‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 289 sur 322 · PREMIER FRAGMENT · texte numérisé non relu

PREMIER FRAGMENT

« Du moment qu'on envoya en Amérique des ecclésiastiques pour instruire et convertir les naturels, ils supposèrent que la rigueur avec laquelle on traitoit ce peuple rendoit leur ministère presque inutile. Les missionnaires, se conformant à l'esprit de douceur de la religion qu'ils venoient annoncer, s'élevèrent aussitôt contre les maximes de leurs compatriotes à l'égard des Indiens et condamnèrent les repartimientos, ou ces distributions par lesquelles on les livroit en esclaves à leurs conquérants, comme des actes aussi contraires à l'équité naturelle et aux préceptes du christianisme qu'à la saine politique. Les Dominicains, à qui l'instruction des Américains fut d'abord confiée, furent les plus ardents à attaquer ces distributions. En 1511, Montesimo, un de leurs plus célèbres prédicateurs, déclama contre cet usage dans la grande église de Saint-Domingue avec toute l'impétuosité d'une éloquence populaire. Don Diego Colomb, les principaux officiers de la colonie et tous les laïques qui avoient entendu ce sermon, se plaignirent du moine à ses supérieurs, mais ceux-ci, loin de le condamner, approuvèrent sa doctrine comme également pieuse et convenable aux circonstances.

« Les Dominicains, sans égard pour ces considérations de politique et d'intérêt personnel, ne voulurent se relâcher en rien de la sévérité de leur doctrine, et refusèrent même d'absoudre et d'admettre à la communion ceux de leurs compatriotes qui tenoient des Indiens en servitude *. Les deux parties s'adressèrent au roi pour avoir sa décision sur un objet de si grande importance. Ferdinand nomma une commission de son conseil privé, à laquelle il joignit quelques-uns des plus habiles jurisconsultes et théologiens, pour entendre les députés d'Hispaniola, chargés de défendre leurs opinions respectives. Après une longue discussion, la partie spéculative de la controverse fut décidée en faveur des Dominicains, et les Indiens furent déclarés un peuple libre , fait pour jouir de tous les droits naturels de l'homme ; mais, malgré cette décision, les repartimientos continuèrent de se faire dans la même forme qu'auparavant2. Comme le jugement de la corn-

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