‹ Génie du dix-neuvième siècle: ou Esquisse des progrès de l'esprit humainChapitre 37 sur 88 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Botanique.

La physiologie végétale a fait de grands pro« grès , grâce aux travaux de Lavoisier et aux expériences de Sennebier, Théodore Saussure et Crell. Les recherches dlngenhous et de Duhamel ont dissipé les incertitudes qui existaient encore sur les routes de la nutrition dans les végétaux, et sur Taccroissement du tronc et de la racine dans les arbres et les plantes vivaces. M. Desfontaines a démontré que cet accroissement était dû au développement et à Tinterposition de nouvelles couches de fibres ligneuses, et il a particulièrement observé que cette interj^^iÙQp »;ai| Uêu Y9ri te ceutre^ entre le vieui^

bois et récorce. Cuvier a signalé cette découverte, dans son mémorable rapportsur les progrès des sciences naturelles, comme Tune des plus belles et des plus fécondes dont notre période ait enrichi la physiologie végétale.

L*anatomie des végétaux a été particulièrement étudiée, en Allemagne par MM. Link et Cotta et M. Rudolpbi, et en France par MM. Mirbel, de GandoUe, Dupetit-Thouars , Turpin et Dutrochet. Leurs intéressantes recherches se sont portées sur tous les mystères de l'organisation végétale. M. de Candolle a signalé Texistence des pores dans les plantes; M. Mirbel, celle des trachées qui servent à la circulation de la sève. M. Dupetit-Thouars s'est occupé de la destination de la moelle qu'on observe dans Taxe des {)Iantes, et qu il considère comme un tissu celluaire dilaté , dont l'objet est de nourrir les racines des bourgeons. Le professeur Schultze cherche en ce moment à démontrer l'analogie qui existe entre l'impulsion circulatoire des liquides dans lés plantes et le système nerveux central chez les animaux supérieurs. Un botaniste de Leyde, M. Brugmans, a publié il y a déjà longtemps le résultat de ses observations sur la force particulière qui fait mouvoir ces fluides dans le tissu végétal; cependant la nature et le siège de cette force échappent encore à la science. Un nouveau système sur le développement des divers tissus de la plante a été proposé assez récemment par M. Gaudichaud; il a cherché à prouver que ce mode de développement avait lieu de haut en bas, c'est-à-dire descendait de l'extrémité. des branches vers sa racine.

Le phénomène de la fécondation dans les vé- ^étms, est aujour4'hi:ii complètement démontréi

M. Turpin est ]e premier qui reconnut la voie par laquelle cette técondation s'exécute; mais les recherches les plus récentes ont eu pour objet d'étude ce même phénomène dans les plantes qui n^ont ni fleur ni fruit, et dont les graines sont si petites qu'elles demandent à l'observation un prodige de patience et de sagacité. Ces plantes sont les champignons, les mousses, les fougères, etc.

M. Turpin , en étudiant la physiologie générale de ces végétaux, les a reconnus composés, malgré leur extrême simplicité, d'autres végétaux^ élémentaires , les uns globuleux , les autres filamenteux, qui se trouvent dans toutes les eaux muqueuses , douces ou salées. Ces corps microscopiques formeraient, selon lui, le premier degré de la nature organique , et en s'entremêlant par une agglomération de plus en plus compliquée, serviraient de fondement à toute Torganisation végétale (a).

MM. Brongniart et Dumas ont observé et décrit, en se servant du microscope A'Amici^ les formes de la poussière des étamines.

La germination des plantes a été aussi étudiée par MM. de Humboldt, Desfontaines et Dutrochet. Les mouvements extérieurs des végétaux ont excité la vive attention des botanistes , mais ces contractions végétales qui ont quelque analogie avec les mouvements que Tirritation produit dans les animaux, ne sont pas encore bien expliquées.

La classification des plantes fut d'abord essayée parTournefort, qui prit pour base de sa méthode la consistance herbacée ou ligneuse de

(a) Mém. de FAcad. des Sciences, t. '}UV, p. io5.

