Herrera, Decad. i, lib. vin, cap. xn; lib. ix, cap. v
mission reconnoissoit le principe sur lequel les Dominicains fondoient leur opinion, il étoit peu propre à les convaincre et à les réduire au silence. Enfin, pour rétablir la tranquillité dans la colonie alarmée par les remontrances et les censures de ces religieux, Ferdinand publia un décret de son conseil privé, duquel il résultoit, qu'après un mûr examen de la bulle apostolique et des autres titres qui assuroient les droits de la couronne de Castille sur ses possessions dans le Nouveau-Monde, le servitude des Indiens étoit autorisée parles lois divines et humaines ; qu'à moins qu'ils ne fussent soumis à l'autorité des Espagnols et forcés de résider sous leur inspection , il seroit impossible de les arracher à l'idolâtrie et de les instruire dans les principes de la foi chrétienne; qu'on ne devoit plus avoir aucun scrupule sur la légitimité des repartimientos, attendu que le roi et son conseil en prenoient le risque sur leur conscience; qu'en conséquence les Dominicains et les moines des autres ordres dévoient s'interdire à l'avenir les invectives que l'excès d'un zèle charitable, mais peu éclairé , leur avoit fait proférer contre cet usage1.
«Ferdinand, voulant faire connoître clairement l'intention où il étoit de faire exécuter ce décret, accorda de nouvelles concessions d'Indiens à plusieurs de ses courtisans2. Mais, afin de ne pas paroître oublier entièrement les droits de l'humanité, il publia un édit par 1 quel il tâcha de pourvoir à ce que les Indiens fussent traités doucement sous le joug auquel il les assujettissoit; il régla la nature du travail qu'ils seroient obligés de faire ; il prescrivit la manière dont ils dévoient être vêtus et nourris et fit des règlements relatifs à leur instruction dans les principes du christianisme 3.
« Mais les Dominicains, qui jugeoient de l'avenir par la connoissance qu'ils avoient du passé , sentirent bientôt l'insuffisance de ces précautions, et prétendirent qur tant que les individus auroient intérêt de traiter les Indiens av.se rigueur, aucun règlement public ne pourroit rendre leur servitude douce ni même tolérable. Ils jugèrent qu'il seroit inutile de consumer leur temps et leurs forces à essayer de communiquer les vérités sublimes de l'Évangile à des hommes dont l'âme étoit abattue et l'esprit affoibli par l'oppression. Quelques-uns de ces missionnaires, découragés, demandèrent à leurs supérieurs la permission de passer sur le continent , pour y remplir l'objet de leur mission parmi ceux des Indiens qui n'étoient pas encore corrompus par l'exemple des Espagnols ni prévenus par leurs cruautés contre les