‹ Génie de la monarchieChapitre 7 sur 10 · IÎ · texte numérisé non relu

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CTest enfin, grâce au catholicisme conservé, que la France a maintenu son unité politique en écra- ,sant les Huguenots, ces derniers des feudataires.

On sait que la République américaine est un état fédératif. Le pouvoir américain n'a pas le droit d'abolir Fesclavaeredans une province, à moins que cette province n y consente de plein gré. Ce qui n'arrivera jamais; car ses intérêts s'y opposent, et la démocratie n'est mue que par des intérêts.

On dit qu'en France, où il y a neuf millions de votants égalitaires, la corruption et le provincialisme sont choses impossibles. Illusion !

Voici ce qui arrive dans les républiques de cette étendue.

. D'ordinaire, dans un pays vaste qui, ayant la terre et la mer, tient de différents climats, les intérêts des diverses provinces, sont diamétraleme .t opposés les uns aux autres, 11 y a même différence de mœurs et de langage. Cette guerre d'intérêts ne peut être écartée et étouffée que par un pouvoir fort, unitaire et héréditaire.

Quand il y a un pouvoir héréditaire, les provinces n'ont aucun levier en main. pour tenter une usurpation de la minorité sur la majorité*

Il n'en est pas de même avec un pouvoir électif.

Tôt ou tara les ports de mer exigeront l'abolition de la douane, tandis que Les provinces industrielles et manufacturières demanderont une augmentation des tarifs. Les départements vinicols réclameront l'abolition des impôts sur les boissons, les districs agricols en voudront le maintien

L'Alsace pourra bienVéclamer le droit de parler français en allemand. Avant cinq ans, le midi, fatigué des exigences du nord , demandera un président gascon à lui.

£t pourquoi pas ? Pourquoi les provinces se

sacrifieront-elles pour une capitale démocratique ? Est-ce que Rome serait restée la capitale de Pitalie républicaine, si les cités provinciales avaient eu le droit de prendre part au vote du pouvoir?

Elles étaient toujours esclaves. Mais là où chacun représente une neuf millième partie du roi, une capitale n*est plus qu'une superfétation, un monstre absorbant, une machine de despotisme.

Singulier contraste \ Les républicains , les premiers, prétendent que Paris est la tête de la France et que cette tête n'a point à s'occuper de la volonté de ses jambes, représentées par les provinces. Ces naïfs démocrates ne se doutent pas de leur royalisme incarné. Ils refusent à la province la décentralisation administrative. Patience. Avec le pouvoir électif, non-seulement elle aura la décentralisation, ce qui est juste, mais encore la dislocation de l'uni e gouvernementale. Les provinces consentent bien à jouer avec Paris à la republique honnête et modérée , mais que Paris ose encore secouer sa tête ensanglantée de terreur et de république sociale, il n'y aura pas une Vendée, mais six, mais douze, qui se ligueront contre le centre révolutionnaire et qui finiront par élever sur le pavois un gouvernement spécial, en dépit de Paris et de quelques départements inféodés à la capitale.

Même, sans cette extrémité, les provinces, voyant leurs vœux méconnus par les assemblées de Paris, n'iront aux Sections qu'avec des mandats impératifs.

Est-ce tout? Aucune corruption n'est-elle possible pour l'élection du président?

On Pa dit. On a dit une niaiserie.

Puisqu'il suffît de présenter plusieurs candidats pour diviser les voix et faire plusieurs diversions. Sur neuf millions de votants, dont deux millions

ne votent pas, il y a, pour le moins, quatre millions de pauvres. Qu'un pouvoir étranger veuille dé<^ penser une cinquantaine de millions de francs, et l'on verra si, de ces quatre millions de voix, il n'y en a pas de corruptibles.

Il n'y a pas une seule nation sur la terre qui soit arrivée à l unité politique comme la France. L'Ang^leterre est composée de trois royaumes de différentes religions. Elle doit cette quasi-unité à la monarchie et à l'extinction de la famille Stuart* L'Espagne ne doit son anité politique qu'à la perte de tous ses royaumes, et, chose curieuse^ sa décadence commence du moment où son pouvoir héréditaire national devient en même temps pouvoir électif de l'Allemagne. L'Allemagne n'exi&te pas. La Prusse et l'Autriche tendent chacune vers une unité à part. La Russie les a devancées dans cette tendance. L'Italie doit son morcellement à ses différentes républiques , et n'arrivera à Punité que par la fédération. La France seule, parfaite sous tous les rapports physiques el géographiques, est arrivée à Tuniié par des alluvions continuelles. Plus les circonférences se sont étendues, plus le centre a fait saillie (4). En cherchant la cause primitive de ce |>hénomène, unique dans l'histoire, on la trouve, d'une party dans le principe de l'hérédité du pouvoir; pi-incipe qui, malgré les nombreuses atteintes à lui portées par les minorités, les ligues et les frondes, est toujours sorti triomphant de la lutte;

(1) C'est ce qui a fait dire à Frédéric-1e-6rand qne, s'il était roi de France, il ne se tirerait pas, en Europe, un coup de canon sans sa permission.

d'autre part, dans Tesprit national de liberté qui, de bonne heure, s^est manifesté dans les ÉtaU généraux^ esprit transmis par la race franque à la race gauloise.

Croit-on que, ces causes disparues, les effets resteront les mêmes ? Nullement ! Seulement, un pays 3ui, durant des siècles, a tendu vers Tunité, ne se isloque pas en trois ans. Toutefois le mal va vite. Avec le pouvoir électif, la république et une certaine patrie pourront peut-être se maintenir, mais "la France disparaîtra.

Aucune démocratie ne résiste, à la longue, aux attaques d'une monarchie. Ces attaques mêmes la détruisent, car elle est forcée de se donner un dictateur qui, tôt ou tard, sera un usurpateur.

La république n'est jamais qu'un gouvernement provisoire. C'est un gouvernement qui en attend un autre, et qui, tôt ou tard, va au-devant de lui (h )•

(I ) Voici Topinion des sages de Tantiquité, sur la démo* cratie.

On lit dans le Banquet des sept sages :

« Alors rAthénien Mnésiphile, aiui de Solon^ dit à Périandre : Tout ce qu'on Tient de dire sur les devoirs des princes et des rois ne nous regarde en rien, nous qui vivons dans les républiques. 3e crois donc que chacun de tous, à commencer eucore par Solon» doit maintenant dire son avis sur le gouvernement populaire.

» Tout le monde y consentit. Selon, prenant la parole : Vous savez, dit-il, mon cher Mnésiphile, aussi bien que tous les Athéniens, ce que je pense sur le gouvernement républicain. Mais, s'il faut que je le répète encore, Ja ville qui doit, à mou gré, être la plus heureuse et assurer davantage sa démocratie, est celle où les citoyens poursuivent et punissent les injustices, lors même qu'elles ne leur sont pas personnelies, avec autant de zèle que ceux qui en sont Tobjet.

• Après lui, Bias dit que la meilleure démocratie était celle où ia loi e^t aussi redoutée qu'un tyran.

» Thalès. •— Celle dont les citoyens ne sont ni trop ri« ches, ni trop pauvres.

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