ordre, à défaut de grands rois, es assemblées nationales ont été instituées, afin de conserver la liberté, h défaut de grands ministres. Partout les institutions ont clé créées pour être au-dessus des hommes.

Considéré de près, le pouvoir absolu n'a janiaiâ^ été légitime en France. Il y a eu des hommes forts qui, par leur génie, ont suppléé momentanément aux institutions; mais ces hommes, à peine morts, les instutions ont reparu plus vivaces que jamais.

Cest ainsi qu'en 1 absence des Etats généraux ^ les parlements ont visé à les remplacer; seulement, ayant été basés sur le monopole et l'abus, ils îi ont pu produire aucun bien positif, tout en contrecarrant le pouvoir d'un seul.

I] serait superflu de faire l'histoire de la constitution des Etats c^énéraux de la France ; cette histoire est toute faite (1). Il suffît de mettre en relief la loi générique des assemblées politiques.

Voici cette loi : Aucune institution ne saurait fonctionner sans contrepoids; les planètes mêmes, ayant un centre de gravité, doivent avoir forcément un contrepoids.

Le centre de gravité de la société chrétienne étant la monarchie héréditaire, son contrepoids nécessaire est la démocratie légale, expression de la volonté totale de la nation.

Ce contrepoids ne peut être que négatif; mais il est indispensable pour donner à la monarchie son équilibre , pour en rendre les fonctions fécondes et bienfaisantes.

A la monarchie donc le pouvoir exécutif.

A la démocratie, représentée par une assemblée, le droit de demander compte des impôts , de proposer de nouvelles lois concernant les intérêts de la nation , ou bien , de représenter le peuple et sa volonté, en cas de minorités et d'interrègnes.

Au-dessus de cette assemblée nationale, et en

(1) Voir radmirable livre de M. Loardoaeix : De la Restauration de la Société Française. Ce livre devrait servir de manuel historique à toutes les écoles françaises.

tnéme temps au dessus des ministres de la royauté, doit exister un conseil politique suprême, représentant toute l'intelligence, toute la sagesse, toute Texpérience du pays* Il n'est presque point de constitution soit ancien he , soit moderne, sans ce conseil, sénat, tribunal, parlement ou aréopage.

Dès que , dans un pays , il y a deux pouvoirs , l'un ne fùt-il qu'un simulacre de pouvoir, il en faut un troisième au dessus des deux pour les équilibrer ; c'est une loi de la statique , loi à laquelle rien n'échappe. Du moment qu'il y a balance, du moment qu'il y a deux plateaux, il faut un fléau modérateur pour savoir où est la prépondérance; c'est encore une loi philosophique^ qui n'admet point de dualité , sans une cause supérieure trinitaire; c'est en un mot le mystère divin du christianisme.

Sparte , qui a eu la constitution politique la moins imparfaite de l'antiquité , a prospère avec ces institutions trinitaires.

A côté des rois il y avait le peuple; au -dessus des deux se trouvait rassemblée des éphores. La constitution américain» est également trinitaire ; elle n'a même que cet avantage. Dans la monarchie chrétienne , qui ne fut jamais absolue, cette assemblée s'appela : Chambre des principaux. Toutefois, les principaux , tout en représentant l'intelligence , la fortune et la foi de ce temps , n'en furent pas moins une caste privilégiée. Saint Louis , le plus grand roi de la chrétienté , car il en était le plus juste^ a réformé cette chambre, et l'a transformée eu tribunal suprême en dehors de tout privilège; car le roi se réservait Je droit d'y appeler tous les hommes distingués de la nation.

On est confondu d'étonnement et de ravissement

en lisant les lois et établissements de saint Louis, ce révélateur de la monarchie française. Tous les développemens de la constitution française, s'y trouvent en germe. Saint Louis est le premier roi qui conçut ridée d'un parlement indépendante côté de la royauté.

Le parlement fut vicié avec la disparution de Tesprit chrétien, a partir de François 1®% le roi le plus fatal à la France; car, de son époque , date la dégénération de la monarchie chrétienne redevenant païenne. C'est lui qui , le premier, vendit les charges de judieature. Et comme toute injustice tourne forcément contre son auteur, cette assemblée monopolisée, vendue au plus offrant, fut la cause efficiente de la chute de la royauté. .

