INTRODUCTION
législation n'en sortira plus; les charges publiques sont moins inaccessibles au mérite; un rayon de lumière a pénétré dans le réduit du pauvre; le paysan n'est plus compté dans^ le bétail du seigneur : il se possède, et peut posséder le champ ' qu'il cultive.
Ainsi le monde moral avance-, à travers tant de secousises et de misères, vers le but marqué : nous recueillons d'âge en âge une moisson trempée de notre sang et de nos larmes ; chaque siècle trace un sillon, dans lequel germera le pain dévie des générations qu'il a vu nattre. La place d'une époque, dans l'histoire du monde, se détermine par le progrès général des nations, ou par l'avancement particulier d'un peuple vers la foi, la science et la vraie civilisation.
Si nous cherchons, sous ce rapport, les principaux caractères du xix« siècle, nous verrons que trois grands événements ont présidé à ses destinées, et doivent déterminer la direction de ses mœurs et les tendances dé son génie, savoir : une guerre presque universelle, ]a décadence des aristocraties européennes, la découverte delà vapeur.
Les guerres de TEmpire, qui ont ensanglanté les quinze premières années de ce siècle, sont dignes de servir de sujet à la plus vaste épopée qui puisse étonner la mémoire des hommes.
Il me semble que dans le dernier des siècles
INTRODUCnOII. n
qui seront comptés à Funivers, radmqration et k surprise subsisteront encore , sans être étouffées sous le poids des ans. Le nom de Napoléon traversera Fespace immense des âges, comme ces météores lointains dont la lumière franchit, pour nous éclairer, d'incommensurables distances.
Quelque opinion que Ton se fesse aujourd'hui des guerres de conquête, il faut reconnaître que notre siècle brillera entre tous par la gloire des armes et la grandeur des combats.
Ces terribles guerres n'étaient pas allumées» comme celles dont l'antiquité fut le plus fière , entre des conquérants civilisés et des nations sauvages : ce sont des peuples non moins policés, non moins nourris les uns que les autres dans Fart de la guerre, qui se sont rencontrés sur ces milliers de champs de bataille. Il n'y avait pas une attaque à laquelle ne sût pourvoir une défense. La victoire empruntait à la résistance des vaincus un incomparable éclat. Qu'on se rappelle^ pour juger les premiers triomphes de nos armées, le dénuement et l'extrême jeunesse de nos soldats, qui, vêtus de leurs seules armes, ne savaient rien de la guerre, sinon marcher le front levé à rencontre des boulets; qu'on se rappelé leurs victoires plus rapides que les courriers qui en portaient les nouvelles , Fincroyable activité de ce
jeune général qui ne faisait reposer «es troupiBS qae dans les villes prises, et^ ce qu*il y avait de plus prodigieux, Tenthousiasme intelligent de ces recrues prèles à mourir. Ainsi ces guerres seront d'autant plus mémorables qu'elles jwocëdaient à la plus étonnante et à la plus vaste révolution qui ait jamais éclaté dans le sein d'un empire. Le cratère une fois enflammé, la lave descendit pour sillonner les royaumes. Nous décrétions, sous le feu de nos canons, la liberté des peuples et la défaite de leurs armées. Quand les remparts des capitales tpmbaient devant nous , c'étaient autant de lois vénérables par leur antiquité qui s'écroulaient*
Plus tard , Napoléon songea moins à faire triompher la liberté que s^ propre gloire ; les nations ne firent que changer de mattre. A force de s'identifier avec la France, son chef s'imagina qu'elle serait d'autant plus grande que lui serait plus puissant ; tout ce qu'il écoutait è son autorité, il croyait le donner à la nation, qui, au reste, ne pouvait se persuader que, pendant qu'^He asservissait le monde entier, la victoire lui imposât des chaînes, comme les défaites en apportaient au reste du monde. Les Français, •étouffant partout la liberté qu'ils avaient promise, ne la retrouvèrent plus dans leurs foyers ;
onuoixxinotf. uu
maïs on eût dît qu'ils «e coDSolaient d'obéir, en forgeant ies £ers des autres. GhaiiraiagAe at Lom^ XIV «tiraient été dépassés dans le ^aie de h lierre et la graiMleur de la dpiQinaiioo» Si Kapoléç^Q av9Jt pa jouir des lio»a^urs du triçpp(^ pbe, à la ipasôère des anciens consuls de IUmpo^ 9 4ftB ^t TU eachajtné, derrière son cbar, tout un pevple de rois. U n'exiscait plus de frontières : les fleuves , les mcmtagnes et les mers ne divisaient pins .^e les provinces de Fenipire Fran- 'Çais; douais, un ^our, Tancienne carte de FËorope a été re£aûte. La coalition da malheur et de la seraôtode s'était formée : toutes les nations subjuguées ^e sont levées contre nous :1e nombre de nos «mnemis .4isait assez que Ja France avait c^mmasidé à rmiiivers.
