‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 308 sur 322 · Fragment conservé dans la Cité de Dieu, liv. n, chap. xxu · texte numérisé non relu

Fragment conservé dans la Cité de Dieu, liv. n, chap. xxu

Saint Augustin dit aux chrétiens que les gens de bien commettent toujours beaucoup de fautes ici-bas qui méritent des punitions temporelles, mais que les vrais disciples de Jésus-Christ ne rcgardoient pas comme des maux la perte des biens, l'exil, la captivité, ni la mort même, et qu'ils n'espéroient le bonheur que dans la cité du ciel, qui est leur véritable patrie.

Cet ouvrage n'est que le développement de la fameuse lettre que le saint docteur avoit écrite, lors de la prise de Rome, au tribun Marcellin, secrétaire impérial en Afrique. Peu de temps après, ce même Marcellin fut calomnieusement accusé d'être entré dans une conspiration contre l'empereur, et il fut condamné à perdre la tête, ainsi que son frère Appringius. Comme ils étoient ensemble en prison, Appringius dit un jour à Marcellin : « Si je souffre ceci pour mes péchés, vous dont je commis la vie si chrétienne, comment l'avez-vous mérité? — Quand ma vie, dit Marcellin, seroit telle que vous le dites, croyez-vous que Dieu me fasse une petite grâce de punir ici mes péchés et de ne les pas réserver au jugement futur i ? » (Note de V Éditeur.)

NOTE LX, page 429.

11 est curieux de voir comment un Faidyt traite un Fénelon dans sa Télémacomanie : « S'il faut juger du Télémaque, dit-il, par le feu et l'ardeur avec laquelle ce livre est recherché, c'est le plus excellent de tous les livres. Jamais on ne tira tant d'exemplaires d'aucun ouvrage, jamais on ne fit tant d'éditions d'un même livre, jamais écrit n'a été lu par tant de gens. Mais, comme les fées du jeune Perrault et les pasquinades de Le Noble, et les mamans-joies de madame Demurat, et les comédies d'Arlequin, ou le théâtre Italien, qui sont certainement des livres fort méprisables, ont été lus et courus par plus de gens et réimprimés plus de fois que Télémaque, il faut compter pour peu de chose l'avidité avec laquelle il a été recherché, etc.. Le profond respect que j'ai pour le caractère et pour le mérite personnel de M. de Cambrai me fait rougir de honte pour lui d'apprendre qu'un tel ouvrage soit parti de sa plume et que de la même main dont il offre tous les jours sur l'autel au Dieu vivant le calice adorable qui contient le sang de Jésus-Christ, le prix de„Ja rédemption

1. Parvumne, inquit , mihi existimas conferri divinitus beneficium (si tamen hoc testimonium tuum de vita mea verum est), ut quod patior, etiamsi usque ad effusionem sangu.inis patiar, ibi peccata mea puniantur, nec mihi ad futurum judicium reserventur? (S. Aug., ad Cœcilianum, ep. eu.)