Non -seulement le parlement prêcha le droit d'insurrection contre la monarchie , mais encore il empêcha la convocation des Etats généraux , dans le but d'en usurper le pouvoir et les fonctions. Le parlement ne pouvait servir de contrepoids à la royauté; car, n'étant pas libre, il n'en représentait pas le contraste. C'était une assemblée corrompue, à côté d'un pouvoir corrompu. Or^ jamais mal employé contre un autre mal ne produit le bien. Pour empêcher l'injustice , il ne suffit pas d'être plus injuste. Pour neutraliser la corruption d'un seul , il faut autre chose que la corruption collective d'une assemblée.

Les assemblées, n'étant de leur nature qu'un contre-poids nécessaire au pouvoir, il leur est absolument impossible de représenter ce pouvoir, encoremoinsdelecréer. Jamais constitution viable n'est sortie d'une assemblée soi-disant Constituante,

Bien plus , jamais assemblée n^a pu faire une loi organique. Les constitutions se font toutes seules. Elles croissent et décroissent , elles naissent et meurent avec les nations. Elles sont pour ainsi dire innées à la vie d'un peuple. Quant aux lois , dites organiques, elles sortent d'ordinaire delà tête d'un seul grand homme , que Dieu a créé ex-

{)rés dans ce but. Tout peuple a ses mission naîreségislateurs. Ce sont d'ordinaire ses grands rois et ses grands penseurs , jamais ses assemblées.

La raison , le génie sont inhérents à la constitution de rhomme , comme les constitutions sont inhérentes au génie des peuples, représentant de grands individus collectifs. Le progfrés se trouve uniquement dans le développement de la constitution naturelle; jamais dalis le changement de la base qui, partout, est une et indivisible. Cette base renversée , la nation se renverse elle-même. Pour se relever, il faut tout d'abord que la constitution nationale se relève dans toute sa pureté primitive.

C'est une bien fatale erreur^ d'attendre de grands résultats d'une assemblée souveraine et constituante \ c'est méconnaître la nature de l'homme ; c'est braver, de gaîté de cœur, les luis éternelles de Dieu. Une assemblée est et sera toujours une agglomération de passions et d'intérêts> mais non une agrégation de raison et de génie. La raison ne s'acquiert nipar Taddition, ni par la discussion. Cinq cents hommes médiocres ne valent pas un seul nomme de bon sens, et ces cinq cents hommes n'écouteront un homme de bon sens, qu'autant qu^il ne froisse ni leurs intérêts , ni leurs préjugés. C'est précisément parce que les assemblées représentent des intérêts, au lieu des raisons, qu'elles sont aptes à sauvegarder ces mêmes intérêts , vis-

à-vis du pouvoir. Mais c'est aussi à quoi se borne leur rôle. Dès qu'elles usurpent le pouvoir, pour créer quoi que ce soit , elles tombent dans l'impuissance, et de là forcément d'abord dans l'anarchie, puis dans le despotisme.

Comment espérer d'une assemblée, l'inconstance personnifiée^ une loi stable et durable ! Il n'y a rien de plus mouvant, de plus changeant, de plus versatile qu'une assemblée. Elle représente toujours la femme d'Ulysse, qui défait le lendemain, ce qu'elle a fait la veille; sauf toutefois^ qu'une assemblée souveraine et constituante nW plus la femme^ mais la veuve d'Ulysse. Pour elle, plus d'espoir de s'arrêter un jour à son tissu. Plutarque a cité, au sujet des assemblées politiques, un apologue charmant, a La lune, dit-il, demanda une robe à Jupiter. — Malheureuse! lui répondit Jupiter, toi qui changes de forme tous les huit jours, tu songes à te faire une robe. •

11 en est absoljument de même des assemblées constituantes. Nulle n'a su se faire une robe. Quand bien même elle était faite, elle fut déchirée le lendemain, pour être traînée dans le sang et dans la boue.

Même pour les questions de principe, le vote direct du peuple vaut mieux que les assemblées, à moins que les membres élus n'aient un mandat impératif; à moins qu'il ne s'agisse d'une des grandes questions vitales du pays. Alors les assemblées servent d'écho à la voix instinctive du peuple. Cela est arrivé plusieurs fois dans l'histoire des Etats généraux de la France, notamment à Toccasion des traités des rois Jean et François I^r et contre la prétention des rois d'Espagne au trône français. Aujourd'hui même, si Ion posait au peuple ralternative entre le pouvoir héréditaire et le pouvoir électif, il

répondrait d'une manière admirable, soit dii ment, soit par mandat impératif. Qu'une ai

directeassemblée sans mandat soit appelée à résoudre cette question j au lieu de songer aux intérêts du pays et à son devoir, elle song^erait à sauvegarder ses propres intérêts, à prolonger son pouvoir, à choisir un roi moitié légitime, moitié illégitime, afin de se rendre nécessaire^ afin de s'assurer les premières positions.