Tel a été le début de ce siècle :.le canon a grcmdé sur scn berceau; ses pcen^ers «pas ont chancelé dans des flots de sang;. et il a -peéparé 1^ maitériaux d'une autre Iliade.
GcHument les guerres de TËmpire se rattachent-elles aux deux grandes conduites de la «Providence surJes peuples, la diffusion de la^foi et de la civilisation ?
L^omme, dont la vie n est qu'un point sur la ligne des Âges , ne peut distinguer le caractère divin d'un événement qui commence sous ses
11? IMTRODCCnOir.
yeut ; le présent et Tavenir sont pour nous une épaisse nuit. Il n'y a que certains traits d'une sagesse achevée qui , dans le passé, forcent notre admiration. Il ne nous est permis de juger le tableau que lorsqu'après avoir reçu quelques touches de chaque siècle, il obtient le dernier fini, avant que la lumière de nos yeux soit éteinte. Les effroyables guerres, au milieu desquelles est né ce siècle, tiendront leur place dans Tordre d'événements que Dieu aperçoit tout disposés dans sa providence. Sans doute, au milieu des émotions de la guerre, les cœurs ne sont guères préparés à recevoir la foi : ils y adorent, dans la variété imprévue des événements, je ne sais quelle force aveugle et capricieuse, qu'on nomme fatalité, destinée ou fortune. Là, il est trop de bruit pour étourdir l'homme, trop de gloire pour l'aveugler. Les vainqueurs sonttrop fiers, les vaincus trop humiliés; et la religion ne sait où se placer en nous, entre cette ivresse du triomphe et cet accablement de la défaite. Mais , lorsque ces grands événements ont fait place au calme et au silence , le sentiment confus d'une suprême puissance remue les cœurs : Dieu se rend visible à la grandeur de certains débris. La guerre est terminée , mais il y a tant de morts à ensevelir, qu'il demeure partout un immense besoin de
IllTRODlK?nO!l. If
consohtion : c^estle moment où la foi profite des foreurs qui ne sont plus. L'Europe entière a vu ce pieux sentiment succéder aux passions ardentes et toutes terrestres qu'avaient allumées les guerres de TEmpire. Mais ce n'est pas assez : les événements s'encbatnent par des nœuds si étroits et si multipliés , que les grands effets de cette lutte fameuse , au regard de la religion , sont encore insensibles. Ce qui peut être assure sans témérité, c'est que des changements si prodigieux seront forcés de concourir, dans le temps fixé, au but final et divin des sociétés bumaines. Le monde n'aura pas été en vain passé au crible par Napoléon ; ce n'est pas en vain que ce marteau qui brisa l'univers aura été brisé à son tour : il fendra bien que Dieu ait sa part; mais nous ne savons combien d'années seront employées à la lui préparer.
