‹ Génie du dix-neuvième siècle: ou Esquisse des progrès de l'esprit humainChapitre 29 sur 88 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Archéologie,

L'archéologie est une science qui a pour ohjet d'éclaircir, parTétude des monuments et des costumes, les origines, les mœurs, les usages, les rites et les religions des peuples qui ne sont plus. Le commencement de ce siècle a été Tépoque d'une vraie révolution dans cette science : la vieille Egypte fut conquise par Tarchéologie en même temps que TÉgypte moderne le fut par nos armes. On connaît le magnifique ouvrage qui est resté comme Timpérissable souvenir de cette expédition, guerrière dans son principe, et scientifique pour la postérité.

Vers la même époque, se forma une école qui associa le texte des auteurs de Fantiquité à l'interprétation des monuments. L'un des chefs de cette école fut Millin , qui se fit d'îi-

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bord connaître par son ouvrage intitulé : Monuments antiques inédits ou nouvellement expliqués. Les savantes recherches de Mongez, insérées dans les Mémoires de Tlnstitut, touchant Texplication des statues antiques; Touvrage de Lanzi sur les antiquités des Etrusques et de quelques autres peuples de Tltalie; les célèbres travaux sur les monuments classiques de Rome et de Naples, de MM. Rossi, Fea, Testa, Cancellieri, marquent les premiers progrès de 1 archéologie monumentale dans ce siècle. Depuis, la science a dû à M. Vermiglioli, de Pérouse, de belles leçons sur Tarchéologie et sur rinterprétation des monuments étrusques; à M. Micali , une histoire approfondie des peuples qui élevèrent ces monuments; à M. Ingnirami, des recherches du même genre, publiées sous ce titre : Monumenti etruschi e di etrusconome; à M. Alessandri et au comte Gapponi, un utile exposé des trésors contenus dans la galerie de Florence. Les travauxarchéologiques de MM. Cattaneo et Malaspina de Milan, et de MM. de Balbe, Napione, Peyron, Gazzera, de Turin, doivent être aussi honorablement mentionnés.

La collection des monuments mexicains publiés en Angleterre par lord Kingsborough a excité une attention dautant plus sérieuse qu'elle a démontré lorigine asiatique des peuplades américaines. Le Panthéon égyptien y de MM. ChampoUion et Dubois, a répandu la plus intéressante lumière sur Tétude des monuments de TEgypte et sur la variété infinie de la représentation des divinités adorées par cet ancien peuple. Ce bel ouvrage est continué aujourd'hui par M. ChampoUion, frère de l'illustre défunt, et par M. C. LenoMnant. Les Ruines d'Athènes,

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ouvrage posthume de Stuart; les Monuments de la France, par M. de Laborde; le Voyage en Es^ pagne j par le même auteur; la description toute récente de TAlbambra, par MM. Goury et Jones; et les recherches auxquelles l'Angleterre se livre en ce moment, avec ardeur, pour retrouver et expliquer ses reliques romaines , galliques , saxonnes et normandes, servent à constater les progrès de cette partie de Tarchéologie proprement dite qui porte sur les antiquités topographiques.

En ce moment^ une heureuse impulsion est donnée en France à Farchéologie chrétienne :

On s'occupe de décrire et de dessiner les églises quiypar les sculptures de leur portail, leurs porches latéraux et leur double flèche, sont d'imposantes reliques de larchitecture des xii et xv« siècles. La religion est ctudiée dans 1 histoire de ses antiquités monumentales. Déjà dei> chaires d'archéologie chrétienne sont créées dans quelques-uns des établissements où de jeunes lévites reçoivent renseignement qui les rendra propres au saint ministère.

La dactyliograpbie , ou l'étude des pierres gravées, a donné lieu à plusieurs ouvrages importants, parmi lesquels nous citerons : les Pierres gravées inédites^ tirées des plus célèbres cabinets de [Europe^ par Millin; le Choix de pierres gravées antiques^ égyptiennes et persanes^ par M. Dubois; la publication des Scarabées égyptiens figurés, du Musée des antiques de Vienne y par M. Steinbuchel, conservateur de ce musée. M. Murr, de Dresde, et M. de Kœhler, de Saint-Pétersbourg, ont publié d'excellents traités élémentaires que Ton peut consulter avec fruit pour y étudier les rudiments de cette branche de Tarchéologie.