Quelques hommes de devoir et de cœur diraient bien la vérité. Mais qu'est-ce que cela fait à une assemblée de sept cent cinquante hommes, dont forcément sept cents sont des médiocrités intrigantes, pérorantes et ôbsorbantes ? Où donc est l'assemblée qui ait jamais écouté la voix de la raison et du devoir? Qu'on me la cite! Rien de plus admirable que les cahiers de 89! Il n'y a pas dans toute l'histoire française un plus grand monument politique que ces vœux exprimés librement par un peuple debout. Que sont devenus ces vœux dans rassemblée législative? Cependant rarement une assemblée politique a réuni dans son sein tant d'hommes de premier ordre. Il n'est pas une vérité religieuse et politique qui n'ait été dite et répétée dans son encemte; mais, Bdèle à sa nature, elle n'a écouté que ce qui flattait ses passions et ses erreurs. Dès que Mirabeau devint raisonnable, il ne fut plus écouté. Inutile de vouloir énumérer ce qu'elle a créé. Rien! Elle n'a fait que démolir.

Les assemblées politiques sont le levain de la constitution. Si cette constitution est d'une bonne pâte, le levain contribuera à procurer du bon pain quotidien au peuple.

Seul, il ne sera qu'un ferment stérile et indigeste.

Uà PRiniOAÉNlTIJRE.— LA LOI SALIQ1JE.

L'hérédité étant un principe positif, elle doit être limitée, 11 y a cela d'admirable dans la nature, que tout ce qui constitue un bien ou une vérité, a besoin de certaines bornes pour ne pas dé^i^énérer en abus* Le mal, au contraire, est comme l'ivraie. Ou il faut l'anéantir, ou il pousse sa lo(j[ique jusr qu'aux dernières conséquences , en couvrant le terrain entier de ses ramifications vénéneuses. Dès que Télection est reconnue comme principe du pouvoir, il pénètre partout. Propriété, fonctions publiques et militaires^ tout y passe.

Cette rapidité de la logique du mal est encore une générosité de la nature; elle a faàte d'épuiser l'erreur pour arriver plus vite à la vérité.

11 n'en est pas de même du bien. Comme tout ce qui doit durer et porter du fruit, le bien a besoin de beaucoup de temps pour devenir universel, et c'est le temps qui l'organise par les bornes du devoir. Ainsi parce que Inéridité est de nécessité absolue dans le pouvoir, il ne faut pas en conclure qu'il faille l'introduire dans les fonctions publiques. Bien au contraire. Etendue jusqu'aux corps politiques, elle deviendrait forcément un abus, comme du lemps de la féodalité. La féodalité, en effet, a été un abus du principe héréditaire. Il a fallu de longues années et des luttes sans fin pour séparer l'ivraie du grain, pour couper l'abus en faveur du principe. La féodalité avait étendu l'hérédité jusqu'à l'homme, seule propriété de Dieu.

Dans cette lutte, la royauté héréditaire a été le symbole de la liberté individuelle de l'homme. Dès

qu'elle a manqué à cette mission, elle a creusé ellemême sa tombe. Ses adversaires qui, avec Tabus ont coupé le principe même , n'ont pas été plus heureux.

Dans la nature, le principe héréditaire tient du mystère. Tel fils hérite des qualités de son père, à l'exclusion de tel autre. Les hommes avaient beau instituer des majorais et proclamer la transmission exclusive de la propriété au fils aîné, cela n'a pas empêché bien des cadets d^être les seuls véritables héritiers des talents et des bénédictions du jpère. Du moment que l'hérédité est un droit, il doit y avoir égalité complète.

Il n'en est pas de même de l'hérédité du pouvoir; cette hérédité n^étant plus un droit, mais un devoir.

En effet, l'hérédité du pouvoir n'ayant été instituée que dans le but de soumettre l'hommeau principe, en d'autres termes, de représenter la permanence de Tordre, pour assurer le travail et la liberté, cet héritage n'est plus un droit, mais un devoir. Du moment que l'hérédité cesse d'être un devoir, elle n'est plus rien; c'est un homme.

