‹ Génie du dix-neuvième siècle: ou Esquisse des progrès de l'esprit humainChapitre 3 sur 88 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

ter la merveille, la vapeur, cet agent mystérieux et presque incorporel qui prête aux relations sociales les ailes delà flamme, sert à faire circuler sur tous les points de la terre, quoi? les passions du journaliste, les idées qui ont fait bouillonner son cerveau , les moindres battements de son cœur.

L'application de la vapeur est le troisième des grands événements qui ont marqué le commencement de ce siècle; elle est aussi la troisième des plus grandes découvertes que Fhomme ait jamais faites.

La boussole, en révélant tant de régions inconnues, a agrandi l'univers; la vapeur, par un autre prodige, en abrégeant les distances, a diminué le monde. L'aiguille aimantée n'est utile que sur mer; la vitesse du transport est avantageuse sur le continent, les fleuves et les océans. L'imprimerie a rendu la pensée présente partout; grâce aux chemins de fer et aux paquebots, le corps même a le privilège de l'esprit: la matière participe au plus bel attribut de l'intelligence; la rapidité avec laquelle la mémoire nous transporte d'un lieu dans un autre, est devenue pour nos personnes une réalité.

Ainsi ces trois immortelles découvertes, la boussole I l'imprimerie et la vapeur, ont complété I9

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possession de la terre par l'homme ; il connaît le globe entier et le parcourt à son gré. Les lumières^ les avantages et les jouissances de chaque nation seront communs à toutes les autres : la terre ne sera qu'une vaste tente^ et le genre humain uno seule et grande famille .

Plus un événement est surprenant et inattendu, moins il nous parait Tœuvre du hasard. On a peine à supposer que ce qui a de si grands effets pour Hntelligence humaine ne soit pas ordonné par une volonté raisonnable; et que ce qui change la face du monde, soit étranger à la sagesse quile conduit. L'emploi d'une force, comme la vapeur, soumise au calcul est un prodige, et le chrétien, en particulier, est convaincu qu'il n'y a que la foi qui vaille les frais d'un miracle : il rapporte donc à un certain dessein de la Providence ce rapprochement singulier des différentes parties du monde, cette conversation des peuples entre eux : il pense que si la moitié de Tunivers s'entretient avec l'autre , c'est pour que les peuples qui savent le vrai Dieu parlent de lui aux moins polis qui l'ignorent. Ce qu'il y a de certain , c'est que les efforts tout terrestres dp l'industrie tourneront au profit des progrès du christianisme. Si le conunerçant peut aller au loin échanger ses maixbandises contre de l'or «

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les mêmes chemins sont ouverts à Tapôtre pour Tendre son sang contre quelques âmes rachetées. Partez, enseignez à ces peuples barbares de nouveaux besoins; le disciple de J.-C. vous suivra pour leur apprendre à prier au pied d'une croix! Lorsque Dieu voulut préparer TaVènement de son fils y il rendit Tempire Romain assez vaste pour contenir un Dieu ; aujourd'hui que Feau et le feu prêtent un véhicule si rapide au commerce universel , il a voulu 'sans doute faciliter la diffusion de la parole de vie en tout lieu du monde. La Providence ne convie pas seulement tous les hommes à la foi , elle les appelle aussi à la jouissance commune de cette pure civilisation qui n est que le perfectionnement de toutes les facultés de Fhomme , et le raisonnable adou« cissement des maux de la vie. Les sociétés humaines n'ont jamais fait un plus grand pas vers le second but qu'elles sont destinées à poursui* vre, que dans notre âge ©ù l'ignorance et là barbarie ne savent plus conmient se défendre : un si grand résultat sera produit par l'application de la vapeur. Ce mouvement vers un plus juste équilibre de la science et du bonheur, au sein de chaque nation entre les diverses classe», et dans tout Punivers entre les diverses nations, deviendra l'un des signes les plus glorieux dont notre siècle sera marqué entre tous les siècles*

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L'imagination recule devant les immenses conséquences que l'extension toujours croissante des communications internationales amènera sur la terre. Les peuples, à force de s'entrevoir, s'imiteront les uns les autres et finiront tous par être semblables entre eux. Il ne restera de leur caractère national que cette partie indestructible qui vient du climat et de je ne sais quels iùstincts naturels des habitants. Alors, f^t esprit public, il faudra entendre esprit du monde. A côté du patriotisme, se placera Tamour des hommes. D'un pays dans un autre, les lois se transplanteront, comme les productions du sol. La même forme de gouTemement fera le tour du monde. Déjà se déclarent quelques indices de ce prodigieux changeincrent. On voit disparaître la variété des co^umes, symboles des nationalités : Thabit de la civilisation que revêt l'Europe entière est porté dans les deux Amériques et pénètre en Afrique et en Asie. Les obstacles du langage sont vaincus; Tétude mutuelle des idiomes supplée à une langue universelle; les préjugés héréditaires s'effacent; les traditions locales s'oublient; les mœurs et les coutumes se géti égalisent; les idées sont cosmopolites.

Cette fusion universelle ne peut manquer A'exercer une vaste influence sur les progrès de

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Tesprit humain. Il y aura à cette époque ua certain courant d'opinions admises dans le monde entier, dont les hommes de génie seront à la fois les représentants et les guides. Gloire à ceux qui prêteront uu écho sublime à cette grande voix du genre humain! La poésie et Féloquence pourront atteindre uue hauteur inconnue : les magnificences de la nature en tant de régioDS diverses, les vieux souvenirs de tant d'hiistoires , le grand et nouveau spectacle de cette marche de l'humanité , seront un trésor inépuisable d'inspirations. Il me semble que l'avancement des sciences aura une rapidité extraordinaire, lorsque , d'un bout du monde à l'autre, on poursuivra en commun le même résultat, et qu'il s'établira un concert pour la recherche de la vérité ; et l'espérance de cette vaste association dans le travail ne commence-t-elle pas à se réaliser pour les sciences exactes et naturelles? L'immense publicité promise anx conquêtes du génie, en tout genre, éveillera une incroyable émulation. En ces jours-là (qu'on me pardonne toutes ces conjectures, dont, au reste, l'accomplissement serait moins étonnant que la découverte même de la vapeur), en ces jours-là, ce sera n'être pas connu que davoir sa réputation bornée par les limites d'une partie de l'univers, Oo

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pent du moins, sans témérité, prévoir les grands progrès que feront , indépendamment de Findiistrie, du conmierce, de la navigation et des sciences proprement dîtes, Thistoire, Tethnographie et la philologie, progrès secondés par d'autres causes que j'ai déjà énumérées. Je ne pousse pas lamour des utopies jusqu'à espérer qu il n'y aura plus de mauvaises passions sur la terre; au contraire, il est probable que si les guerres sont plus rares, elles seront plus générales et n auront plus lieu entre deux peuples, mais entre des nations coalisées ; et qu'en outre les règles de la stratégie, tant sur terre que sur mer, seront changées ; de sorte que les capitaines des temps à venir obtiendront d'autant plus de gloire que la difficulté du triomphe sera plus grande en proportion de la facilité du combat, et que ne pouvant hériter de Tancienne science des batailles, ils auront eu à créer les nouvelles maximes de la victoire.

Puisse le tableau que je viens de tracer assigner au xix^ siècle, qui n'a pas encore atteint la moitié de sa carrière, la vraie place qui lui semble réservée dans Féconomie des âges! Nous lui avons décerné sa part de gloire et de génie, en Tenvisageant dans ce qu'il a fait et promet de faire pour exécuter les deux grandes lois du

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