de l'univers, il ait présenté à boire à ces mêmes âmes qui en ont été rachetées la coupe du vin empoisonné de la prostituée de Babylone... Je n'ai presque vu autre chose dans les premiers tomes du Télémaque de M. de Cambrai que des peintures vives et naturelles de la beauté des nymphes et des naïades, et de celle de leur parure et de leur ajustement, de leur danse, de leurs chansons, de leurs jeux, de leurs divertissements, de leur chasse, de leurs intrigues à se faire aimer, et de la bonne grâce avec laquelle elles nagent toutes nues aux yeux d'un jeune homme pour l'enflammer. La grotte enchantée deCalypso, la troupe galante des jeunes filles qui l'accompagnent partout, leur étude à plaire, leur application à se parer, les soins assidus et officieux qu'elles rendent au beau Télémaque, les discours que leur maîtresse, encore plus amoureuse qu'elles, lui tient, les charmes de la jeune Eucharis, les avances qu'elle fait à son amoureux, les rendezvous dans un bois, les tête-à-tête sur l'herbe, les parties de chasse, les festins, le bon vin et le précieux nectar dont elles enivrent leur hôte, la descente de Vénus dans un char doré et léger, traîné par des colombes, accompagnée de son petit Amour ; enfin la description de l'île de Chypre et des plaisirs de toutes les sortes qui sont permis en ce charmant pays, aussi bien que les fréquents exemples de toute la jeunesse, qui, sous l'autorité des lois et sans le moindre obstacle de la pudeur, s'y livre impunément à toutes sortes de voluptés et de dissolutions, occupent une bonne 'partie du premier et du second tome du roman de votre prélat, Madame... Est-il possible que M. de Cambrai, qui est si éclairé, n'ait pas prévu tant de funestes suites qui proviendront de son livre?... A quoi peuvent servir après cela toutes les belles instructions de morale et de vertu chrétienne et évangélique que M. de Cambrai fait donner par Mentor à son Télémaque? N'est-ce pas mêler Dieu avec le démon, Jésus-Christ avec Bélial, la lumière avec les ténèbres, comme dit saint Paul, et faire un mélange ridicule et monstrueux de la religion chrétienne avec la païenne, et des idoles avec la divinité? » (Télémacomanie , ou la censure et critique du roman intitulé Les Aventures, etc., 1 vol. in-12 de 500 pages, édit. de 1700, pag. 1-2-3-6-401-462.) On voit que dans tous les temps les dénonciations et les insinuations odieuses ont fait une partie essentielle de l'art de certains critiques. Le reste de la Télémacomanie est du même ton. Faidyt prouve que Fénelon ne sait pas sa langue, qu'il est d'une ignorance profonde en histoire, qu'il fait toujours, par exemple, Idoménée petit-fils de Minos, fils de Jupiter, tandis qu'il n'étoit que son arrière-petit-fils ; il montre que l'archevêque de Cambrai n'entend pas Homère, que son roman (qui est un chef-d'œuvre de composition) est pitoyablement composé, notamment le dénoù-

ment, que lui, Faidyt, trouve ridicule, etc., etc. Encore ce misérable, qui avoit aussi insulté Bossuet et l'avoit appelé l'âne de Balaam, se défend-il d'être l'auteur d'une critique brutale et séditieuse, qui avoit paru depuis quelque temps contre le Télémaque; il est fort scandalisé qu'on lui attribue cet infâme libelle ; il vouloit parler apparemment de la critique générale du Télémaque, de Gueudeville. Il faut convenir qu'on a peu le droit de se plaindre de la rigueur de la censure lorsqu'on voit de pareilles insultes prodiguées à des ouvrages dont le temps a consacré la beauté ; mais il faut convenir aussi que ces critiques sont des refuges dangereux pour l'amour-propre des auteurs modernes, et qu'elles offrent trop de consolation à la médiocrité.

NOTE LXI, page 431.

Epist. ad Magnum. Il nomme, avec son érudition accoutumée, tous les auteurs qui ont défendu la religion et les mystères par des idées philosophiques, en commençant à saint Paul, qui cite des vers de Ménandre * et d'Épiménide 2, jusqu'au prêtre Juvencus, qui, sous le règne de Constantin, écrivit en vers l'histoire de Jésus-Christ, « sans craindre, ajoute saint Jérôme, que la poésie diminuât quelque chose de la majesté de l'Évangile 3. »

NOTE LXII, page 432.

Le passage grec est formel :

eO (jiu yàp £-j8ùç, YpajjLjxaTtxo; axe, tyjv tiyyrp Ypa[X[xaTixy]v ypicmavixcô, Tunep (TUvéraxTe * Ta T£ MwOctéw; (îiêXia Stà toù rjptotx.oû )eyo[xÉvou ptirpou (jLETiêaXe, xai ôaa xaxà tyjv TtaXaiàv oiaOyjxYjv ev loropia? tutim (juYYéYpawcat ■ xai touto jjlèv tû> -SaxTu^ixtô fxÉTpa) ctuv£xo<tt£ ■ toûto Se xat TÔ) tv}; Tpaytootaç tuttw ôpa[xaTixtï>; è^sipyà^sTO ■ xaî uavri [xérpto pu6[xtxôj èy pvjxo, ôttwç àv {jnrjScîç TpÔTio? ty}; éaXiqvui^ç y^cotttjÇ toïç Xpicr- Tiavoîç àviQxoo; 3j * *0 Se v£aVr£po; 'AicoAAivapioç, £u îrpo; to )iy£iv 7rap£(7xsua(7jJL£voç, Ta EùaYY^ia *«ï Ta à7io<7To)vixà SoY^axa èv tu7ko oiaXoYwv £Ë£6£to, xaTà xat Il/àxtov rcap' pEaaï|<«v. (Socr.AT., lib. ni, cap. xvi, p. 154, ex editione Valesii. Paris., ann. 1686.) Sozomène, qui attribue tout au fils, dit qu'il fit l'histoire des Juifs, jusqu'à Saûl, en vingtquatre poëmes qu'il marqua des vingt-quatre lettres grecques de