Or, il suffit que deux frères soient égaux devant l'héritage du pouvoir, pour le ravaler, pour le transformer en droit.

A l'instant, au lieu de représenter l'ordre, il représente la guerre, la corruption et le désordre. Pour que le pouvoir ne soit pas exposé, il faut qu'il impose; pour qu'il ne soit plus la proie des hommes, il faut qu'il se transforme en principe. L'hérédité du pouvoir est une création forcée de l'homme qui, comme Dieu, son propre créateur, spiritualise la matière et lui insuffle une âme. C'était un individu, un corps mortel, l'homme en fait l'âme immortelle de l'ordre. 11 n'y a qu'un peuple chrétien qui ait pu la créer.

II fallait donc ou renoncer à cette création ad^ mîrable, ou proclamer la primog^éniture.

Règle générale , tous les maux du pouvoir viennent des hommes qui le considèrent comme un droit.

Tous les biens en découlent dès qu'on le regarde comme un devoir, comme un moyen de grandeur d'âme et de splendeur nationale.

Il suffit d'exercer le pouvoir comme devoir pour ne jamais se tromper dans les attributions. La voie du devoir, c'est l'organisation naturelle que Dieu a mise dans tout principe vrai; c'est un véhicule qui contient en soi et son mouvement et son frein.

La loi salique n'est pas issue du principe même; c'est une loi nationale qui précède même celle de l'hérédité et de la primogéniture.

Dans le passé, la loi salique a été d'une grande nécessité; elle devait empêcher la cession de la couronne par un mariage. Du reste , le pouvoir ayant été aosolu , le règne d'une femme était trop exposé à quitter la voie du devoir, pour glisser des sentiers étroits de l'intrigue et de la corruption, dans l'abime du crime. L'homme, quand il aime, n'aliène pas sa liberté; c'est là toute sa supériorité Tis-à-vis de la femme. Mais la femme qui aime donne tout : corps, âme, esprit, jusqu'à son ombre, jusqu'à son honneur. La loi salique se trouve pour ainsi dire dans la Bible, qui dit à la femme : T^n mari te gouvernera.

Toutefois, cette loi n'a pas trouvé grâce devant tous les peuples. Dans une monarchie représentative elle est, en effet, moins nécessaire, parce que les mariages des reines ne peuvent plus avoir au-

cune influence sur les cessions de provinces, la royauté notant plus qu^un. devoir, nullement un droit.

La loi salique est une loi politique; elle empêche la contrainte des sentiments du cœur ; elle empêche rimmoralité de certains mariages qui, en outre, peuvent devenir dangereux par des intrigues étrangères. C'est donc une loi purement nationale , et nullement dans la logique des principes; c^est pourquoi elle pourrait, à la rigueur, être modifiée par la nation méme^ dès que celle-ci le jugerait à propos.

LA CONSTITIJTIOiy POUTIQVE DTIIV PEVPLE CHRÉTlEBr.

Supposons un peuple guerrier ou agriculteur, idolâtre, polythéiste ou athée; ses premières lois seront forcément patriarcales. Aussi longtemps que ce peuple aura assez de pâturages pour ses troupeaux, il vivra en paix, presque sans travailler et dans une espèce de communisme de famille, sous le commandement paternel des vieillards.

Arrive le moment oii la population deviendra trop nombreuse pour vivre sans travailler, où il faut se disputer le terrain ; alors ce peuple, ou fera des invasions dans des contrées limitrophes et forcera les vaincus de travailler pour lui, ou bien il se scindera en deux parts, dont Tune sera sacrifiée à Fautre, non sans des luttes acharnées. En tout cas, malheur aux vaincus! ils seront esclaves, c^està-dire ils travailleront forcément pour les vainqueurs. D ordinaire^ la victoire est due à Tavan-

tage de la discipline militaire, c'est-à-dire à l'obéissance passive des combattants sous un seul cbef. Voilà le despotisme intronisé; c'est le commencement de toute nation guerrière et victorieuse. Peu à peu, le despote ne respectant plus les prétendus droits de ses covainqueurs, ceux*ci se révolteront, le chasseront et proclameront le despotisme collectif^ c'est-k-dire une république patricienne^ dans laquelle quelques familles gouverneront, soit ensemble, soit tour à-tour^ afin de maintenir le droit de ne pas travailler vis-à-vis des esclaves, et le droit de commander vis-à-vis du despote.