Ce qui est déjà incontestable^ c'est qu'en triomphant des autres nations, la France a vaincu beaucoup de préjugés obstinés, de coutumes oppressives, d'idées erronnées, de lois injustes. La guerre, en mêlant les peuples, leur apprend à se connaître, et la civilisation s'ouvre souvent un chemin par la destruction] qui semble l'instrument de la barbarie; Ainsi la terre ravagée par un incendie ^sorbe dans les cendres
rçfroidm 4^ ç^\ eiabrâsç«QL€^i^, de$ matières ioconiiue^ q\ii la féconderont. Les royaumes se sont affn^nchiç d« la domination française, mai$ ik ont gardé c|ans leur législation les principes 4'égalitç civile qu elle leur apporta, les formes tutélair^s de T^dministratioii de la justice , les garanties offertes ^ la libre défense des accusés. Si le servage est aboli daqs la plupart de^ états de TEurope; s'i) est loisible aux paysans de se nicbeter de la dtme, de la corvée et de tous les droits seigneuriaux I c'est que la victoire a fait régner hqs lois dans ces états, qn moment provinces de France, où se trapsportaient no^ moeurs et nos idées, sans quitter le sol de 1 '£m-? pire. Voilà donc la guerre appelant un fluS( grand nombre d'hommes au bonheur social , te^ qji'il découle des institutions perfectionnées par Tesprit même du christianisme.
Nos pas tracés en Egypte sur le sable aride n'ont point été entièrement effacés par le vent du déçert : il est reçté su|r la ferre des Pbaraon| quelqixes vestige^ du pa$§age de nos armées.
fjes gerines de civilisation que nous y aviqns laîssQ toq^ber, pour aips^ dire^ en courant, se sont cqnseryés : Teffort qu^ fait TÉgypte en ce moment pour s'initier à la piyilis^tipfi fSfirqpéenne, à 1^ po%p et ai^iL arts 4^ i^os fpçfét^^i frpiiye sqn p^
nmiooucnriGM. «di
pbc^tiondaBS Texpéclilion française. Nous airums ouvert k porte des Pyramides, et le jour et la vie vivaient pénétré dans ces retraites de la mort. Cette période d'agitation, de bruit, de malheurs et de gloire a dû imprimer une marque particulière sur les travaux de Tesprit bimiain^ Elle a nécessairement contribué au progrès des sciences qui sont les auxiliaires de la stratégie, telles que les matbématiques, Tetbnograpbie, la géographie, l'histoire; elle a procuré aux savants, dans les divers pays du monde, des notions qui ont enrichi les sciences physiques et naturelles , la philologie , Tarchéologie, la paléographie, etc. Mais les émo« tions qu'elle a jetées dans les coeurs ont été si vives et si poignantes, les spectacles dont elle ^ étonné les regards des contemporains, ont tellement mis la réalité au*dessus de la fiction, que les arts de l'imagination ont été réduits à Timpuissance, et que l'invention s'est trouvée stérile auprès du souvenir. Voilà ce qui explique parmi nous, durant cette période, la décadence de la poésie, du théâtre et du roman; et telle a été l'influence 4e ces rudes et terribles visites que les peuples armés se sont mutuellement rendues, que les œuvres 4e l'imagination . out porté elles-mêmes on cachet bistorique et aé^
mn INTRODUCTION,
graphique. Prenez les ouvrages qui ont été vraiment inspirés par le génie , comme les ceuvres de Chateaubriand, de M,,,^ de Staël, de Walter Scott, de lord Byron, et vous y remarquerez réloquence appliquée à la description du monde ou aux mœurs des nations, Timagination mêlant ses caprices aux récits de Thisloire, et la poésie lyrique servant à colorer des souvenirs de voyage. Quelque chose de belliqueux et de chevaleresque respire dans les chants des grands poètes de cette époque : Uhiand, en Allemagne, Walter Scott, Byron et Southey, en Angleterre, Déranger et Victor Hugo, en France, accordent souvent leur lyre avec le bruit des arnîes : on sent qu'ils ont vécu dans uii temps de guerres, et qu'il s'est aussi livré de grands combats dans leur âme. Les beaux-arts n'ont pu se soustraire à cette influence : la peinture a fait revivre et durer l'image des combats; les batailles se sont fait entendre aux yeux, et ont duré toujours. La musique a emprunté à la guerre remploi de ces instruments qui animent le courage; Beethoven éveille dans lame les sentiments d'ardeur et d'héroïsme qui appellent les dangers et feraient mépriser la mort.