1. I Cor., xv, 33. 2. Tit.,1, 12. 3. Epist. ad Magn.,loc. cit.

l'alphabet, comme Homère ; qu'il imita Ménandre par des comédies, Euripide par des tragédies, et Pindare par des odes, prenant le sujet de ces ouvrages dans l'Écriture sainte. Les chrétiens chantoient souvent ses vers au lieu des hymnes sacrés, car il avoit composé des chansons pieuses de toutes les sortes pour les jours de fête ou de travail. Il adressa à Julien même et aux philosophes de ce temps un discours intitulé De la Vérité, et dans lequel il défendoit le christianisme par des raisons purement humaines.

Voici le texte:

'Hvtxa ôyj \Ar:o»>ivâpioç ou-roç eîç xatpov tyj 7to>U{i.a8ia xat tyj çijct?. Xpr,crà{X£vo;, <fcm y.èv vrç; 'OfAYJpou 7totYJ<7ea);, sv srao-tv vjpcooi; tyjv èêpaïxyjv àpyjno).oyiav auveypà^aTO [xé/pi tyj; tgu SaoùX paaO.siaç, xat si, £Îxo<7iT£crcrapa fiepï] tyjv Tiàaav ypajJ.[J.aT£tav ots?).ev, éxàorco TÔjxto Tipoco-r,yopîav ôépLsvo; ô[uovutJ.ov toi; irap' "EXXrjffi gtoixeioiç xaxà tov to'jtwv àptOjiov xal T/jv xàçtv. 'Eupay^aTôuo-aTO Se xat toi? Mevàvôpou opàjj.ao"tv shtocfffjivaç xw(xtoSiaç- xat tyjv EùpwcCôou Tpaywotav, xat ty]v ITivûàpo'j >.upav ÈjJiijJL^a-a-TO. Et ailleurs : "Avôpeç te Ttapà toùç tcotouç xat £v Ipyoïç, xat Yuvaîxeç irapà toù; Iutoùç Ta aÙToù [léli] ëdiaXXov. (Soz., lib. v, cap. xvin, p. 506; lib. vi, cap. xxv, p. 545, ex editione Valesii. Paris, ann. 1686. Voy. aussi Fleury, Hist. eccl., tom. IV, liv. xv, p. 12; Paris, 1724; et Tillemont, Mémoires eccl., tom. VII, art. 6, p. 12, et art. 17, p. 634; Paris, 1706.) Un laïque, nommé Origène, publia de son côté quelques traités en faveur de la religion, et saint Amphiloque écrivit en vers à Séleucus pour l'engager à étudier à la fois les belles-lettres et les mystères de la religion. (Saint Basil., ép. 384, p. 377; Saint Jean Damasc, p. 190.)

NOTE LXIII, page 432.

Fleury, Hist. eccl., t. IV, liv. xix, p. 557. La philosophie a été scandalisée de la manière 'philosophique, morale et même poétique, dont l'auteur a parlé des mystères, sans faire attention que beaucoup de Pères de l'Église en ont eux-mêmes parlé ainsi, et qu'il n'a fait que répéter les raisonnements de ces grands hommes. Origène avoit écrit neuf livrés de Stromates, où il confirmoit, dit saint Jérôme, tous les dogmes de notre religion par l'autorité de Platon, d'Aristote, de Numénius et de Cornutus (Epist. ad Magn.). Saint Grégoire de Nysse mêle la philosophie à la théologie, et se sert des raisons des philosophes dans l'explication des mystères ; il suit Platon et Aristote pour les principes et Origène pour l'allégorie. Qu'auroient donc dit les cri-

tiques si l'auteur avoit fait, comme saint Grégoire de Nazianze, des espèces de stances sur la grâce, le libre arbitre, l'invocation des Saints, la Trinité, le Saint-Esprit, la présence réelle, etc.? Le poëme soixantedixième, composé en vers hexamètres et intitulé Les Secrets de saint Grégoire, contient, dans huit chapitres, tout ce que la théologie a de plus sublime et de plus important. Saint Grégoire a chanté jusqu'à la primauté de l'Église de Rome :

TO'JTWV Si lÛCTTtî, T, JAÈW ^V 1>C ItXtlOVOÇ,

Kkï vûv et' istiv iû£fO[AOî , tïjv éffî:ipav nâaav Slvjoa. tû ffWTYlpiw Xoyw , KaOùç Stxaiov tijv itjJôtSpou tûv SXuv, "O^yjv ffiêouffav tïjv 0;oû ffUfifomav.