Ces familles ne s'en tiendront pas là. Augmentant toujours par le nombre, elles ont besoin de nouvelles guerres, de nouvelles victoires. D'un côté, il faut se défendre contre les esclaves; de l'autre, contre les jeunes aspirants au pouvoir^ De nouveaux dictateurs surgiront alors dans ces guerres. D'étrangère qu'elle était , elle deviendra civile. Au sein de ces familles affranchies, il se formera des coteries et des factions qui se décimeront les unes les autres, et qui toutes finiront par fléchir la nuque devant le plus fort. L'esclavage sera maintenu, seulement il sera universalisé; il y aura égalité devant le despote. L'esclave trayaillera pour son maître, mais le maitre peut être appelé à tout instant à déposer fortune et vie aux pieds du despote; ce n'est qu'à ce titre qu'il maintient Tordre.

Il n'y a aucune autre alternative pour ce peuple, quelle que soit son origine.

Arrive un homme descendu du ciel qui crie à ce peuple: u Écoutez! jusqu'à présent vous vous êtes fait la guerre pour vos droits. Malheureux î il n'y a

— iOO-

Easde droits sans de\'oirs. Sachez donc quHl est un ^ieu unique, grand, paissant, omniscient; u n Dieu qui a créé Phomme, son fils, à son image. J^e but de cet homme n'est ni la haine , ni la guerre, ni la victoire, ni l'oppression, ni la fortune, mais Tamour, la paix, la vertu, et avec ces conquêtes, la prospérité, la fraternité et la liberté. L'homme n'est pas un corps matériel et mortel, mais un être spirî tuel et immortel. L'âme n'est pas l'instrument du corps, mais sa divine maîtresse; c'est elle qui le domine, qui le sanctifie, qui le divinise, qui l'immortalise. Dieu, en donnant à tout homme une âme, veut qu'il puisse s'approcher de lui par la vertu et le devoir.

Donc, plus d'esclavage ! chacun travaillera selon ses facultés, accumulera son travail et le laissera à ses enfants. S'il n'a pas Jes qualités de s'enrichir sur la terre, il pourra amonceler des vertus de l'âme pour être riche dans le ciel.

Plus de guerre! les hommes sont frères; chacun, selon ses qualités, doit pouvoir monter du dernier échelon jusqu'au premier, soit en vertu, soit en pro- ^ priété. La vie n'est pas une descente de la naissance à la mort, mais une ascension à travers la mort, vers Dieu , son principe , d'où elle est sortie. Dans ce chemin, il y a place pour tous, chacun selon son esprit, sa force et son travail. Le but de la vie sociale n'est pas la victoire de l'homme sur l'homme, mais la paix par l'ordre, laquelle paix donnera à chaque travailleur assez d'espace pour développer toutes ses qualités, afin d'accumuler letrav;.il par la propriété et le bonheur éternel par la vertu.

Plus de despotisme enfin! Les relations de l'homme ne doivent pas être réglées sur les bases du droit du plus fort, sur le triomphe de la nature périssable, mais sur les devoirs de Tâme venant de

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Dieu. Que chacun fasse son devoir, dicté par Ja loi de Dieu, et tout le monde jouira de ses droits, sans avoir besoin d'y être forcé par un despote; sans rester continuellement sur le qui-vive, pour n'être pas subjugué et rendu esclave par son voisin.

Si vous voulez goûter le bonheur ici-bas, proclamez sur la terre les lois du ciel. Vous êtes des hommes, c'est-à-dire des fils de Dieu. Vous ne régnez sur la nature qu'en vertu de votre âme, sceau céleste, que Dieu a imprimé sur chaque être humain. Que les lois de Yàme^ c'est-à-dire du devoir, soient proclamées, et vous aurez V ordre qui représente Dieu, créateur de l'univers, et, avec l'ordre, paix, prospérité,. liberté et fraternité! »

Cette parole, à peine prononcée, et la guerre stérile entre la matière et la force brutale se métamorphose en lutte féconde, entre la matière et l'esprit. Dès ce moment, la face du monde est changée. 11 s'agit d'abord de trouver un point d'ap« pui pour l'abolition de l'esclavage, par la transformation du travail en propriété. Cette transformation ne peut se faire que du haut en bas, c'est-àdire par le gouvernement. En effets celui-ci, devenu chrétien, pèsera de tout son poids moral, sur les détenteurs de la liberté humaine et les forcera de faire leur devoir ; non plus en vertu du droit du plus fort, mais au nom de Dieu et de îa religion.