Nous avons dit qu'au sortir de ces guerres épiques, unbe$oin d'espérances immortelles se-
INTRODUCTION. m
tait fait sentir aux âmes fetigaées, lét unes de leurs agitations et de leurs larmes» les autres de leur deuil et de leurs haines. Le rétablissement de la paix générale marque donc dans ce siècle une seconde époque où les lettres et les arts ont revêtu un caractère religieux : c'est le moment où Lamartine en France, Crabbe et Wordsworth eh Angleterre, Manzoni en Italie, et Tegner en Suède, ont saisi la lyre ou joui de leur gloire. Le besoin de la paix était si profond dans tous les cœurs, qu'il ne suffisait pas de la goûter sur la terre : on aimait à la rêver infinie; et l'Europe était attentive aux chants des poètes qui exprimaient les restes de tant de douleurs, en leur servant d'échos mélodieux.
Le second des trois grands événements qui caractérisent le xix« siècle, est la décadence des aristocraties européennes. Il y a longtemps que cet événement arrive chaque jour; il se prépare depuis des siècles, et dire qu'il appartient au nôtre, c'est indiquer seulement que les effets en ont été, sous nos yeux, plus mûrs et plus sensibles. Il est loin d'être consommé, car les aristocraties anglaise et allemande poussent encore de vigoureux rameaux sur leurs tiges séculaires. Toutefois, si les classes intermédiaires, dansl^ Grande-Bretagne I font cause commune ^^^c ^^
:gtt iOT H U P tlCI lOW.
n<^lesse , e^etet parce qoe fMistocvttie, ^i a AaW k onntitutîon , le«ir en paraît le (das sâr rempart. £U6S défendent desprérogativee ^^èntde l'ntifité dans leur éclat; on dirait tfu'elles ^'eftorgueiUîgsent de paraître redouter les mêmee dan* gers que les |prand«5 familles. En ayant quelqa^ chose de commiOi avec dles:, la l^ourgeoiste croit s'en rapprochera mais un jour viendra où, phis fière de sa force que d^une splendeur qui réclipse, elle aimera mieux briller et résister seule, que puiser sa sécurité dans ce qui la do* mine. Déjà le bîll de réforme a porté un.premier coup au privilège : les mouvements si tumultueux et si menaçants des classes inférieures rendront bientôt Tappui de la bourgeoisie tellement nécessaire à la noblesse > que Tune sera lâ)re de le faire acheter par Tautre.
La puissance et le crédit de Faristocratie allemande cèdent j)artout devant les. principes mieux appliqués d'égalité civile, et sous les progrès, soit des libertés constitutionnelles , soit de T'émancipation des populations rurales. Dans le$ pays de rÂllemagne, oii existe une tribune législative, les classes moyennes prennent peu à , peu Fascendant que recherche leur ambition, et qui n'échappe pas aux lumières. Partout Fancienne vassalité disparaît, les droits seigneuriauK -sois
«t i muitt ii UB, m
fl^betés^ la lé^pslation établit le prindpe As f «lu missîbttité des citdyeiis aux cliargeft pnbli^ptctii En Espagne^ en Poôrtn^al et e& Italie, l'mnotCK craçie tiVatiste plus que comme un souVéntr : ce sont de beaux noms ^ur des tmothcaux.
£b France^ elle est tellement e£bc<e de la scène qoe , |^ur y remonter, il feiA ^^elle se mêle dans les rangs de la bourgeoisie.
A la décadence presque tiniverselle de cdt ordre illustre^ appui, ornement et gloire des anciennes monarchies, se rattache le progrès, dans la plupart des États de l'Europe , de la Ifberté politique. La royauté a été obligée de cédel: à la déinocrade ce qu'elle croyait avoir conquis sur kl noblesse.
