QUATRIEME PARTIE
porte à brûler Rome. » C'est un homme monté sur des ruines et qui paroît gigantesque.
Des différents peuples qui envahirent l'empire, les Goths semblent avoir eu le génie le moins dévastateur. Théodoric, vainqueur d'Odoacre, fut un grand prince; mais il étoit chrétien, mais Boë'ce, son premier ministre, étoit un homme de lettres chrétien : cela trompe toutes les conjectures. Qu'eussent fait les Goths idolâtres? Ils auroient sans doute tout renversé comme les autres barbares. D'ailleurs ils se corrompirent très-vite, et si au lieu de vénérer Jésus-Christ ils s'étoient mis à adorer Priape, Vénus et Bacchus, quel effroyable mélange ne fût- il point résulté de la religion sanglante d'Odin et des fables dissolues de la Grèce!
Le polythéisme étoit si peu propre à conserver quelque chose, qu'il tomboit lui-même en ruine de toutes parts, et que Maximin voulut lui faire prendre les formes chrétiennes pour le soutenir. Ce César établit dans chaque province un lévite qui correspondoit à l'évêque, un grand prêtre qui représentoit le métropolitain1. Julien fonda des couvents de païens, et fit prêcher les ministres de Baal dans leurs temples. Cet échafaudage, imité du christianisme, se brisa bientôt, parce qu'il n'étoit pas soutenu par un esprit de vertu et ne s'appuyoit pas sur les mœurs.
La seule classe des vaincus respectée par les barbares fut celle des prêtres et des religieux. Les monastères devinrent autant de foyers où le feu sacré des arts se conserva avec la langue grecque et la langue latine. Les premiers citoyens de Rome et d'Athènes, s' étant réfugiés dans le sacerdoce chrétien, évitèrent ainsi la mort ou l'esclavage auquel ils eussent été condamnés avec le reste du peuple.
On peut juger de l'abîme où nous serions plongés aujourd'hui si les barbares avoient surpris le monde sous le polythéisme, par l'état actuel des nations où le christianisme s'est éteint. Nous serions tous des esclaves turcs ou quelque chose de pis encore; car le mahométisme a du moins un fonds de morale, qu'il tient de la religion chrétienne, dont il n'est, après