‹ Génie du dix-neuvième siècle: ou Esquisse des progrès de l'esprit humainChapitre 38 sur 88 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Médecine.

Le but de la médecine est de trouver les différences ou les analogies générales qui existent entre les maladies, et de fonder sur ces observa-

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tions un système propre à les réduire en un corps de science.

Au commencement de ce siècle, deux théories opposées se disputaient le domaine de la pathologie. Tune attribuant toutes les maladies à Taltération des liquides dans le corps humain, Tautre à la lésion des solides, c'est-à-dire des parties nerveuses et organiques. La première, connue sous le nom de pathologie humorale^ fondée par Boerbaave, prévalut en France et en Allemagne, et compta parmi ses plus célèbres défenseurs Vogel, Selle et StoUe ; la seconde, appelée solidisme^ fut d'abord développée par Hoffmann, puis propagée par les travaux ae Haller sur rirritabilité musculaire, et portée enfin jusqu'à sa dernière expression par les doctrines hardies deCullen, médecin écossais.

La théorie de cette dernière école amena un nouveau système qui n'était, du reste, que le rajeunissement de principes qui avaient régné il y a plusieurs siècles. Ce système, auquel le docteur Brown a donné son nom, consiste à admettre texcès de force et [excès de faiblesse conune les deux grandes sources de toutes les maladies. La force vitale est regardée comme pouvant nuire à la vie même , soit par épuisement, soit par surabondance. Cette doctrine jeta un grand éclat en Allemagne, et surtout en Italie; cependant elle y reçut d'importantes modifications.

En Italie, JRasori regarda certaines puissances appliquées à l'économie du corps humain comme jouissant d'une propriété sédative, et les nomma contre-stimulants. C'était s'écarter des idées de Brown; car celui-ci avait affirmé l'identité d'action entre tous les agents extérieurs qui influent en

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quoi que ce soit sur la fibre vivante. Tomtnàsini professa dans Funiversité de Bologne une doctrine à peu près semblable. Les médecins italiens arrivèrent à rejeter la distinction établie par Brown en maladies sthéniques et asthéniques {a); Bondioli, Monteggia, Gianini, se rangèrent à ce principe, que la nature des maladies n'était pas toujours conforme à celle des causes qui les produisaient, et tiraitèrent par la méthoae adoucissante la majeure partie des fièvres attribuées par Brown à l'excès de faiblesse. La théorie de ce dernier trouva encore un défenseur dans le docteur Amoretti de Turin, qui s'est montré fidèle à l'ancienne distinction des maladies, dans un ouvrage publié en 1 817, et intitulé : Nuova teoria délie febriy etc.

En Allemagne, Joseph Franck se distingua par un mélange assez habile de la doctrine brownienne avec celle qui voyait le principe de toutes les maladies dans l'altération des humeurs. Hildenbrand osa nier complètement le principe fondamendal du brownisme, en proclamant qu'aucune fièvre ne provenait d'une diminution de l'énergie vitale. Hufeland, en renonçant à l'emploi des stimulants, déserta dans la pratique les traces de Brown.

Eu Angleterre, la doctrine du solidisme se glorifie d'un long règne qui ne dédîne pas encore. Quand les médecins 1 abandonnent, c'est pour tomber avec exagération dans les idées de Brown sur les asthénies. En général , ils ignorent en médecine ces pauses qui permettent d'observer la nature et de la laisser agir; ils semblent toujours se défier d'elle , ne l'attendent

(a) Âsdienia, de k privatif et de 90(yo$; force.

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jamais, et médicamentent sans relâche. Cependant quelques médecins distingués ont su pro-^ fiter avec succès des progrès de la physiologie dans la pratique de leur art. Nous noiumerons entre autres le docteur Hall , qui s'est beaucoup occupé du traitement des fièvres; M. Scudamore, auteur d'un excellent traité sur la goutte; Bigsby, connu par ses travaux sur les effeis du poison; John Hunter, grand observateur des ca« ractères de Tinflammation; Abernethy, Fun des plus célèbres médecins de l'Angleterre, auteur d'un savant ouvrage Sur Vorigine et le traitement des maladies locales; Park, estimé par ses recherches sur les sympathies organiques.

