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LA POLITIQUE ET LA RELIGIOIV

Depuis plus d'un siècle la France n'a plus ni politique ni religion. La politique a été remplacée par la diplomatie, et à la place de la religion on a mis le mot religiosité. Le signe distinctif d'un siècle de décadence est la transformation du vice en vertu par un changement de mot. L'avarice s'appelle économie, la lâcheté^ prudence, et le crime , fait accompli.

C'est aussi depuis un siècle que la sottise en place et le pédantisme en évidence ont entassé lieu commun sur mensonge , pour tracer une ligne de démarcation entre la religion et la politique. Autant entendre des paralytiques proclamer que la santé et la vie sont deux choses différentes et indépendantes l'une de l'autre. La politique et la religion

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«ont teliemeat idcactqM^e, que., presque ckce tous les peuples , la forme politique n'a été que la con*- «équence forcée du priedpe religieux. Chez quelr que$"un$ seulement, la religion s'est nbodelée sur les premières notiom de la sociél^é. Ils étaient dans le iau^ , (nais ils étaient logiques.

Aussi longtemps que la religion était humaine ^ elle servait de porte-queue à la palitîque. Dès <|u'elle devient diviue^elle enestleporte-ftamheau. Partout rhumanité est le point ie oofaésioa entre le xiel et la terre. Là où rhomme matériel tient de l'animal plutàt que de FaQge , «1 ravale lé ciel et le modèle sias ses idées de la vie terrestre. Là, au .contraire , où^ s'émaucipant par l'esprit, l'homme plante fièrement son- berceau dans le ciel, la terre^ e'est-à-dire la loi politique, suit ce mouvement as«cendan t et se tran^or me en loi morale.

Tout le progrès de l'huma-nité est dans cette différence. L'homme intellectuel , le chrétien , élève la terre vers le ciel et crée la libeité par Timmor^ taJité de la vie; l'homme matériel, le politique du fait, anihile le ciel et aboutit forcément au despo^ ^6me« Le premier spiritnaiisela matière «t la rend immortelle, le second matérialise Tesprit et Passas^ sine. Le premier approche de Van^ei le second dégénère en brnte. Le pemier crée l'individu^ et, par la liberté, le fait sortir de la masse brtiV taie , en l'élevant vers Dieu ; le second abaisse les hauteurs de Fèsprtt au niveau de la masse et erée Fégalité de l'esclavage. Le premier enfin, a créé l'hérédité du pouvoir et de la propriété, le second a inventé la démocratie élective et le communisme. La société historique commence presque parloot par l'idolâtrie et le despotisme, c'est-k-dire par Végalité négative. En effet , la seule égalité créée l^r l'homme, .comme droit, est celle de l'esclavage

derant fin despote et une idole.— L'^;alité morale devant la loi n'est pas un droit, mais un devoir, la loi morale n'étant pas Pœuvre de l'homme , mais celle de Dieu.— L'^alitë du fait au nom du droit, c'est Tesprit , esclave de la matière , c'est la masse pni proclame le despote et l'idole , sauf à les abattre tous deux quand ils ne lui plaisent plus , pour en créer d'autres^

Quand une société prend une béte ou un bloc de marbre pour en faire un dieu, personne ne se plaindra de cette supériorité. Cest l'orgueil hn* main , jaloux d'égalité, qui a créé Pidolâtrie et le despotisme. Quand personne n'a de droits devant le despote , tout le monde est égal ; d'autant que le despote lui même sera t^t ou tard mis au niveau ^e régalité générale. Dans une telle société , tout est négatif, même la divinité. De liberté, pas une trace; car la liberté exclut forcément l'égalité. Que ce soit l'idolâtrie qui a créé la tyrannie ou la tyrannie qui a créé ridolâtrie , peu importe ! Toujours est-if que les deux négations sont parallèles et réciproquement cause et effet. Dans une telle société', la religion est un abrutissement et la vie une mort permanente.

Si jamais l'égalité sociale parvenait k s'emparer des hommes; si, de nouveau, Tesprit devait être enchatné par h matière , et qu'un communisme brutal fût introduit de gré ou de force , les hom« -mes , poussés par la logique , auraient encore recours à une religion équivalente^ de nouveau la société, dominée par le despotisme de l'égalité, s'abimerait dans 1 idolâtrie , dans la déification des passions immondes et des bétes inintelligentes.

