‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 317 sur 322 · PLAN DE L OUVRAGE · texte numérisé non relu

PLAN DE L OUVRAGE

L'auteur ne peut pas parler d'après lui-même du plan de son ouvrage, comme il a parlé du fond de son sujet; car un plan est une chose de l'art, qui a ses lois, et pour lesquelles on est obligé de s'en rapporter à la décision des maîtres. Ainsi, en rappelant les critiques qui désapprouvent le plan de son livre, l'auteur sera forcé de compter aussi les voix qui lui sont favorables.

Or, s'il se fait une illusion sur son plan, et qu'il ne le croie pas tout à fait défectueux, ne doit-on pas excuser un peu en lui cette illusion, puisqu'elle semble être aussi le partage de quelques écrivains dont la supériorité en critique n'est contestée de personne ? Ces écrivains ont bien voulu donner leur approbation publique à l'ouvrage; M. de La Harpe l'avoit pareillement 4ugé avec indulgence. Une telle autorité est trop précieuse à ï auteur pour qu'il manque à s'en prévaloir, dût-il se faire accuser de vanité. Ce grand critique avoit donc repris pour le Génie du Christianisme le projet qu'il avoit eu longtemps pour Atala1: il vouloit composer la Défense que l'auteur est réduit à composer lui-même aujourd'hui : celui-ci eût été sûr de triompher, s'il eût été secondé par un homme aussi habile, mais la Providence a voulu le priver de ce puissant secours et de ce glorieux suffrage.

Si l'auteur passe des critiques qui semblent l'approuver aux critiques qui le condamnent, il a beau lire et relire leurs cen-

1. Je connoissois à peine M. de La Harpe dans ce temps-là, mais, ayant entendu parler de son dessein, je le fis prier par ses amis de ne point répondre à la critique de M. l'abbé Morellet. Toute glorieuse qu'eût été pour moi une défense à' Atala par M. de La Harpe, je crus avec raison que j'étois trop peu de chose pour exciter une controverse entre deux écrivains célèbres.

sures, il n'y trouve rien qui puisse l'éclairer : il n'y voit rien de précis, rien de déterminé ; ce sont partout des expressions vagues ou ironiques. Mais au lieu de juger l'auteur si superbement, les critiques ne devroient-ils pas avoir pitié de sa foiblesse, lui montrer les vices de son plan, lui enseigner les remèdes? a Ce qui résulte de tant de critiques amères, dit M. de Montesquieu dans sa Défense, c'est que l'auteur n'a point fait son ouvrage suivant le plan et les vues de ses critiques, et que si ces critiques avoient fait un ouvrage sur le même sujet, ils y auroient mis un grand nombre de choses qu'ils savent1. »

Puisque ces critiques refusent ( sans doute parce que cela n'en vaut pas la peine) de montrer l'inconvénient attaché au plan, ou plutôt au sujet du Génie du Christianisme, l'auteur va luimême essayer de le découvrir.

Quand on veut considérer la religion chrétienne ou le géniô du christianisme sous toutes ses faces, on s'aperçoit que ce sujet offre deux parties très-distinctes :

\ ° Le christianisme proprement dit, à savoir ses dogmes, sa doctrine et son culte; et sous ce dernier rapport se rangent aussi ses bienfaits et ses institutions morales et politiques;

â° La poétique du christianisme ou l'influence de cette religion sur la poésie, les beaux-arts, l'éloquence, l'histoire, la philosophie, la littérature en général ; ce qui mène aussi à considérer les changements que le christianisme a apportés dans les passions de l'homme et dans le développement de l'esprit humain.

L'inconvénient du sujet est donc le manque d'unité, et cet inconvénient est inévitable. En vain pour le faire disparoître l'auteur a essayé d'autres combinaisons de chapitres et de parties dans les deux éditions qu'il a supprimées. Après s'être obstiné longtemps à chercher le plan le plus régulier, il lui a paru en dernier résultat qu'il s'agissoit bien moins, pour le but qu'il se proposoit, de faire un ouvrage extrêmement méthodique, que de porter un grand ccup au cœur et de frapper vivement l'imagination. Ainsi, au lieu de s'attacher à l'ordre des sujets, comme il l'avoit fait d'abord, il a préféré l'ordre des preuves.

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