En France, la médecine humorale a longtemps prévalu. Le célèbre Bordeu, dont la gloire a rejailli sur la faculté de Montpellier, est le premier qui ait rattaché d'une manière savante les maladies aux organes et accéléré la ruine de Thumorisme. Barthez observa beaucoup les phénomènes sympathiques, mais se distingua plutôt par la sévérité de sa méthode que par la nouveauté des découvertes. Cabanis concourut à ruiner le système de Thumorisme en établissant que les solides, c'est-a-dire les nerfs, sont les liens qui, dans l'homme, unissent le physique avec le moral. Corvisart, portant dans la médecine le flambeau de Fanatomie, fit dépendre uniquement les maladies de Fakération des organes. Le bel ouvrage de Pinel intitule Nosographie philosophique fut composé dans les mêmes vues; mais la plus récente révolution "^lui ait été faite dans le sens de ces doctrines médicales est due au docteur Broussais. Selon ce hardi réformateur, toutes les maladies sont primitivement locales : dans celles mêmes qui paraissent le plus

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générales, comme la fièvre inflammatoire, intermittente, les névroses actives, etc., rirritation n'attaque pas également tous les tissus, de sorte qu'il est toujours possible d'assigner à Finflammation un siège précis, et de désigner les régions de Téconomie qui ne souffrent que d'une manière secondaire et celles qui demeurent en quelque sorte dans un état de neutralité. L'irritahilité désordonnée des fibres musculaires est la cause de tous les maux du corps humain, de sorte qu'il ne faut voir dans la maladie que l'exagération du principe de la santé. Ce système, qui a joui d'une grande vogue , tient peu de compte de la sympathie qui unit les organes entre eux, traite Tâme humaine comme si elle n'était pas, en guérissant un organe produit quelquefois la lésion d'un autre, ramène par l'excès de faiblesse la fièvre qu'il attribue à l'irritation, et enlève au patient sa dernière étincelle de vie. Déjà on commence à ne plus appliquer cette doctrine qu'aux maladies aiguës.

L'anatomie pathologique , ou l'étude tles maladies par Texamen des cadavres, est devenue le plus sûr et le plus fécond auxiliaire de la médecine. Morgagni, célèbre anatomiste de Padoue, a remporté la gloire d'avoir cherché le premier dans le sein des morts des secrets utiles au salut des vivants. Huriter est connu par le beau cabinet d'anatomie qu'il possédait à Londres ; Portai et Corvisart ont dû leur réputation en France à ce genre de travaux.

On s'est beaucoup occupé dans ces derniers temps de dresser des nosologies^ c'est-à-dire des classifications méthodiques des maladies; mais ces catalogues ne peuvent avoir la précision et la netteté qui appartiennent à la botanique , car les

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symptômes ne sont pas aux maladies ce que les feuilles et les tiges sont aux plantes. Des travaux intéressants ont été publiés sur des maladies particulières.

La thérapeutique ou Fart de guérir fait de continuels progrès. La découverte de la vaccine appartient à la fin du xviii* siècle, mais les expériences qui ont constaté l'efficacité de cette immortelle découverte sont du xix*. La matière médicale aété enFrance Tobjet des travaux deMM. Alibert, Barbier, Swediaur^Parmentier; en Italie, de M. Carminati ; en Angleterre, de M. Murray ; et en Allemagne, de M. Arnimann.

Dans la même période , la chirurgie s'est perfectionnée par le zèle et le talent d'un grand nombre d'hommes dont l'humanité souffrante a béni les noms. Il suffira de citer pour la France les noms de Bichat, Dupuytren , Percy , Ijarrey , Leroy d'EtioUes, etc.; pour l'Allemagne, ceux de Ricfater , Siebold , Mursinna , Weidmann ; pour l'Italie , ceux de Scarpa et Flajani ; pour l'Angleterre , ceux de Benjamin Bell et Jean Bell, Gline et Asthley Gooper.

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