‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 84 sur 322 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

losophique et une antique législation. De là lui viennent les abstinences, les jeûnes, les veilles, dont on retrouve des traces dans les anciennes républiques, et que pratiquoient les écoles savantes de l'Inde, de l'Egypte et de la Grèce : plus on examine le fond de la question, plus on est convaincu que la plupart des insultes prodiguées au culte chrétien retombent sur l'antiquité. Mais revenons aux prières.

Les actes de foi, d'espérance, de charité, de contrition, disposoient encore le cœur à la vertu : les oraisons des cérémonies chrétiennes relatives à des objets civils ou religieux, ou même à de simples accidents de la vie, présentoient des convenances parfaites, des sentiments élevés, de grands souvenirs et un style à la fois simple et magnifique. A la messe des noces, le prêtre lisoit l'épître de saint Paul : « Mes frères, que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur. » Et à l'évangile : « En ce temps-là, les Pharisiens s'approchèrent de Jésus pour le tenter, et lui dirent : Est-il permis à un homme de quitter sa femme? Il leur répondit : Il est écrit que l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa fem?ne. »

A la bénédiction nuptiale, le célébrant, après avoir répété les paroles que Dieu même prononça sur Adam et Eve : Crescite et multiplicamini , ajoutoit :

« 0 Dieu, unissez, s'il vous plaît, les esprits de ces époux, et versez dans leurs cœurs une sincère amitié. Regardez d'un œil favorable votre servante... Faites que son joug soit un joug d'amour et de paix; faites que, chaste et fidèle, elle suive toujours l'exemple des femmes fortes ; qu'elle se rende aimable à son mari comme Rachel ; qu'elle soit sage comme Rebecca; qu'elle joui-se d'une longue vie, et qu'elle soit fidèle comme Sara;... qu'elle oblienne une heureuse fécondité; qu'elle mène une vie pure et irréprochable, afin d'arriver au repos des saints et au royaume du ciel; faites, Seigneur, qu'ils voient tous deux les enfants de leurs enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération, et qu'ils parviennent à une heureuse vieillesse. »

A la cérémonie des relevailles, on chantoit le psaume Nisi Dominus : « Si l'Éternel ne bâtit la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent. »

Au commencement du carême, à la cérémonie de la commination, ou de la dénonciation de la colère céleste, on prononçoit ces malédictions du Deutéronome :

« Maudit celui qui a méprisé son père et sa mère.

« Maudit celui qui égare l'aveugle en chemin, etc. »

Dans la visite aux malades, le prêtre disoit en entrant :

« Paix à cette maison et à ceux qui l'habitent. » Puis au chevet du lit de l'infirme :

« Père de miséricorde, conserve et retiens ce malade dans le corps de ton Église, comme un de ses membres. Aie égard à sa contrition, reçois ses larmes, soulage ses douleurs. »

Ensuite il lisoit le psaume In te, Domine :

« Seigneur, je me suis retiré vers toi, délivre-moi par ta justice. »

Quand on se rappelle que c'étoient presque toujours des misérables que le prêtre alloit visiter ainsi, sur la paille où ils étoient couchés, combien ces oraisons chrétiennes paroissent encore plus divines!

Tojt le monde connoît les belles prières des Agonisants. On lit d'abord l'oraison Proficiscere : Sortez de ce monde, âme chrétienne ; ensuite cet endroit de la Passion : En ce temps-là Jésus, étant sorti, s'en alla à la montagne des Oliviers, etc.; puis le psaume Miserere mei; puis cette lecture de l'Apocalypse : En ces jours-là j'ai vu des morts, grands et petits, qui comparurent devant le trône, etc.; enfin la vision d'Ézéchiel : La main du Seigneur fut sur moi, et m' ayant mené deho?*s par l'esprit du Seigneur, elle me laissa au milieu d'une campagne qui étoit couverte d'ossements. Alors le Seigneur me dit : Prophétise à l'esprit; fils de l'homme, dis à l'esprit : Venez des quatre vents, et soufflez sur ces morts, afin qu'ils revivent, etc.

Pour les incendies, pour les pestes, pour les guerres, il y avoit des prières marquées. Nous nous souviendrons toute notre vie d'avoir entendu lire, pendant un naufrage où nous nous trouvions nous-même engagé, le psaume Conftemini Domino : « Confessez le Seigneur, parce qu'il est bon... »

« Il commande, et le souffle de la tempête s'est élevé, et les vagues se sont amoncelées... Alors les mariniers crient

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