Le despotisme et l'idolâtrie furent lecommence*

ment de la société. Bientôt Fintelligence , ayant entrevu la liberté, enlève l'homme un pas au-desftus de la terre. Le despote est chassé, quelques fa<* milles s^alfranchlssent de rég[alité tyrannique, à rinstant Tidole est renversée , la bêle déifiée bannie de Fautel ; l'homme , devenu demi-dieu lui-même, proclame la moitié de son affranchissement, et crée l'Olympe. Dès-lors, l'oligarchie du ciel et celle de la terre marchent de front l'une h côté de l'autre.

Le ciel des Grecs , en effet , est une véritable oligarchie; les dieux y tiennent des rangs supérieurs et inférieurs; c'est la république oligarcnique avec ses esclaves et ses patriciens. Le dieu des Égyptiens n'avait pas besoin d'esclaves, tout le monde l'était. Le despotisme ou le communisme n'est pas un édifice s'élevant de la terre vers le ciel, mais un cercle plat gisant par terre avec un point central. Avec le polythéisme, l'homme commence à s'affranchir de l'égalité ; il élève ses regards en haut ; il marche. L'individu se détache de la masse et plane sur elle comme esprit supé* rieur. Aussi , la nation grecque est-elle riche en demi-homAies , c'est^dire en demi<^ieux» C'est de là que date la première notion de la liberté humaine , c'est de là que date l'histoire de Tesprit humain.

Toutefois , cette liberté est restreinte. La démo* cratie , bien qu'oligarchique , prédomine. La religion est encore à l'état de l'anthropomorphisme. L'homme se fait Dieu , Dieu ne s'est pas encore fait homme. La démocratie égalitaire remporte de nouveau la victoire. Avec cette victoire, les dieux de l'Olympe sont détruits , et avec eux disparaissent le patricien et sa liberté.

De réchef, l'esclavage envahit les esprits. Des

liaaieurt déjà gagnées , la Grèce, au lieu de monter toujours, redescend vers la matière, renverse ses. temples,, détruit ses libertés, se creuse enfin une vaste tombe dans Tanarcbie de l'égalité et du néant..

Alors apparaît un homme sorti d'une tribu d'esclaves , éclairé par une fiamme divine descendue du œl, dans le but d'affranchir le monde de l'erreur et de -l'esclavage. De son œil intérieur il aperçoit le point culminant de l'humanité.. Il voit Dieu,, non pas encore face à face — ceci était réservé à< «on successeur — mais, il en voit assez pour mon* trer à l'homme le but vers lecpiel il doit tendre, •pour lui faire entrevoir la seule égalité possible dans la vie : L'égalité devant Dieu et devant la loi révélée qui en émane directement.

En Moïse est indiqué Jésus« L'un e&t le complé* ment de l'autre.

Eki Moïse est contenu le diristianisme , e'est-àdire le triomphe de l'homme divin sur Thomme matériel. L'idée était révélée, le jalon posé, la route tracée, le but en évidence. Seulement, la matière se déferlant comme des flots envahissants sur ce but, le couvrit, tout en se brisant contre lui. Jésus vint et compléta la loi de Moïse en lui donnant son< corps et son sang»

Dès«]ors , le monde se transforme et l'humanité est sauvée. lia liberté individuelle se dégage des ténèbres matérielles comme l'étincelle du caillou •> Ce peuple d'esclaves se métamorphose en peupte de dieux. L'égalitéde l'hwnme n'est plusun niveau bas et matériel , mais le point culminant de l'esprit divin. Ijà est votre but , s'écrie la loi révélée. La vie n'est pas une chute dans rabime du haut de la montagne, mais uneescalade de la vallée de misère vers la montagne des félicités. C'est Dieu qui est votre roi, et ce vok n'est pas fait pour vous abaisser.

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«iais poai^ vous attirer à lui. Dès ce moment le corps ii'«9t piu6 que le marche-pied de Yàtne ; déslûr$^ l'homme est vraiment libre. Esclave 'par là matièite, il la d<»mpte et devient roi par Flntelli^ l^noe iet la foû CTest là la seule et unique émanci* liation de la ^'hair, car elle est déifiée paT'l'^ni^» c'est là la véritable renaissance de. rhom^me, car c'est la mort de la mort.