Examm(ms 4^ conséquences de cesrévoluùoos intérieares pour la foi religietise déis -socr^és. U tià s'est établi, depuis le commencement denx) stàde , le gouvememem constiMlionncï, œ sont les classes moyennes qtii, en s'iqipti^am sur 'te 3peiq>le, on'tfatt une soirte deTic^eûce à là royauté. *Dans leur impatience d'atteindre le but, elles "Ost trouvé sur leur chemin des <^oyandes qui leur feraient cd)stacie tm retardaient la déstractiott des anciennes lois : c'était le so^- .ipide dèsqiopulations, riiiAueoce du diergé, la ma^sté des acHivenirst eu l%abàude ^%ii
xin INTRODUCTION,
respect envers le passé unie à la vénération des choses saintes. En ôtant la pierre de Fangle, on faisait tomber tout ce qu'elle soutenait : ce qui est arrivé, non par un dessein prémédité, mais par Tardeur du combat et la soif de la victoire. Cependant le moment où la religion paraît le plus près de périr est souvent celui où elle retrouve un principe de vie inconnu et inespéré. Pour faire refleurir la foi, Dieu laisse faire les hommes qui projettent de la ruiner; afin de mieux renfoncer dans les cœurs, il lui retire tout appui visible, et elle ne brille de tout son éclat que, lorsqu^abandonnée à elle-même, elle soutient le monde. Ainsi, dans les sociétés nouvelles que Ton aurait crues d'abord vides de Dieu, la religion console de nobles infortunes, recouvre, après la tempête, Fautorité qui lui appartient; et devenue le trésor du faible, la seule grandeur que les révolutions laissent debout, la loi qui sert à juger toute loi, elle attire par d'austères appas les plus fiers courages. Il est bon que les hommes se désaccoutument de croire la foi dépendante de la stabilité des empires; et lorsque la piété même s'égare jusqu^à Tabriter sous des couronnes, ces diadèmes seront brisés, s'il le faut, pour l'iastruction du monde, le redressement d'un feux cèle et U rétablissement de rÉglise dws cec
INTRODUCTION. mfi
abandon, ce dénuement et cette faiblesse qui font sa beauté, sa grandeur et sa puissance.
Les aristocraties ont beaucoup fait pour la durée des nations qu'elles ont gouvernées. C'est un spectacle imposant que présentait cet ordre , fleur d'une société , splendeur du trône, modèle de grâce et d'honneur, souvenir et promesse de gloire, abrégé visible du génie le plus haut et le plus délicat d'une époque. L'homme a tant besoin d'admirer, que, pour éprouver l'enthousiasme, il consent à être surpassé et dominé. Aujourd'hui on se sentirait presque disposé à regretter la chute de ces nobles familles qui ne pouvaient fleurir et prospérer qu'au profit de la gloire de la nation, qui se croyaient des devoirs envers leurs noms , mettaient l'esprit de constance et de générosité dans la politique et laissaient à Tespèce humaine l'espoir de conserver toujours, commet objet d'orgueil et d'émulation, une image plus choisie d'elle-même. La réflexion, éclairée par la justice, dissipe bientôt ces inutiles regrets. Toute chair est précieuse devant notre Père commun. L'aristocratie offrait sans doute une brillante décoration ; mais combien de créatures délaissées avaient à supporter les frais du spectacle ! L'inégalité la plus injuste n'était pas alors dans ce
hasard qui pouvait meure à la tête de la société
la nafattanee dépoumie de méiite^ n^s fU^ Je droit qu^ayaÂent seulement ^elque$ famUJies de s'iUiiâlrerdanslegouTernememetsurles cbamps ^ de l^ataiUe, U est vrai que la nation étajk forte, opulente et |;I<tf*ieuse, à ne la considérer que dms.c^tteéMte. I4ai$ les sociétés n'ont pas-ét^ £aites pour jeter un vain éclat sur la ierre, prévaloir les unes sur les autres, remppjrter des victoires, gagner un nom dans llûstoire. Il faut qu'elles procurent aux hommes, avec Tégalité confonne à celle de nos âmes devait Dieu, la, plus grande somme de vertu, d'instruc^on et de bonheur possible : ce n'est point ce fantôme sans réalité qui à la fois est tout le monde et qui n'est personne, cet être idéal qu'on appelle nation qui peut pro6ter de la sagesse des lois; le but des sociétés est le bien de chaque esprit, de chaque cœur, appelé un moment à la vie d'ici-bas et faisant partie de cette grande famille dont chaque membre est immortel. L'existence des castes aristocratiques était sans doute incompatible avec une diffusion .équitable de la puissance, de la richesse et dubien^étre: car, sur les ruines seules du privilège de la naissance, pouvait s'élever la légishition nouvelle, qui a favorisé une plus juste répartition des droits politiques, uneégadliiépl^s Céu^nde devant la loi, uiud.diYijSÛm de l»ii«^
INTRODtfCnRM. n?
priéîé miétut fondée sur le mérite de la Tertii et siirla taletir dû travail, et une charité pim firaterneUe envers les plus petits, qui, lottgtemps re* légués trop bas pour être aperçus , bien qu'ils fassent les plus nombreux, rempliront désormais non loin de la bourgeoisie, la place que celle^i occupait près de la noblesse.