Il faut donc tout d'abord, que le pouvoir luimême, sans être despote, soit au-dessus des atteintes delà force brutale et numérique; afin de pouvoir garantir la propriété, c'est-à-dire l'affranchissement du travail. Il faut que le pouvoir devienne lui-même un principe moral, au-dessus des hommes ; une émanation directe du devoir ; une sauvegarde perpétuelle de l'hérédité delà propriété. Il faut, en un mot, qu'il soit héréditaire, afin de

n'avoir besoin ni de briguer les suffrages des paissants du pays, aux dépens du peuple, ni de s'établir par le droit du plus fort, brisant tous les lien» moraux, sacrifiant l'esprit à la matière, le devoir au droit.

Mais, hélas ! l'homme a beau se spiritualîser. Il reste toujours une moitié de poussière, pétrie de passions et de vices.

Le pouvoir a beau être héréditaire, il se pourrait toujours qu'un roi, oubliant ses devoirs, nt cause commune avec les hommes matériels de son époque, contre les commandements de l'âme. Force serait donc de trouver les moyens pour empêcher le principe de devenir homme ; afin de rappeler toujours à cet homme, qu'il n'est qu'un devoir vivant, et nullement un droit périssable. Ces moyens seraient trouvés dans une réunion d'hommes d'élite du pays, dans un concile permanent de vrais chrétiens, revêtus du pouvoir moral, dans le but de maintenir la royauté dans les limites du bien, dans son véritable principe d'ordre et de liberté.

Ce n'est pas tout. Le progrès pratique ne se réalise pas d'emblée. Qui donc fera entendre au pouvoir les vœux et les besoins du peuple? Qui sera appelé à se charger de l'administration? Qui fera connaître au pouvoir les hommes distingués du pays ? Qui, du reste, renouvèlera le principe de l'ordre quand, par hasard, il s'éteint dans une famille, ou bien quand il sera représenté par un enfant? Il faudrait donc inventer des assemblées, organes sincères de la nation entière. Ces assemblées, convoquées périodiquement, empêcheraient le pouvoir de transgresser ses limites, lui feraient connaître et les besoins du pays, et les hommes capables de les satisfaire.

Bientôt une lutte s'établirait entre ces assem-

biées et le pouvoir. Celles-ci, ne représentant que ]es droits du peuple, faisant rarement leur devoir, attendu que c'est dans la nature d'une masse, d'éeouter les passions plutôt que la raison, voudraient se mettre au-dessus des lois, eu faisant violence au principe de l'hérédité. Une fois cette lutte ençag^ée, il ne reste que raltemative suivante : Ou le pouvoir est vainqueur et foule aux pieds les garanties de la liberté, à moins toutefois qu'il ne soit repré* sente par un homme de devoir et de grandeur morale; ou bien l'assemblée triomphe, renverse le pouvoir héréditaire, et introduit le pouvoir électif. Dès-lors, plus de garantie pour la propriété. La brèche faite, personne ne voudra plus travailler. Tout le monde aspirera au pouvoir sans faire son devoir, et à la propriété, sans travailler. Tout devient d'abord électif. Quelques moments après, tout se donnera par le droit du plus fort.

Cest une société à recommencer. La parole du chrétien a disparu. L'âme, lumière du ciel, pâlit ; la matière seule, reflet de la terre, rayonne. L'homme descend de son trône spirituel dans 1 arène de la force brutale. Dès-lors, plus de paix, plus d'amour, plus d'immortalité, plus de vertus, plus de Dieu ! La vie devient, non une lutte pacifique entre la terre et le ciel, mais un combat infernal entre l'estomac et la tombe. Tout se réduira à quelques jouissances matérielles, que les hommes s enlèveront les uns aux autres, à la pointe de l'épée.

Les vainqueurs eux mêmes n'auront pas le temps de dévorer leur proie. Finalement la société retournera à son point de départ. D'abord la moitié de la nation vaincue, redeviendra esclave pour travailler et laisser jouir l'autre moitié victorieuse. Cela s'appelle une république.

