FRAGMENT D'UNE LETTRE A SES SŒURS, DU 10 MARS
Que vous êtes heureuses, mes chères sœurs, de voir les églises se rouvrir! Profitez-en, soyez reconnoissantes, réjouissez-vous en Dieu, qui ne cesse de vous protéger... Mon' parti est Lien pris, me voici fixé jusqu'à la mort ; je souffre quelquefois, mais cette chère espérance que le bon Dieu a mise dans mon âme vient tous les soirs adoucir mes peines ; et lorsque je me rappelle la promesse que fit notre Sauveur à saint Pierre pour tous ceux qui renonceront aux biens de ce monde pour le suivre, d'où me vient ce bonheur, me dis-je, que j'ai été appelé à suivre un si grand maître, qui donne le ciel pour un peu ie terre? Quelquefois le souvenir des péchés de ma vie passée m'inquiète ; je sens bien que je n'ai encore rien fait pour satisfaire à une si grande dette, puis je me tranquillise en lisant cette belle méditation de saint Augustin : « Le souvenir de mes iniquités pourroit me faire désespérer si le Verbe de Dieu ne se fût fait chair et n'eût habité parmi nous; mais maintenant je n'ose plus désespérer, parce que si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés, etc., etc. » [1 est impossible de ne pas reprendre courage. Procurez-vous ce livre ie Méditations, Soliloques et Manuel de saint Augustin. Toute personne qui sert Dieu ne peut lire'qu'avec transport ces belles peintures ie la Jérusalem céleste. Quel puissant aiguillon pour s'animer à faire quelque chose pour notre Sauveur, qui par sa mort nous mérite une >i belle vie ! Lisez le Traité de V amour de Dieu, de saint François de Sales : c'est un des livres qui m'ont fait le plus de plaisir en ma vie, quoique je l'aie lu en espagnol.