Qaels ont été les effets, pour le génie de ce siècle, de la décadence ou de la chute des aristocraties?
Sous le règne élégant de la société polie, le plaisir était la grande affaire : aussi recherchaiton avidement celui que donnent les lettres et les arts , comme le plus relevé et le plus délicat, il n'y avait que le roi et ses conseillers qui s'occupassent des intérêts de l'empire. La politique du gouvernement, qui était muette et commandait autour d'elle le silence , invitait l'attention générale à se détourner vers les arts de l'esprit qui décorent une cour et font diversion à une curiosité dangereuse. Les lettres avaient donc des juges préparés et ^des couronnes certaines. La gloire ne leur manquait point dans un temps où les grands mettaient la leur à les protéger. Le génie était le grand consolateur des superbes ennuis d'une noblesse oisive. Il avait trouvé des modèle^ dans cette société qu'il charmait : }a policôsse était pouf lui Técols du bon $oûu i^^^
%m INTRODUCTION,
cette grâce convenue dans le langage et les manières lui imposait des règles factices : la littérature avait son étiquette. En peignant les orages des passions, il fallait se contenir et ne choquer aucune bienséance ; la hardiesse ne devait ja* mais s^oublier.
Depuis que la politique est devenue la passion générale, les travaux désintéressées de Tesprit n'obtiennent plus l'attention : ils sont condamnés à l'arracher. Le succès est un second ouvrage plus difficile même à accomplir que celui de l'intelligence; et l'effort nécessaire pour obtenir la renommée n'a plus rien de commun avec celui qui fait qu'on en est digne. De là deux sortes de génies, l'un qui nous rend célèbres, l'autre qui nous rend admirables : on vaut par celui-ci, par celui-là on se fait valoir; or, peu à peu, on s'est accoutumé à regarder la mise en œuvre comme beaucoup plus précieuse que l'œuvre même.
Ainsi le temps employé par l'homme de lettres à combattre l'indifférence publique est perdu pour la fécondité du talent. Dans cette déplorable lutte, son courage se brise ou sa dignité s'évanouit. S'il dédaigne d enfler sa voix pour se faire entendre, la foule passe, et il demeure seul, enveloppé des ombres de l'oubli. S'il se remue trop indiscrètement pour attirer les yeux, les
INTRODUCTION. iifii
gens sensés, en 'remarquant le mérite, gardent peu d'estime pour le caractère.
Le besoin de vaincre l'inattention du siècle explique la fureur des paradoxes, les extravagances de Toriginalité, les travestissements du génie, les trompettes du charlatanisme. Ce ne sont plus des juges délicats et choisis qui décernent la palme; cest une multitude distraite et passionnée, dont il faut enlever les suffrages. Aussi tous les effets sont grossis; la perspective est changée; la muse reprend le masque et le porte-voix: c'en est fait des tempéraments du goût et de Fhafmonie des proportions; mais en même temps la liberté de tout dire et la grandeur des obstacles peuvent parfois produire de sublimes efforts, c^i dans leur audace et leur énergie feront la gloire particulière de ce siècle. La pensée qui cause les révolutions est aussi la puissance qui les modère : devenue un moyen d'action, elle servira à répandre d'utiles vérités ; il est vrai qu'elle sera aussi l'instrument des passions et du sophisme. Les lettres n'auront plus pour objet le délassement des grands seigneurs, mais aspireront à conduire les masses; elles ne seront plus un concert mélodieux dans une cour attentive , mais un bruit de voix ardentes sur un forum.
XxVïu it^TRODUCîrtON.