. Cest alors que l'homme , la main levée vers ïeciel, peut, comme Dio{jènc au marcHédesesclaves^ s'écrier : Qui veut achefer un- maître? 'Car cdui-la est le maître dont Tàme est le plus près de Dieu. Celui-là est le maître qui a le plus cultivé son intelligence et éprouvé sa fpi. Celui-là enfin estle maître qui, loin de craindre la mort^ en fait un instrument de vie éternelle. Ce maître «l'dst ni despote , ni dominateur, ni tyran , c'est ie chef qui sert d'exemple et d^ nipdèle^ qui enseigne comment l'homme graodil^ea intelligence et vertu; comment enfin cet homme fotble., paieiosiné et mortel dompte tout : faiblesse , paission et mort.

Moïse, pour uiieuK neutara User les passions 'del'homme , intronisa OÂeu kii^-méme rot d'IsraëL». ]\iaîs rhommfi spcial a besoin d'un représentant direct ^t humai» d^e Jéhov9* Ses devoirs remplis y l'homme s'en praqd à Vbommt pour la satisfectioa de ses droûa. L4 vie est doubla ; elle est madère et «spfit. 11 lui f^iit paiement un corps social double} Dîeu ei le roi, S6\i\ev>toi , de même qae l'àne d4>jtnine la matiér^e, il faut que Dieu et sa justice éternelle dominent le iv^i , c'est^à-dine le gouvernement.

Dès que la religion divine se révèle, la politique çu subit les conséquences et s'y subordonne*

Jusqu'à la révélation du chrislianisiiM , il n'y avait ni royauté, ni liberté. Les rois juifs ne l'e-

taient que de nom. Exerçant le despotisme. Us de^ viennent tous idolâtres, ou plutôt, reniant la loi de Moïse, ils d^énèrent tous en despotes. La logique ne transige jamais. Ils ne pouvaient exercer le despotisme qu'en revenant aux errements dcr l'idolâtrie. La plupart d'entre eux ne connurent même Moïse que de nom. Avec le christianisme seul , le roi , de pivot d'esclavage qu'il était, devint le symbole vivant de la justice, posé sur le sommet delà société. Avec le christianisme seul surgit, comme première création, Vhérédité de la royauté. De la religion du Christjaillit la justice du roi.

Qu'est-ce que la religion ?

Qu'est-ce que la politique ?

Voilà deux questions que s'adressent tous les jours les ombres vivantes de notre siècle qui s'appellent hommes, en y répondant mentalement :

Ma foi ! je n'en sais rien.

Gela ne les empêche pas d'inventer des religions et de monopoliser la politique.

Qu'on se figure un homme, espèce de Robinson Crusoé naufragé, abordant dans une tle déserte et solitaire. Apres avoir erré pendant quelques jours^ se nourrissant d'écorceset de racines, cet homme fait des efforts inouïs pour se procurer du feu. Il fait tentatives sur tentatives et trouve enfin le moyen de frotter deux morceaux de bois sec l'un sur l'autre, d'où jaillit le feu tant désiré. Ce n'est rien encore. Cet homme est nu. Il lui faut des seinaines pour se faire une espèce d'accoutrement composé de feuilles, de morceaux de peau trouvée, dont il rattache les bouts avec des osiers et des lianes. Il n'a rien encore. Il use plusieurs mois

à Vélever une hutte et à se forger des instrments pour aller à la chasse. Heureux si, après tant de peines, de souffrances, de privations et d'efforts» il trouve un Vendredi pour lui raconter son histoire;, pour faire de lui le confident de ses triomphes et de ses joies.

Demandera-t-on, à côté de cet bomme> à quoi sert la civilisation 7 Elle sert à n'avoir pas besoin de recommencer la société humaine avec chaque génération. L'homme civilisé, en naissant, trouve Te feu, la chaumière, rhabiilement et la nourriture. 11 jouit de soii^ante siècles de travaux et d'efforts. Il n'a qu'à poursuivre Fœuvre de ses prédécesseurs qui lui ont fait la tâche facile.