Bientôt, cette autre moitié victorieuse, après s'é-

Ire décimée dans la même guerre, retombera elle'* même sous le joug d'un seul. Heureuse, si celuici lui laisse momentanément sa propriété en échange de sa liberté. Tôt ou tard, cette propriété même sera compromise avec la vie, à moins que le principe chrétien ne surgisse de nouveau pour affranchir Tespèce humaine de Tesclavage matériel, du fait accompli, c'est-à-dire du pouvoir athée établi par les révolutions et le droit du plus fort.

Ce principe de salut reparu, les éléments indispensanles de sa constitution seraient forcémen' ceux-ci :

Premièrement : Pouvoir héréditaire avec primogéniture, institué par le peuple faisant son devoir^ comme principe forcé, nécessaire, inviolable de Tordre, comme glorification de lamour divin , comme symbole d'affranchissement du travail , comme'garantie de l'hérédité de la propriété, comme seul moyen de liberté, de paix et de prospérité.

Deuxièmement : Une assemblée représentant la nation entière sans exception avec le vote forcé comme devoir et élue par différents degrés.

C'est le corps réuni à l'âme; c'est la vie.

Troisièmement : Un parlement, élu un tiers par le pouvoir, un tiers par l'assemblée et un tiers par les conseils provinciaux. Ce parlement doit être un concours ouvert au génie, à la vertu, à la piété et surtout à l'expérience. Pour y être admis, il faudrait du moins avoir l'âge de quarante-cinq ans ; c'est la raison baruK)nisant toutes les fonctions du corps politique.

Voyons maintenant quelques détails indispensables.

L'assemblée nationale ne peut être permanente, m^is périodique: elle doit pouvoir être dissoute par la royauté avec le consentement de son parlement permanent, dont les membres doivent être très-restreints , et dont le tiers de chaque tiers sera renouvelé tous les cinq ans.

Aucune loi organique ne pourra être proposée ni discutée par l'assemblée, avant d'avoir passé par le parlement.

Aucun projet de loi , refusé par l'assemblée, ne peut avoir force de loi ^ son vote, toutefois , ne serait que suspensif. Au bout de trois refus, si la loi revient par le parlement et le roi, elle est promulguée (1).

Les élections de l'assemblée doivent être fréquentes et renouvelées tous les trois ans. Représentant les intérêts du peuple, elle doit changer comme ces intérêts. La fréquence des ëlection&.em pèche les révolutions.

En cas de minorité ou d'extinction d'hérédité^ le parlement convoque la nation, qui se prononce , soit par voix directe^ soit par mandat impératif. Le parlement sert d'arbitre politique pour les litiges du pouvoir et de l'assemblée.

Tout ap|)el aux armes et à la violence, soit par la parole , soit par le fait, est déféré au parlement. Si le mot coupable est prononcé à l'unanimité, la peine doit être la plus rigoureuse sans pouvoir être ni commuée^ ni graciée par l'autorité; car dans

(1) Si rassemblée de 89 avait été dans ce cas, à la place de Louis XYI avec son vote suspensif, la France, la liberté, et Thumanité eussent été sauvées pour des sièeles. Avec le vote suspensif, le gouvernement apprendra à connaître la volonté du pays , et ne risque pourtant pas d*étre tyrannisé par une faction parlementaire. G*est le seul moyen d'accorder le principe d'ordre avec la liberté, l'hérédité avec l'élection.

une société chrétienne, où chacun est forcé de faire son devoir pour jouir de ses droits, rinsurrection, qui est le aroit sans devoir, est le plus g^rand des crimes.

Eh bien ! ce peuple existe. Dieu l'a fait passer par toutes ces épreuves , afin qu'il serve d'exemple et de modèle h l'humanité.

C'est la France.

Idolâtre, polythéiste, tour à tour république, empire romain, toujours despotique, toujours esclave, ne connaissant pas encore la liberté, la France, la première entre les nations, a entendu les paroles divines du Christ.

La Germanie lui apporta la royauté, la Judée lui envoya la liberté.