Le gefare de littérature qui devait refleurir le plus difficilement au milieu des ruines de Faristôcratie est la pôé&ie , le plus délicat et le plus niésiïitéressé dé tous les arts. Les classes qui ^uvementies sociétés nouvelles, appliquées aux affaires et soucieuses de leur fortune , tae «ompretment guère le beau séparé de lutite; elles n'ont pas assez de loisir pour réfléchir sur toutes ies nuances de nos sentiments. La poésie est un /^ langage plein de choses sous-entendues : pour la sentir, il faut beaucoup deviiiw. Le plaisir qu'on lui doit est de marcher vers un but mystérieux qu\)n n'atteint jamais. De notre temps , le sentiment du vague est importun : on aime le grand Jour, et Ton sait parfaitement ce qu'on désire. Or, lorsque lepoëte cherche à nous désenchanter de ce monde, au profit de celui qu'il rêve et colore, que seront ses chants aux oreilles de la démocratie pressée de jouir de sa récente victoire, si ce n'est la plainte harmonieuse de la folie , du malheur ou de l'oisiveté? L'affaiblissement du sentiment religieux explique encore la décadence de la poésie. Le matérialisme nous rend sourds au^ hymnes de l'amour et de l'espéracnce; nmis les louanges de Dieu seront le signal auquel i^épûndront les accords de plus d une lyre; la prière et l'enthousiasme ont pour corn-
nïTRODUCnON. xtt%
mune origine le besoin de trouver un objet à aimer au-delà de cet univers.
En face du spectacle agité que les vicissitudes politiques nous présentent sans cesse dans nos sociétés renouvelées , le théâtre offre moins d'attraits qu'autrefois à notre curiosité. L'histoire contemporaine est un drame continuel. Nous avons vu tant de choses , qu'on ne peut rien inventer qui nous surprenne; et les comédiens ne l'empcHteront certainement pas, dans Thabileté de leur jeu, sur les acteurs de la destinée. L'ancienne tragédie est morte. C'était le vrai diéâtre de raristocratie, qui aimait à se voir représentée ; mais la démocratie est jalouse : il lui platt médiocrement de voir reparaître sur la scène de Melpomëne l'ombre de ces races illustres qu'elle a renversées de celle du monde. Que lai fait la peinture des crimes et des vertus , des malheurs et de la gloire de ces grands de la terre dont l'histoire n'est pas la sienne? Il y a certains amours, certaines haines qui sont des secrets pour elle. Ce |n'est pas pour plaindre ou admirer ces augustes personnages qu'elle voudrait les voir revivre, mais pour se divertir à leurs dépens : aussi la comédie historique nous paraîtelle destinée à remplacer la tragédie classique.
lie nivellement des conditions sociales a dé-
MX INTRODUCTION,
truit la hiérarchie des ridicules : aujourd'hui que tous les rangs sont confondus, il y a égalité en tout genre , même dans les travers; tout le monde prête à rire de la même façon : aussi la comédie qui a tant amusé nos pères s*en^ est-elle allée avec eux; car, le jour où la loi a autorisé toutes les prétentions, aucune vanité n'a plus été particulièrement ridicule.
La même cause a fait tomber le roman de mœurs. Si ce genre a été cultivé de nos jours en France, il s est borné à retracer les effets désastreux que produisent dans la société les mariages dWgent, tels qu'ils se sont multipliés dans les classes moyennes; ces unions, où Fambitton donne la main à la fortune , ont jeté dans les familles un désordre que les romanciers modernes ont reproduit dans leurs tableaux non moins désordonnés que les mœurs elles-mêmes.
Dans un temps où domine en toutes choses le principe de Futilité , on se servira du roman pour agir sur les esprits et les conduire adroitement vers un but caché sous la fiction; ce sera un moyen de s'emparer des passions au profit d'un intérêt quelconque : on pourra , en ce genre, faire un mal prodigieux. Rien de plus puissant ni de plus dangereux que le vernis de grâce et d'élégance appliqué à l'erreur, et que le
INTRODUCTION. xxxi
vice prêché par Fautorité de l'exemple , à Faide d un tissu d'aventures extraordinaires qui fait briller aux yeux de notre imagination un personnage d autant plus attachant, que nous ne pourrions jamais en rencontrer un pareil dans le monde; mais espérons que la vérité ne laissera pas cette arme au sophisme sans la lui disputer. Les principes de la moraU religieuse, les leçons de la vertu, les maximes du bonheur fondé sur les liens de famille et le respect des lois éternelles pourront être parés aussi des charmes d'une gracieuse invention; les sciences politiques et sociales n'auront pas même à dédaigner ce moyen de propager des notions utiles h l'ordre commun et au bien-être des individus.