Eh bien ! il en est de rintelligence comme de la matière. Qu'on mette un homme tout seul en face de lui-même, sans foi, ni religion, ni principes. Après être tombé d'erreur en erreur, d'aberration en aberration ; après avoir usé toute une vie dans le doute^ dans l'étude et dans l'observation, il arrivera à entrevoir un petit bout de la vérité. Du frottement de son esprit sortira une étincelle divine. Marchant sur cette trace lumineuse, il trouvera la morale, la supériorité de l'esprit sur le corps; enfin, grâce à son génie, à des efforts surhumains, il tombera sur la vérité de l'immortalité de l'âme et fondera toute une société sur cette base divine.

Que de ruines, que de malheurs, que de souffrances avant d'arriver à ce chemin de salut !

Eh bien ! tout cela est superflu, tout cela est trouvé ; vous n'avez plus rien à donner à l'homme. Dieu, dans sa miséricorde, lui a tout donné.

Vous lui enseignez la sagesse ; il n'en a pas besoin : il a la foi.

. Par la foi, le dernier des chrétiens est k la hauteur de Platon et de Plutarque.

Vous admirez le génie si rare parmi les hommes; le christianisme l'a universalisé. Avec la foi , le Çénie est superflu. Quelle est donc l'œuvre du génie inaccessible à la foi?

Après des peines sans nombre, vous arriverez enfin à la fortune. Qu'importe la fortune à la foi ! Elle la regarde d'un air de pitié, souvent de mépris. Quelle est donc la jouissance de la fortune qui ne soit surpassée par les jouissances de la foi f

Enfin, votre philosophie apprend à l'homme à mépriser la mort. La toi lui a appris longtemps avant vous à immortaliser la vie. C'est bien plus. Que pouves&«vous donc donner à l'homme après Dieu, qui lui a donné la religion? Rien.

£t en lui ôtant cette religiod, vous lui ôtez tou's.

Oseriez-vous encore demander^ à quoi sert la religion ?

Elle sert à élever le dernier des hommes à la hauteur du premier.

Elle sert à instituer la seule égalité possible, l'égalité de bas en haut.

Il n'y a point d'autr£ égalité.

Or, de cette religion est sortie l'hérédité du pouvoir non comme hasard, mais comme conséquence forcée d'un principe primordial. Kn effet, dès le cfaristianismCy ia royauté n'est plus un droit, mais un devoir^ Le roi n'est plus le législateur, le héros, le géaie^ mais le représentant de la justice chrétienne» Sa perbonnali té disparait dans lo principe- 3u'il représente. Le trône n'est plus un autel d'iolàtres devant lequel s'abat fortune et vie, mais^ un siège de juge permanent, autour duquel se-

groupent la patrie, la liberté, la prospérité, au» dessus duquel régne la croix.

Ce trône ne peut être vacant^' car la justice ne vaque pas. Que l'homme qui l'occupe soit fort oo faible, peu importe; pourvu qu'il ait ses regards tournés vers celui qui )uge tous les mortels, devant lequel il est l'égal du dernier de son peuple. La royauté chrétienne n'a jamais été, ne saurait jamais être absolue. LUe ne l'est devenue, comme celle des Juifis, qu'en reniant le Christ et le cbris* tianisme. Dès que la philosophie chasse la religion, arrive au galop le despotisme, d'abord de la denu)cratie, puis de l'anarchie, puis de la tyrannie d'un seul.

Le christianisme a eii bon nombre de manvais rois ; mais il a suffi que le principe chrétien fût maintenu pour en tirer tôt ou tard des consé^ quences fécondes et bienfaisantes. Vu de près, le plus mauvais roi chrétien valait mieux que le meilleur roi ou dictateur païen. Que reste- t-rl donc de quelques grands rois de l'antiquité? Socrate, Plutarque et Platon, c'est-à-dire des sages égalés

Ïiar le dernier des chrétiens, ayant la foi et suivant es préceptes du Christ.

Saint Bernard n'a pas besoin de génie pour égaler et dépasser Socrate. Jeanne d'Arc, sans être m lettrée ni philosophe, dépasse toutes les femmes de l'antiquité,

Quand la grandeur d'une nation est dans le génie d'un roi , cette grandeur disparaît comme poussière après la mort du monarque; mais quand elle est dans un principe, les causes en sont toujours efficientes.