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L^iconographie, ou Fétude des portraits des personnages célèbres , a produit le célèbre ouvrage dans lequel Visconti rassembla par Tordre de Napoléon les images de tous les personnages illustres de l'antiquité.

La numismatique, ou Tétude des médailles, compte au premier rang des savants qui Ton t cultivée avec honneur : Mionnet, auteur d'un< Description des médailles antiques grecques et romaines y ouvrage qui résume avec une excellente méthode tous les travaux antérieurs à ceux du xix*^ siècle; l'abbé Sestini, h qui Ton doit des lettres utiles à consulter sur les médailles de t Orient; M. de 8acy, qui a expliqué les légendes des médailles frappées en Perse sous les roisSassanides^M.Wahhy auteur d'un ouvrage publié récemment à Londres sur les Médailles destinées à éclaircir les progrés du christianisme dans les premiers siècles.

La paléographie, ou Tétude des monuments écrits, a exercé un grand nombre d'esprits distingués qui lui ont rendu un culte assidu; je dois citer en France : MM. Letronne, Boissonade et Raoul-Rochette, qui appliquent à l'histoire l'interprétation des inscriptions tracées sur les marbres soit de TEgypte, sous la domination romaine, soit de l'ancienne Grèce; Tillustre Ghampollion, qui a été l'Œdipe de l'énigme proposée par le sphinx égyptien; M. Orioli , de Bologne, qui a retrouvé , à l'aide des inscriptions des pierres étrusques, le système numérique de ce peuple; M. Spotorno, auteur d'un ouvrage dans lequel il a résumé scientifiquement les précepte.-* de la paléographie, et qui a été publié à Savone sous ce titre : Trattato dell arte epigrafica; en Angleterre, le docteur Young, et MM. Bnrton et Wil-

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kinson, qui se sont spécialement occupés des liiéroglypnes; en Allemagne, MM. Boeck, Kosegarten et autres érudits, dont la patiente sagacité s'exerce à lire les manuscrits sur papyrus. On sait que ces manuscrits sont des rouleaux qui se trouvent dans les cercueils ou sous les bandelettes mêmes des momies.

Je vais maintenant résumer Thistoire des découvertes qui ont été faites dans Técriture hiéroglyphique des anciens Egyptiens, et qui œar- (juent les plus notables progrès de la science archéologique depuis le commencement de ce siècle. Le difficile est de faire la part à chacun des savants qui ont arraché aux monuments du r<il le voile des âges. Déjà, dans le xvin" siècle, on avait lutté avec ardeur contre le mystère des hiéroglyphes, mais on ignorait encore si ces symboles représentaient les lettres de l'alphabet. Jablonsky chercha à prouver dans un opuscule publié en latin, vers 1804^ sur les antiquités égyptiennes, que la langue dont ce peuple s'était servi n'était autre que le cophte , idiome encore employé aujourd'hui par les prêtres égyptiens. M. Quatremère donna beaucoup de poids à cette conjecture dans ses Recherches sur la langue et la littérature de l'Egypte, qui parurent en 1808. Mais, guidés par cette supposition que les inscriptions égyptiennes étaient composées de lettres réelles, d'autres savants étudièrent les inscriptions tracées sur une pierre découverte par les Français durant leur expédition en Egypte, et nommée pierre de Rosette , parce qu'elle avait été trouvée dans les fondations d'un fort bâti près de cette ville. On présuma que ces inscriptions, qui étaient au nombre de trois, avaient le même sens : Tune était en grec, l'autre

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ou caractères hiéro(];lypliiqucs, et la ttoisièiue selon Tespèce d'écriture , nouHure dcmotique tm populaire. Comme ou soupçonuait que crttiî dernière était composée, en partie, de caractère» alphabétiques, on la prit daoord pour objet d'étude, et on la confronta avec Tinscription grtu:que qui contenait des noms propres. M. Sylvestre de Sacy découvrit le premier que les caractères employés dans les groupes qui semblaient correspondre, dans Finscription démotique, aux noms propres de Finscription grecque, étaient les éléments de Falphabet. 11 était réservé au docteur Young d'attacher son nom à cette partie de la paléographie égyptienne : on lui doit la formation complète de Falphabet domotique. Les heureuses circonstances qui ont favorisé ses recherches sont consignées dans Fouvrage qu'il a publié à Londres, en i823, sous ce titre : Détail de Quelques découvertes récentes dans l écriture hiéroglyphique.