Fides vetustœ recta erat jam antiquitus, Et recta perstat nunc item nexu pio, Quodcumque labens sol videt devinciens:

Ut universi praesidem mundi decet, Totam colit qua? Numinis concordiam.

« De toute antiquité la foi de Rome a été droite, et elle persiste dans cette droiture, cette Rome qui lie par la parole du salut (xcp comjpMo Xoy-p, , salutari verbo, et non pas nexu pio) tout ce qu'éclaire le soleil couchant, comme il convenoit à cette Église, qui occupe le premier rang entre les Églises du monde et qui révère la parfaite union qui subsiste en Dieu. » Voilà certes des sujets assez sérieux mis en vers par un évèque. L'auteur du Génie du Christianisme n'a parlé que des beaux effets de la religion employée, dans la poésie : saint Grégoire de Nazianze va bien plus loin, car il ose faire de véritables allégories sur des sujets pieux. Rollin nous donne aussi le précis d'un poëme de ce Père : « Un songe qu'eut saint Grégoire dans sa plus tendre jeunesse, et dont il nous a laissé en vers une élégante description, contribua beaucoup à lui inspirer de tels sentiments (des sentiments d'innocence). Pendant qu'il dormoit, il crut voir deux vierges de même âge et d'une égale beauté, vêtues d'une manière modeste et sans aucune de ces parures que recherchent les personnes du siècle. Elles avoient les yeux baissés en terre et le visage couvert d'un voile qui n'empêchoit pas qu'on entrevît la rougeur que répandoit sur leurs joues une pudeur virginale. Leur vue, ajoute le saint, me remplit de joie, car elles me paroissoient avoir quelque chose au-dessus de l'humain. Elles, de leur côté, m'embrassèrent et me caressèrent comme un enfant qu'elles aimoient tendrement; et quand je leur demandai qui elles étoient, elles me dirent, l'une qu'elle étoit la pureté, et l'autre la continence, toutes deux les compagnes de Jésus-Christ, et

les amies de ceux qui renoncent au mariage pour mener une vie céleste; elles m'exhortoient d'unir mon cœur et mon esprit au leur, afin que, m'ayant rempli de l'éclat de la virginité, elles pussent se présenter devant la lumière de la Trinité immortelle. Après ces paroles, elles s'envolèrent au ciel, et mes yeux les suivirent le plus loin qu'ils purent. » (Traité des Études, t. IV, p. 674.) A l'exemple de ce grand saint, Fénelon lui-même, dans son Éducation des Filles, a fait des descriptions charmantes des sacrements. 11 veut que pour instruire les enfants on choisisse dans les histoires (de la religion) « tout ce qui en donne les images les plus riantes et les plus magnifiques, parce qu'il faut employer tout pour faire en sorte que les enfants trouvent la religion belle, aimable et auguste, au lieu qu'ils se la représentent d'ordinaire comme quelque chose de triste et de languissant. » Tant d'exemples, tant d'autorités fameuses ont-ils été ignorés des critiques?

NOTE LXIV, page 433.

On sait que Sannazar a fait dans ce poëme un mélange ridicule de la fable et de la religion. Cependant il fut honoré pour ce poëme de deux brefs des papes Léon X et Clément VII; ce qui prouve que l'Église a été dans tous les temps plus indulgente que la philosophie moderne, et que la charité chrétienne aime mieux juger un ouvrage par le bien que par- le mal qui s'y trouve. La traduction de Théagène et Chariclée valut à Amyot l'abbaye de Bellozane.

NOTE LXV, page 439.

They are extremely fond of grapes, and vvill climb to the top of the highest trees in quest of them. Carver's Tnxvels through the inierior parts of north America, p. 443, third édition. London, 178 1.

The bear in America is considered no as a fierce, carnivcrous, but as an useful animal ; it feeds in Florida upon grapes. John Bartram, Description of east Flor., third édition. London. 1760.

« Il aime surtout (l'ours) le raisin; et comme toutes les forêts sont remplies de vignes qui s'élèvent jusqu'à la cime des plus hauts arbres, il ne fait aucune difficulté d'y grimper. » Charlevoix, Voyage dans l'Amérique septentrionale, t. IV, lettre 44, p. 175, édit. de Paris, 1744. Imley dit en propres termes que les ours s'enivrent de raisin (intoxicated with grapes), et qu'on profite de cette circonstance pour

les prendre à la chasse. C'est d'ailleurs un fait connu de toute l'Amérique.

