‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 253 sur 322 · Eus., lib. xnr, cap. xiv; lib. ix, cap. ii-vm · texte numérisé non relu

Eus., lib. xnr, cap. xiv; lib. ix, cap. ii-vm

tout, qu'une secte très-éloignée. Mais, de même que le premier Ismael fut ennemi de l'antique Jacob, le second est le persécuteur de la nouvelle.

Il est donc très-probable que sans le christianisme le naufrage de la société et des lumières eût été total. On ne peut calculer combien de siècles eussent été nécessaires au genre humain pour sortir de l'ignorance et de la barbarie corrompue dans lesquelles il se fût trouvé enseveli. Il ne falloit rien moins qu'un corps immense de solitaires répandus dans les trois parties du globe, et travaillant de concert à la même fin, pour conserver ces étincelles qui ont rallumé chez les modernes le flambeau des sciences. Encore une fois, aucun ordre politique, philosophique ou religieux du paganisme n'eût pu rendre ce service inappréciable, au défaut de la religion chrétienne. Les écrits des anciens, se trouvant dispersés dans les monastères, échappèrent en partie aux ravages des Goths. Enfin, le polythéisme n'étoit point, comme le christianisme, une espèce de religion lettrée, si nous osons nous exprimer ainsi, parce qu'il ne joignait point, comme lui, la métaphysique et la morale aux dogmes religieux. La nécessité où les prêtres chrétiens se trouvèrent de publier eux-mêmes des livres, soit pour propager la foi, soit pour combattre l'hérésie, a puissamment servi à la conservation et à la renaissance des lumières.

Dans toutes les hypothèses imaginables, on trouve toujours que l'Évangile a prévenu la destruction de la société; car, en supposant qu'il n'eût point paru sur la terre, et que, d'un autre côté, les barbares fussent demeurés dans leurs forêts, le monde romain, pourrissant dans ses mœurs, étoit menacé d'une dissolution épouvantable.

Les esclaves se fussent-ils soulevés? Mais ils étoient aussi pervers que leurs maîtres; ils partageoient les mêmes plaisirs et la même honte; ils avoient la même religion, et cette religion passionnée détruisoit toute espérance de changement dans les principes moraux. Les lumières n'avançoient plus, elles reçuloient ; les arts tomboient en décadence. La philosophie ne servoit qu'à répandre une sorte d'impiété, qui, sans conduire à la destruction des idoles, produisoit les crimes et les malheurs de l'athéisme dans les grands, en laissant aux petits ceux de la

Page 1