Clovis créa le royaume, le Christ créa le peuple français. Si le principe d'hérédité avait eu sondéveioppement naturel, nul doute que le règne de la féodalité n eût moins pesé sur la France; mais elle devait passer par toutes les épreuves. Les Francs avaient entrevu l'idée du principe de l'ordre, puisque la royauté, chez eux, devait être inviolable derrière la responsabilité du maire du palais. Mais le peuple n'était pas encore affranchi, et cette institu* tion n'aurait profité qu'aux leudes et aux hommes libres, c'est-à-dire aux hommes armés. Bientôt la France apprit à connaître la valeur des usurpations. La royauté Carlovingienne, ma%ré Charle« magne^ fut une longue épreuve de guerres, de douleurs et d'humiliations. Mais^ à travers ces douleurs et ces peines, marche toujours la grande idée du christianisme. Cette idée finit enfin par trouver un point d'appui dans la royauté héréditaire. Dès-lors, une guerre à mort est déclarée au servage et à la féodalité, c'est-à-dire à la matière et au droit du plus fort. Bientôt cette hérédité trouve un législa-

teur, un vrai révélateur chrétien y dans la personne de saint Louis, incarnation vivante du devoir. La nation, s'affranchissant par le travail, réclame et obtient des franchises politiques; elle (garantit ses libertés par les États g^énéraux; elle obtient justice enfin contre l'injustice lé(jalisée des grands feudataires par les parlements. Appuyée sur son principe d'ordre, elle avance vers Funité à travers les révolutions et les guerres civiles, comme une fée marchant insouciante à travers Feau et le feu. Lorsque tout à coup le principe infernal de Finsurreccîon l'arrête dans sa course divine. C'est un malheur... Non ! c'est encore une double épreuve.

La première montre à l'humanité que, vainqueur ou vaincu , tout peuple qui laisse entrer chez lui Tathéisme du fait, la brutalité du droit du plus fort, le blasphème de la matière, est condamné au despotisme et à Fanarchie.

La royauté, d'abord victorieuse, dégénère en absolutisme et devient païenne elle-même.

Elle est rappelée à ses devoirs par la nation. Mais après, le peuple triomphant à son tour, oublie ses devoirs, renverse son point d'appui et devient la proie d'une anarchie bestiale et infernale.

De cette anarchie sort de nouveau le despotisme, le doute et le néant. L'épreuve est -elle complète ? Oui ; il s'agit seulement de savoir si la France est encore un peuple chrétien ou non , si elle aime mieux être la reine dé la matière brutale que Fainée de la pensée chrétienne, la prétresse de Fimmortalité et de la liberté. Il s'agit de savoir si la France a une âme divine, ou si elle n'est plus qu'un corps creux, se soutenant seulement par l'écorce, hébergeant dans son vide, où jadis était le cœur, des bandes de hiboux et de corbeaux révolutionnaires j;^ semblable à ces vieux arbres creux, vides et

morts, servant de gttes aux oiseaux de proie de la inontag;ne.

Il s'ag^it de la vie et de la mort.

Si la France est encore chrétienne, si, croyant en Dieu, elle ai^rme que la vie n'est qu'une glorification de Fâme sur la matière, une lutte entre le ciel et la terre, que Thomme n'a pas été créé pour subjuguer son frère, mais pour lui ouvrir toutes les voies de salut et de liberté par le travail et la propriété, par la paix et l'amour, par le devoir et la vertu, elle instituera de nouveau un pouvoir héréditaire avec toutes ses conséquences politiques et représentatives ; seul principe d'ordre et de liberté, afin d'assurer la paix et le progrès^ afin d'émanciper le peuple de tous ses préjugés de violence, afin d'élever continuellement l'homme vers Dieu, chacun selon ses forces et qualités, afin de fonder la société divine du devoir, où le dernier comme le premier jouira de tous ses droits.

Sinon , qu'elle périsse !

Une mort violente pour elle' vaudrait mieux qu'une vie matérielle et abrutissante de l'athéisme révolutionnaire. Derrière la mort est la résurrection.

Mais derrière uno vie de mensonges , de blasphèmes et de glorification de la force brutale , il n'y a que le néant et l'expiiition.

Jl n'y a point de milieu entre l'erreur et la vérité , entre Dieu et Satan.

Ou la France, se retrempant de nouveau dans le principe chrétien , réintégrera l'hérédité du pouvoir et profitera des exemples passés pour la rendre féconde, par des institutions nationales et conservatrices, ou elle disparaîtra comme l'empire romain , comme toutes les nations idolâtres y polythéistes ou païennes, qui ont péri par le principe de la matière.

Ce qui est poussière redevient poussière; le |priacipe seul est immortel , car il représente Dieu sur la terre.

Jésus-Christ est le principe créé homme, le pouvoir héréditaire est rhomme créé principe. Tout deux, ik resteront!

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