CHAPITRE I
Agriculture,
Les progrès de Fagriculture peuvent être considérés : i^ dans l'amélioration des bestiaux indigènes, ou dans l'introduction de nouvelles races d animaux domestiques; 2!^ dans les procédés de la culture appliquée soit à de nouvelles espèces de végétaux, soit à des terrains déjà productifs qull s'agit de rendre plus féconds , ou à des espaces stériles qu'il importe de défricher.
L'illustre Daubenton, qui fut longtemps le collaborateur de Buffon, a laissé d'excellents préceptes dans Fart de croiser les bétes à laine et de former des espèces intermédiaires. Au commencement de ce siècle, il donna lui-même dans sa bergerie de Montbard d'utiles exemples : il réussit L'un des premiers à croiser les bêtes à laine de £ace espagnole avec nos brebis indigènes, et inventa un instrument pour mesurer la finesse des toisons produites par les méthodes qu'il enseigna. MM. Tessier, Gilbert et Huzard ont rendu aussi, dans le même genre, d'importants services à l'agriculture française.
L'art d'élever les races bovines a reçu de notables. perfe<çtionnements. Des soins plus attentifs ont été donnés aux baraa. Cependant les races de-
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nos chevaux ne sont pas sensiblement améliorées . L'Angleterre, la Hollande et la Suisse ont fait des progrès bien plus rapides dans l'élève des races d'animaux domestiques. Bakewell s'est rendu célèbre par l'art perfectionné d'élever les animaux: et de donner à chaque race le genre de développement et de beauté qui peut lui assurer la plus grande valeur possible.
Une assez grande variété de végétaux étrangers a été introduite dans notre agriculture. Nous n'avons pas besoin de rappeler que la culture de la pomme de terre et du maïs est due auxgénéreux efforts de Parmentier. Le blé de Sicile et le lin de Riga commencent à se répandre en France ; on y cultive maintenant le grain particulier dont la paille flexible est appliquée en Toscane aux usages de l'industrie. Déjà depuis longtemps le coton herbacé est naturalisé dans nos provinces méridionales; un grand nombre d'arbres des deux Amériques s'acclimatent dans nos forêts restaurées.
L'extension donnée à la culture du mûrier, de rindigo, de la garance, du pastel et particulièrement de la betterave, sert à caractériser les progrès les plus récents de l'agriculture. La culture delà vigne a reçu, dit-on, un accroissement qui ne s'est pas trouvé en rapport avec la population. On aurait laissé dégénérer l'ancien vignoble qui donnait un produit plus délicat que productif. On cherche ainsi à expliquer par cette surabondance de plantations communes les souffrances actuelles de cette branche si intéressante de notre industrie agricole. Mais la véritable cause du mal est dans l'exagération des droits d'octroi à l'entrée des villes , et dçs tarifs douanier$ aux frontières çlu royaume.
SCIENCE DE Là NATURE. i4$
L'art de tirer de la terre les plus grands produits qu'elle puisse donner, grâce à la perfection de la culture, a fait dans tous les pays d étonnants progrès. La pratique des assolements, la multiplication des prairies artificielles , et Fhabitude d'alterner les productions et de varier la nature des engrais suivant les dispositions et la qualité du terrain, ont récompensé par de prodigieux résultats les travaux et les efforts des agriculteurs. C'est surtout en Angleterre que la concentration des propriétés dans un petit nqpibre de familles a permis d'appliquer sur une large échelle ces utiles procédés: aussi Facre de terre anglais donne-t-il un produit deuxfoisplus élevé que larpent français. Mais n'oublions pas que la division des propriétés est au contraire avantageuse à Fagricultuire, là où les bestiaux sont rares et la main-d^œuvre abondante. L'un des pfus grands perfectionnements qu'ait reçus l'agriculture consiste dans la découverte de nouveaux engrais ; cette industrie a été éclairée des précieuses lumières de la chimie. On a connu les qualités stimulantes ou modératrices des engrais dans leurs rapports avec les substances végétales. La puissance fécondante dés os pulvérisés à l'aide de la vapeur a été généralement appréciée. La chair musculaire réduite en poudre, le noir animal et le noir résidu des raffineries sont les engrais le plus récemment découverts (a). Un cultivateur nommé Pierre Jauffret a trouvé d'utiles procédés pour décomposer promptement des matières organiques. Son mérite est surtout d'avoir donné artificiellement aux engrais végétaux les sels que
(a^Bapport sur les produits derindastrie française en i834» par le baron Charles Oupin. — Introduction.
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communique au fumier ordinaire la matière animale.
Une des tendances les plus remarquables de Tagricultiure dans ces derniers temps consiste à mettre en valeur les terrains qui étaient en friche. La plantation des pins maritimes , pour la fixation des dunes qui exposaient des terrains immenses à d'effroyables désolations, s'est multipliée et perfectionnée. 'L'honneur d avoir constate l'efficacité de cet important travail est attribue depuis longtemps à M. Bremontier.
La masse des terres en landes, bruyères, etc. , susceptibles d'être rendues en France à l'agriculture, est évaluée à 2,616,040 hectares. Des sociétés se sont formées pour mettre en valeur cette partie oonsidérable du royaume; déjà quelques-unes d'entre elles sont en pleine activité. M. de Pommeusea publié d'excellents travaux sur les moyens dç résoudre toutes les difficultés qui s'opposent au défrichement de ces terres^ incultes. L'Angleterre s'occupe également de cette importante question. Ses économistes les plus distingués font valoir avec force la nécessité de secourir la détresse de la population rurale enmettant en valeur les i5,ooo,ooo d'acres de terre en friche qui, dans le Royaume-Uni, sont susceptiblesdeculture-.laplupartdesÉtatsderEurope ont opéré le défrichement de leurs territoires
Ï)ar la fondation de colonies agricoles. L'Autriche, a Bavière, le Danemark, la Prusse, les Pays-Bas, l'Espagne, l'Italie, ont appliqué ainsi l'agricul-. ture au soulagement des classes indigentes.
Ce qui hâtera les progrès de l'agriculture en France, c'est la multiplication des écoles pratiques et des fermes-mode les. La ferme exemplaire de Roville, longtemps dirigée par M. de DoxoDasle,
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est deyen ue célèbre par les travaux et les écrits de ce savant agronome. Plusieurs autres établissements du même genre rivalisent d'efforts pour perfectionner la science agricole en France. La création de comices agricoles sur les divers points du territoire promet aussi de produire les plus heureux fruits. L'introduction de méthodes abré- Tiatives dans le travail agricole, le perfectionnement des voies de communications, la création de quelques institutions de crédit , des modifications dans les lois qui régissent la vaine pâture et le droit de parcours : tels sont les moyens qui ont été indiqués par plusieurs écrivains agronomes comme pouvant remédier aux souffrances de Fagriculture franiçaise.