‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 250 sur 322 · Id.j ib., xv · texte numérisé non relu

Id.j ib., xv

même empereur, en attendant les jeux du Cirque, nourrissoit les lions de chair humaine, et Néron fut sur le point de faire manger des hommes tout vivants à un Égyptien connu par sa voracité i. Titus, pour célébrer la fête de son père Vespasien, donna trois mille Juifs à dévorer aux bêtes2. On conseilloit à Tibère défaire mourir un de ses anciens amis qui languissoit en prison : « Je ne me suis pas réconcilié avec lui, » répondit le tyran par un mot qui respire tout le génie de Rome.

C'étoit une chose assez ordinaire qu'on égorgeât cinq mille, six mille, dix mille, vingt mille personnes de tout rang, de tout sexe et de tout âge, sur un soupçon de l'empereur3, et les parents des victimes ornoient leurs maisons de feuillages, baisoient les mains du dieu et assistoient à ses fêtes. La fille de Séjan, âgée de neuf ans, qui disoit qu'elle ne le feroit plus et qui demandoit qu'on lui donnât le fouet1* lorsqu'on la conduisoit en prison, fut violée par le bourreau avant d'être étranglée par lui : tant ces vertueux Romains avoient de respect pour les lois! On vit sous Claude (et Tacite le rapporte comme un beau spectacle5) dix-neuf mille hommes s'égorger sur le lac Fucin pour l'amusement de la populace romaine : avant d'en venir aux mains, les combattants saluèrent l'empereur : Ave, imperator, morituri te salutant! « César, ceux qui vont mourir te saluent ! » Mot aussi lâche qu'il est touchant.

C'est l'extinction absolue du sens moral qui donnoit aux Romains cette facilité de mourir qu'on a si follement admirée. Les suicides sont toujours communs chez les peuples corrompus. L'homme réduit à l'instinct de la brute meurt indifféremment comme elle. Nous ne parlerons point des autres vices des Romains, de l'infanticide autorisé par une loi de Romulus, et confirmé par celle des Douze Tables, de l'avarice sordide de ce peuple fameux. Scaptius avoit prêté quelques fonds au sénat de Salamine. Le sénat n'ayant pu le rembourser au terme fixé, Scaptius le tint si longtemps assiégé par des cavaliers, que plusieurs sénateurs moururent de faim. Le stoïque Rrutus, ayant quelque affaire commune avec ce concussionnaire, s'intéresse

1. Suet., inCalig. et Ner. 2. Joseph., de Bell. Jud., lib. vu.

3. Tacit., Ann., lib. xv; Dion., lib. lxxvii, p. 1290; Herod., lib. iv, p. 150.

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