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leurs tiges et la forme ou l'absence de leurs corolles. Linnée vint ensuite et fonda un nouveau système sur la présence et le nombre des étamines et des pistils ; il forma en tout vingt-quatre classes de végétaux, dont la dernière est composée des plantes qu'il considère comme dépourvues des organes sexuels et qu'il nomme Cryptogames, Cette classification règne encore en Angleterre, en Allemagne, et en général dans toute la partie septentrionale de l'Europe; mais cette classification n'était pas exempte de défauts : elle réunissait dans une même famille des espèces disparates, et les groupes étaient souvent formés d'après l'existence de quelque organe isolé qui était choisi assez arbitrairement, et pouvait faire défaut. Les botanistes sentirent donc le besoin de fonder la méthode naturelle des plantes sur lexacte comparaison de leurs divers organes : la gloire de réussir dans ce difficile travail était réservée à M. Laurent de Jussieu. 11 a enrichi la science d'une nouvelle méthode, qui, aux yeux des principaux naturalistes , est la plus parfaite que l'on connaisse : elle consiste à diviser d'abord les plantes en trois grandes classes: dans la première entrent celles dont la graine est divisible en deux parties, telles que le haricot, l'oranger, la citrouille, etc.; dans la seconde sont comprises celles dont la graine forme un tout homogène et indivisible, tels que le blé, le maïs, le dattier, etc.; dans la troisième, Jussieu a rejeté celles qui n'ont ni fleurs, ni fruits, tels que les champignons, les mousses, les fougères, etc. Les plantes de la première classe sont nommées dîcotYlédones, celles de la seconde monocotjlédones ^ celles de la troisième acotylédones. Chacun de ces trois embranche ments a reçu, conformément aux différences

SasKCE DE LÀ NATURE. iSt

secondaires observées entre les végétaux qu'il* renferment , des subdivisions admirablement ordonnées. La plantation du jardin du Muséum français a été faite d'après ce système, qui a été reproduit dans tous les ouvrages descriptifs publiés par nos plus habiles botanistes ; la méthode a d'ailleurs été perfectionnée dans Tordre des genres qui composent chaque famille.

M. de Candolle a cherché le rapport qui existait entre les formes extérieures des plantes et leurs propriétés médicales : par-là il a donné une utilité positive à la classification des végétaux f puisqu^il a enseigné à reconnaître les vertus des plantes par la place que leur assigne la forme ^e leurs organes sécrétoires.

La botanique a excité dans tous les pays une vive émulation entre les savants. Le Danemark, TAutriche , la Hongrie, l'Angleterre , ont possédé leurs flores respectives. Chaque famille de plantes a été particulièrement étudiée, chaque genre a eu sa monographie ; MM. Hoffmann, Skunr et Frœlich en Allemagne , MM. Smith et Swarz en Angleterre, MM. de Candolle, Lambert, Bulliard, Dupetit-Thouars en France, se sont distingués par ce genre de recherches.

M. Willdenovi^ est le premier qui ait signalé les caractères généraux de toutes les flores des différentes parties de FEurope : il établit une flore du Nord, une flore helvétique, une flore des Pyrénées, une flore des Apennins. Laniark partagea tous les végétaux de la terre en huit flores principales : la flore de Virginie, la flore des Indes occidentales, celle des Indes orientales, la flore africaine , la flore anstrasienne , la flore antarctique, la flpre du Nord et celle de TOrient.

Les progrès de cette science ont été accélérés

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par les explorations de nombreux voyageurs sur tous les points du monde. MM. de Humboldt et Bonpland ont recueilli , au nombre de plus de cinq mille espèces , les plantes du Mexique , du Pérou et de la Colombie. Les végétaux du Brésil ont été étudiés par Spix, Mikan et Schott, et par le prince Maximilien Neuwied. Leurs recherches , complétées par d'autres naturalistes , oiit amené la découverte de plus de dix mille espèces. L'Amérique du Nord a été explorée par le prince Paul-Guillaume de Wurtemberg; FEgypte, FArabie et la Syrie ont été parcourues par MM. Ehrenberg et Hemprich , qui ont considérablement augmenté les collections du muséum de Berlin. M. Wallich, directeur du jardin 4e botanique de Calcutta, a fait connaître un grand nombre de plantes qui croissent dans les Indes. Il nous serait impossible de mentionner tous les voyage§ et tous les travaux qui ont favorisé les progrès de la botanique. Il nous suffira de dire que Linné e n avait connu et décrit que huit mille plantes, et que M. de Candolle porte le nombre des végétaux connus aujourd'hui à cinquante-quatre mille , c'est-à-dire à près de la moitié du nombre total des végétaux du globe , qu il évalue à cent vingt mille espèces.

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