Quand on trouve dans un auteur une circonstance extraordinaire qui ne fait pas beauté en elle-même et qui ne sert qu'à donner la ressemblance au tableau, si cet auteur a d'ailleurs montré quelque sens commun, il seroit naturel de supposer qu'il n'a pas inventé cette circonstance et qu'il ne fait que rapporter une chose réelle, bien qu'elle soit peu connue. Rien n'empêche qu'on ne trouve Atala une méchante production; mais du moins la nature américaine y est peinte avec la plus crupuleuse exactitude. C'est une justice que lui rendent tous les voyageurs qui ont visité la Louisiane et les Florides. Je connois deux traductions angloises d' Atala; elles sont parvenues toutes deux en Amérique ; les papiers publics ont annoncé en outre une troisième traduction, publiée à Philadelphie avec succès. Si les tableaux de cette histoire eussent manqué de vérité, auroient-ils réussi chez un peuple qui pouvoit dire à chaque pas : Ce ne sont pas là nos fleuves, nos montagnes, nos forêts? Atala est retournée au désert, et il semble que sa patrie l'a reconnue pour véritable enfant de la solitude.

DU

Il n'y a peut-être qu'une réponse noble pour un auteur attaqué, le silence : c'est le plus sûr moyen de s'honorer dans l'opinion publique.

'Si un livre est bon, la critique tombe; s'il est mauvais, l'apologie ne le justifie pas.

Convaincu de ces vérités, l'auteur du Génie du Christianisme s'étoit promis de ne jamais répondre aux critiques : jusqu'à présent il avoit tenu sa résolution.

Il a supporté sans orgueil et sans découragement les éloges et les insultes ■ les premiers sont souvent prodigués à la médiocrité, les secondes au mérite.

Il a vu avec indifférence certains critiques passer de l'injure à la calomnie, soit qu'ils aient pris le silence de l'auteur pour du mépris, soit qu'ils n'aient pu lui pardonner l'offense qu'ils lui avoient faite en vain.

Les honnêtes gens vont donc demander pourquoi l'auteur rompt le silence, pourquoi il s'écarte de la règle qu'il s'étoit prescrite?

Parce qu'il est visible que, sous prétexte d'attaquer l'auteur, on veut maintenant anéantir le peu de bien qu'a pu faire l'ouvrage.

1. On sent bien que les critiques dont il est question dans la Défense ne sont pas ceux qui ont mis de la décence ou de la bonne foi dans leurs censures : à ceui-là je ne dois que des remercîments.

Parce que ce n'est ni sa personne ni ses talents, vrais ou supposas, que l'auteur va défendre, mais le livre lui-môme; et ce liyre, il ne le défendra pas comme ouvrage littéraire, mais comme ouvrage religieux.

Le Génie du Christianisme a été reçu du public avec quelque indulgence. A ce symptôme d'un changement dans l'opinion, l'esprit de sophisme s'est alarmé ; il a cru voir s'approcher le terme de sa trop longue faveur. Il a eu recours à toutes les armes; il a pris tous les déguisements, jusqu'à se couvrir du manteau de la religion pour frapper un livre écrit en faveur de cette religion même.

Il n'est donc plus permis à l'auteur de se taire. Le môme esprit qui lui a inspiré son livre le force aujourd'hui à le défendre. Il est assez clair que les critiques dont il est question dans cette défense n'ont pas été de bonne foi dans leur censure : ils ont feint de se méprendre sur le but de l'ouvrage; ils ont crié à la profanation; ils se sont donné garde de voir que l'auteur ne parloit de la grandeur, de la beauté, de la poésie même du christianisme, que parce qu'on ne parloit depuis cinquante ans que de la petitesse, du ridicule et de la barbarie de cette religion. Quand il aura développé les raisons qui lui ont fait entreprendre son ouvrage, quand il aura désigné l'espèce de lecteurs à qui cet ouvrage est particulièrement adressé, il espère qu'on cessera de méconnoître ses intentions et l'objet de son travail. L'auteur ne croit pas pouvoir donner une plus grande preuve de son dévouement à la cause qu'il a défendue qu'en répondant aujourd'hui à des critiques, malgré la répugnance qu'il s'est toujours sentie pour ces controverses.

Il va considérer le sujet, le plan et les détails du Génie du Christianisme.

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