Le successeur d'un roi philosophe démolit régulièrement en un jour l'édifice élevé par son pré»déccsseur durant un demi-siècle. Tibère succède à

Auguste, Domitien à Titus, Commode à Marc- Aurèle; mais cent rois médiocres peuvent occuper le trône de saint Louis ; ils peuvent même être vicieux, le principe religieux qui les domine les force de suivre la voie tracée parle juste, e'est-à-dire de poursuivre Taf franchissement du peuple et l'unité de la patrie.

On n'a qu'à pénétrer dans les mœurs des rois du moyen âge pour se convaincre que la royauté héréditaire était dans une voie de progrès continu, et que, même à travers des vices, elle marchait sur le cnemin de la vertu et de la justice. Elle n'a été arrêtée dans cette course, elle n'a dégénéré qu'avec Ja renaissance de l'esprit païen, qu'on appelle faussement la renaissance du progrès et de la liberté. Ce n'est pas la liberté qui date de cette époque, mais la licence, la violence et le despotisme. Dès l'invasion de l'esprit de doute et de résistance violente, tout dans ia société périclite. La liberté n'est plus le fruit du principe de religion, de devoir et de justice, mais du droit du plus fort. Autant exiger d'un tigre de produire un agneau.

L'autorité n'est plus le gardien du faible et du pauvre, mais le bourreau du condamné. La royauté n'est plus un principe^ mais un ffartL La société n'est plus un être collectif qui croit, agit, prie et travaille; mais un être à tronçons coupés qui s'agitent, s'entrechoquent ets'entredévorent. Le roi luimême n'est plus un juge chrétien, mais un chef militaire, un glaive vivant qui frappe. L'idée chré~ tienne n'existe plus. Les protestants sont des démocrates factieux qui, sous prétexte de quelques abus, tendent à s'emparer du pouvoir absolu. Les catholiques deviennent des fanatiques sans foi qui tuent et massacrent au nom d'un dieu qu'ils ne connaissent plus , qu'ils blasphèment par leurs

mœurs et leurs actes. Là commence la décadence de la société. La démocratie surgit à^ nouveau avec ses doutes, ses négations et ses violences. Elle détruit d^abord le principe monarchique ef le transforme en absolutisme, pour le renverser plus tard, afin de se mettre à la place par l'anarchie et la dictature.

Hais la société ne saurait périr. Une vérité ne saurait disparaître. Depuis plus d*un siècle, le» penseurs, les philosophes, les hommes de génie^ rejetant la foi et la religion, font des expériences sur la société pour arriver à des résultats que nos pères ont mieux connus et surtout mieux exploités que nous.

De ruine en ruine, de chute en chute, de leçon en leçon, ils sont arrivés à force de philosophie et d'esprit, à apprendre qu^il est un Dieu. Grande découverte !

Ils ont encore découvert que Thomme a une âme; que la matière lui doit être soumise; que cette . âme est immortelle, et que c'est à cause de cette âme immortelle que Fhomme n'est pas tout à fait une bête.

Magnifique résultat de la philosophie que Gros- Jean, en 1348, savait mieux qu'eux. 11 ne savait cependant pas lire.

Ce n'est pas tout ; ils sont enfin arrivés, non sans avoir pataugé dans la bouc et dans le sang, à reconnaître que nulle société intellectuelle ne saurait exister, à moins que chacun ne fasse ses devoirs avant d'exiger ses droits.

Grâces leur en soient rendues. Cet te sotte de religion ne savait pas cela.

Patience. Ils n'ont pas seulement réinventé la relig;ion de Moïse et de Jésus-Christ, ils vont encore trouver leur politique.

De même que la foi rend le dernier des hommes égal au premier devant Dieu , le pouvoir hérédi^ taire établit Tégalité devant la justice.

Par ce pouvoir seul, le peuple peut être affranchi.

D'abord il lui garantit son travail par la création de la propriété.

Sans hérédité du pouvoir, point d'hérédité de la propriété. Puis il lui donne la liberté par le principe de Tordre.