Mais c'était la gloire d'arriver à la découverte d'un alphabet hiéroglyphique qui tentait surtout la généreuse ambition des archéologues.

Le docteur Young parvint à déchiffrer dans l'inscription de la pierre de Rosette un groupe signifiant un nom propre , qu'il lisait ainsi : Ptolemeas (Ptolémée). Un obéliste trouvé dans l'ile de Philœ confirma ces conjectures. Ce même nom de Ptolémée , écrit en grec sur la base de ce monument, se trouvait représenté dans les hiéroglyphes que Fobélisque portait aussi, de la même manière que sur la pierre de Rosette. Le nom de Cléopâtre,'qui se trouvait à côté de Ptolémée dans Finscription grecque de cet obélisque, aida le docteur Young à vérifier l'identité des signes qui représentaient dans l'é-

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criture hiéroglyphique les trois lettres P. T. L., communes aux deux noms : Ptolémée et Cléopâtre.

Les autres lettres contenues dans ce dernier nom furent déchiffrées par Ghampollion. Cependant rhonneur de cette découverte lui fut disputé par M. Bankes, qui prétendit avoir devancé le savant français. Mais celui-ci ne tarda pas à franchir d'un pas rapide la lice ouverte, et à laisser ses rivaux bien loin derrière lui. Il ne se borna pas à lire sur les monuments égyptiens les noms propres répétés sur leurs bases en lettres grecques : il déchiffra tous les noms anciens , et débrouilla, par un procédé qu'il avait élevé seul à une hauteur scientifique, la liste des dynasties successives qui avaient gouverné l'Egypte. Les travaux qui ont rendu son nom impérissable ont confirmé ou fourni sur la paléographie égyptienne les notions suivantes , qu'il a consignées dans sa Grammaire, et qui font aujourd'hui autorité dans le monde savant.

Les anciens Egyptiens avaient trois systèmes d'écritures :

i" L'écriture hiéroglyphique, composée de figures qui représentent les animaux, les plantes, les astres, l'homme ou les divers objets fabriqués par l'industrie humaine. Ces signes, qui sont environ au nombre de huit cents, sont alphabétiques dans une proportion qui égale au moins les deux tiers de leur nombre total. Pour représenter une lettre, la figure employée est celle de l'animal ou de la chose qui, dans la langue vocale, commençait par cette lettre même: ainsi la lettre L était représentée parle lion, parce que le nom du lion était Labo; la lettre T était figurée par une main , parce que le nom de la main était

Tôt y etc. Tous les autres hiéroglyphes étaient fi* guratifs ou symboliques.

2" L'écriture hiératique ou appartenant aux prêtres , composée de signes qui ne sont autre chose que les abrégés des caractères hiéroglyphiques , surtout de ceux qui représentent des lettres.

3** L'écriture démotique, qui n'emploie presque plus de signes figuratifs , et qu^on peut regarder comme Técriture courante.

Après avoir posé les fondements de son système dans son ouvrage intitulé: Pr^cw du système hiéroglyphiaue des anciens Egyptiens ^ Champollion tâcha de débrouiller les annales de TEgypte^ à Taide des curieux documents qu'il avait trouvés dans le Musée royal égyptien de Turin. Ses découvertes sur l'histoire et la chronologie de la vieille Egypte se trouvent rappelées dans une série de lettres adressées à M. le duc de Blacas.

L'histoire des dynasties égyptiennes a été complétée par le beau travail de M. Barton, lithogi^phié au Caire sous ce titre : Recueil dliiéroglyphiqueSy et par le savant Traité hiéroglyphique publié à Malte par M. Wilkinson. Ces deux archéologues ont employé plusieurs années de séjour en Egypte à copier, à graver et à déchiffrer les plus curieux monuments de ce pays.

Le mystère deshiéroglyphes chinois commence aussi à être pénétré. Dans son ouvrage publié à Macao sous le titre : Systema vhoneticum scripturce sinicasy M. Callery a essayé de rendre compte de l'usage des caractères chinois, dont les uns constitueraient un alphabet de signes fondamentaux et phonétiques, et les autres une suite de caractères composés qui exprimeraient toutes les acceptions diverses qui peuvent être données

ito PREMIER LIVRE . SCIENCE DE L'HOMMEU

aux premiers. M. Callery a employa beaucoup d années à étudier et à comprendre le mécanisme de la langue chinoise : il en faudra aussi un certain nombre au public pour comprendre et apprécier sa découverte.

McBCC et la Mclété.

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