AUTRE FRAGMENT DES CLOITRES EN RUINES
Mais de plus fiers débris appellent mes pinceaux...
Courons vers ces rochers, noir berceau des orages,
Aux bords de cette mer si féconde en naufrages,
Dont le fils de Fingal a chanté les héros.
Là, d'antiques forêts, un vallon solitaire,
Où le daim vagabond paît l'herbe des tombeaux,
Quelques sapins épars, un torrent dont les eaux
Roulent avec fracas à travers la bruyère ;
Le tonnerre grondant sous un ciel nébuleux,
Et des vents et des flots le sauvage murmure ;
Aux gothiques débris d'un cloître ténébreux
La fougère mêlant sa funèbre parure,
Tout enchante mes sens, tout en ces sombres lieux
D'une sublime horreur épouvante mes yeux.
L'imagination, de ses rapides ailes,
Embrasse de ces monts les neiges éternelles
Et les peuple bientôt de mille souvenirs.
Son regard suit encor ces pieux solitaires
Errant sous les arceaux de leurs noirs monastères,
Dans la brise du soir elle entend leurs soupirs;
En silence elle écoute, immobile, rêveuse,
De l'orgue qui gémit la plainte harmonieuse : Il lui semble qu'au loin d'invisibles concerts S'élèvent, emportés dans le vague des airs, Et de l'autel brisé relevant l'édifice, A l'Eternel encore elle offre un sacrifice.
(Note de l'Éditeur.)
NOTE XXXIX, page 97. .
Les offices ont emprunté leurs noms de la division du jour chez les Romains.
La première partie du jour s'appeloit Prima; la seconde, Tertia; la troisième, Sexta; la quatrième Nona, parce qu'elles commençoient à la première, la troisième, la sixième et la neuvième heure. La première veille s'appeloit Vespera , soir.
NOTE XL, page 106.
« Autrefois je disois la messe avec la légèreté qu'on met à la longue aux choses les plus graves quand on les fait trop souvent. Depuis mes nouveaux principes, je la célèbre avec plus de vénération : je me pénètre de la majesté de l'Être suprême, de sa présence, de l'insuffisance de l'esprit humain, qui conçoit si peu ce qui se rapporte à son auteur. En songeant que je lui porte les vœux du peuple sous une forme prescrite, je suis avec soin tous les rites; je récite attentivement, je m'applique à n'omettre jamais ni le moindre mot ni la moindre cérémonie. Quand j'approche du moment de la consécration, je me recueille pour la faire avec toutes les dispositions qu'exigent l'Église et la grandeur du sacrement; je tâche d'anéantir ma raison devant la suprême Intelligence. Je me dis : Qui es-tu pour mesurer la puissance infinie? Je prononce avec respect les mots sacramentaux, et je donne à leur effet toute la foi qui dépend de moi. Quoi qu'il en soit de ce mystère inconcevable, je ne crains pas qu'au jour du jugement je sois puni pour l'avoir profané dans mon cœur. »
(Rousseau, Emile, t. III.)
NOTE XLI, page 109.
« Les absurdes rigoristes en religion ne connoissent pas l'effet des cérémonies extérieures sur le peuple. Ils n'ont jamais vu notre adoration de la croix le vendredi saint, l'enthousiasme de la multitude à
la procession de la Fête-Dieu, enthousiasme qui me gagne moi-même quelquefois. Je n'ai vu jamais cette longue file de prêtres en habits sacerdotaux, ces jeunes acolytes vêtus de leurs aubes blanches, ceints de leur large ceinture bleue, et jetant des fleurs devant le Saint- Sacrement ; cette foule qui les précède et qui les suit dans un silence religieux; tant d'hommes le front prosterné contre la terre; je n'ai jamais entendu ce chant grave et pathétique entonné par les prêtres et répondu affectueusement par une infinité de voix d'hommes, de femmes, de jeunes filles et d'enfants, sans que mes entrailles ne s'en soient émues , n'en aient tressailli , et que les larmes ne m'en soient venues aux yeux. Il y a là dedans je ne sais quoi de sombre, de mélancolique. J'ai connu un peintre protestant qui avoit fait un long séjour à Rome, et qui convenoit qu'il n'avoit jamais vu le souverain pontife officier dans Saint-Pierre, au milieu des cardinaux et de toute la prélature romaine , sans devenir catholique
Supprimez tous les symboles sensible», et le reste se réduira bientôt à un galimatias métaphysique , qui prendra autant de formes et de tournures bizarres qu'il y aura de têtes. »
(Diderot, Essai sur la Peinture.)
NOTE XLII, page 109.