Tout pouvoir électif, étant un pouvoir en communauté, produit ou le communisme égalitaire, ou le despotisme d'un seul ; d'ordinaire 1 anarchie et la tyrannie a la fois.

Le pouvoir héréditaire seul est capable de créer une nation et de lui donner un centre de gravité.

Seul, ce pouvoir peut être chrétien et juste, car il n'a besoin de régner ni par la force ni par la corruption. Seul il peut glorifier Dieu. Tout autre pouvoir ne représente que la force brutale. Le pouvoir électif dégénérant forcément, soit en anarchie, soit en dictature.

Tous les peuples qui ont eu un pouvoir électif ont gardé le servage et ont disparu comme nation.

Ce pouvoir enhn peut donner la liberté et la prospérité au peuple. Lui seul aura du crédit; lui seul est susceptible de réformes politiques; lui seul peut vivre sans guerre qui est un principe antichrétien. Lui seul enfin représente Dieu sur la terre, c'est-à-dire la justice et la paix.

Mais nos esprits forts, nos grands hommes politiques, n'ont pas besoin d'apprendre cela du principe chrétien. Ils suppléent à tout ; ils commencent d'abord par des révolutions religieuses et forcent

la monarchie de devenir païenne, c'est-à-dire absolue.

Puis, poursuivant l'œuvre révolutionnaire, ils renversent cette monarchie et instituent le règne de la démocratie

Cette démocratie ne fait qu'un mouvement, et tous ces héros révolutionnaires disparaissent étouffés, les uns dans leur rage, les autres dans leur sang.

&n attendant, la liberté apparaît sur la terre en forme de guillotine, de confiscation, de guerre et d'exil.

Cette liberté disparaît et réapparaît de nouveau sous la forme d'un petit chapeau, tenant un grand sabre. Nos révolutionnaires sont enfin satisfaits. Ils reconnaissent tellement le principe de l'hérédité^ qu'ils proclament héréditaires l'usurpation, le despotisme et la guerre. L'expérience n'est pas achevée encore. Oieu, dans sa justice éternelle, renverse cet échafaudage de violence et d'irréligion.

Mais nos fartes têtes de la révolution lui font obstacle. La religion sert aux uns de masque, aux autres de cible. L'édifice, à peine relevé, est de nouveau démoli par des réminiscences révolutionnaires de la grande philosophie du doute et du néant.

Ils avaient passé par la hache et le sabre ; les voilà qui passent par la corruption, l'intrigue, la fraude et la trahison. Leur maître est usurpateur, philosophe. Dieu seul, qui l'a jugé, sait ce qu^il est encore. Cette fois ils se croient bien forts. N'ont-ils pas l'hérédité du pouvoir? A quoi sert la religion, c'est-à-dire le principe, la morale?

De nouveau la justice de Dieu éclate dans toute sa splendeur.

Profiteront-ils de cette dernière leçon? Reconnaîtront-ils qu'il est un Dieti révélateur de la justice

divine et humaine? que la religion et la politique sont deux sœurs jumelles inséparables Tune de

l'autre ?

Institueront-ils à côté de cette loi divine, le pou-

jnique pouvoir qui prospérité et liberté r

Non , ils essaieront toujours ; ils sont si féconds en ressources; ils sont si forts en philosonhie; ils ont tant d'esprit ! Ne s'appellent-ils pas des hommes

d'Etat ! .

Qu'ils essaient donc !

Car ce n'est que lorsqu'ils seront à leur dernier essai ; quand ils rouleront de cascade en cascade dans l'abime du communisme et de l'athéisme; quand leurs crânes remplis d'orgueil seront brisés comme verre contre les bornes de la rue par la foule sans foi ni loi .: quand leurs femmes seront éventrées, leurs filles violées; quand on jettera leurs cœurs déchirés, avec des croix brisées, dans la fosse commune de la, révolution, alors leurs ombres

Î)âles et dégouttantes de sanç se dresseront dans eurs tombes pour se frapper la poitrine décharnée avec une main de squelette; alors seulement ils se repentiront de n'avoir pas suivi les lois du Christ, de n'avoir pas été chrétiens et royalistes, de n'avoir pas institue la royauté héréditaire et enseigné la

religion révélée de Moïse et d^ Jésus

Grands hommes!

Misérables!!

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