La branche de littérature dans laquelle les progrès ont été le plus sensibles , c'est l'histoire. Les rois et les grands seigneurs avaient autrefois des historiens à leurs gages ; la censure» le patronage, l'esprit de cour, les pensions ne souffraient point que le passé eût une voix sincère. La manière de parler des morts est l'éloge ou le blâme des vivants. La chute des puissances intéressées à ce que l'histoire ne fut que leur apologie a brisé toutes ces entraves. Il n'est plus personne qui ait assez
ààin IffffeODUCTlÔN.
d'âùtorité dans TÉtat pour, qu'en jugeant ieS iémpé passés, on craigne son ressentiriieht 6ù l'on recherche sa faveur. Les morts obtiendront justice : ce n'est pas à dire que les tlistôrienis , ihdépendans vis-à-vis de lautorité , le soient de leurs propres passions; mais de la divetsite iaèine des jugements que fait naître la liberté, sort une lumière à laquelle la justice allumera son flambeau. On verra éclore un grand hbihbre de révélations sur quelques heureux défauts et sur quelques malheureuses vertus des jprinces , sur les intrigues de cour, sur les petites causés des grands événements et sur la longue cliatne d'abus qui aboutit aux révolutions. L'aristocratie a eu son histoire , la démocratie réclame la sienne,
ta philosophie sera négligée dans sa partie théorique : on sera trop pressé d^appliquer les jprïht^i^cs pour se donner la peine de les étudier; Inâis les systèmes d^organisation sociale surgiront eh foule. Au reste , quiconque comprendra les tekidân(îes de te siècle et aura l'aknbition de {)i^endk*e {)art aux affaires publiques, se vouera à l'étude de k législation.
La jpluè forkhidable puissance qui existe dans \ts ^à^s libtes est la parole ; elle fait, à son gréyun foi et un j^éUplc. La guerre ou la paix dépend
nSTBODUCTION. i^^
sp^Tent d'un discours : quelques mots éch«|>p4$ des lèyres d'un lv)inme ciinculent dans le iao&4# entier, et rjetei^tissent bientôt à Tégal du uw^ Qerre ; une pajrole imprudente, du baiit d'uff^ ixibanfif AOJe la terre dans des flots de sai^ L'éloquence est tout: pouvoir, autorité ygënie^ gloire, richesse, bien, mal, source de prosp4iil4 ou cause 4e ruine. Le gouvernement est dian^ la persuasion : les lois de la rjiétorique sont celles des empires; la pensée, la parole et Faction ^e sont plus qu'une ^ém.e cKpse.
La presse est la parole écrite; c'est la pens^ revêtue du cprps le moinç grossier qi^i existe après le son ; c'est l'écho de l'éloquencp, le r^efentissemeut de la tribiwe > h voix 4u peuple. L» presse donue à ce sÀèdle son vrai caractère ; .e}l9 établit entre les .esprits ^ne iCOi^inuQicatj^ ymmem miracideuse. P^ eJJie, ^s mw^ dfis m^ ceiates parlementaires soiut reuv^f^i 1^ yjoj^ de l'cMraxeur s'entend du bout d'un royam»^ % r^oitre, que dis<-|e ? 'aux extrémitiés d^ la terra* Nos eiqprit^ ç^ parlent, coumui^uent i^nir^ eux; rassQm)]|lée e^ partout et u est uul)^ pairt; l'orateur invisible , parcourant des disUMneas ioi!in^Qses , se midtiplie pour un auditoire imioiabr^e : ^a p^u^ole voyage; obsucun risçoâit au iip^iue iu^ji^tsw âiue^ûère; «t {M>Hr angn^iMp