CHAPITRE II
Supports de la religion chrétienne avec la science de F homme depuis le commencement de ce siècle.
Le trait général de la littérature du xix* siècle est un goût singulier pour Fétude des passions humaines ; jamais 1 ame n'a été plus subtilement analysée que durant cette période qui mesure notre vie même. Au commencement de ce siècle, d'affreuses tempêtes grondaient partout sur le monde social. Au milieu des débris de tant de trônes renversés avec la rapidité du tonnerre , devant ces coups prodigieux de la fortune qui renouvelait dans une journée la face des empires, les hommes se sont accou" tumés à se glorifier ou à souffrir outre me-
(o) Psaume cx;ixyiu, 6, 7, S,
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sure. Au rétablissement de la paix générale , Texpression des pensées et des sentiments de lame a été Técho mélancolique de Forage. Audehors régnaient le calme et le silence, mais de grandsbruits se faisaient encore entendre au fond des cœurs. Chacun rentrait dans sa conscience comme dans une habitation dévastée par la guerre. Les lettres ont dû servir d'interprètes, tantôt aux transports de la fureur et aux imprécations du désespoir contre les hommes et Dieu même, tantôt aux sombres rêveries du doute sur la justice de laProvidence; tantôt à la résignation de la foi, devinant que l'harmonie est cachée sous le désordre, et qu un prix infini est réservé à la vertu souffrante.
Les caractères de la littérature ont donc été , au XIX* siècle, la subtile et profonde analyse des plus tristes pensées de Thomme , la lugubre traduction de ses découragements et de ses révoltes contre son Créateur, la peinture variée de cette ironie amère qui, la mort dans le cœur et un faux sourire sur les lèvres, nous présente les restes du poison qu elle vient déboire; enfin les mélodieux accents de la foi qui rêve l'immortalité.
Une autre marque de la littérature contemporaine a été la reproduction des mœurs nationales. A mesure que les existences des peuples se sont raffermies, les images de la patrie ont eu plus de charmes: chaque nation, en reprenant possession d'elle-même, s'est livrée au plaisir de s'étudier et de se décrire. Les peuples ont dû éprouver le même sentiment que nous avions attribué aux individus ; ils se sont fait raconter les beauxjours de leur histoire, et ont aimé à voir leur vie publique plonger ses racines dans le passé. Une semblable disposition ne peut qu'imprimer aux littc^ra-
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tures des nations modernes tin sceàa die plus en
!>lus chrétien : car la muse de la religion est à là ois celle du souvenir et de Tespér ance.
Tel sera aussi Theureux effet de ciet incroyable besoin que tons les écrivains modernes ont éprouvé de percer les couches de Tâme, et de chercher les filons encore inconnus des moindres trésors qu'elle renferme. Plus Thomme se connaîtra lui-même, plus il approfondira les besoins de son être. Comment , à force de regarder ses blessures , le malade n'invoquerait-il pas le remède' qui peut le guérir ? L'âme privée de Dieu ressemble à un temple inachevé : on n'y voit que le piédestal de la statue absente ; la vérité, qui se retire, fait vide partout. Le christianisme est pour le cœur ce que la loi de la gravitation est pour l'univers : car la conscience à ses phénomènes comme la nature, et l'homme porte en lui les promesses miraculeuses d'une révélation. Je ne crains pas de le dire , une littérature tout emportée qu elle est à la fausse liberté du mauvais goût, tout enivrée de songes extravagants ou criminels, toute dévoyée même dans Timpiété d'un panthéisme idolâtre , n'est pas encore si loin de la vérité chrétienne qu'elle ne pui^^e un jour lui redemander ses inspirations , si elle ne cesse d'interroger les souffrances de l'hottftnc.
Le Xvine siècle s'est occupé d'écrire l'histoire, mais dans un but hostile à la foi qu'il se flattait d'extirper de la conscience des peuples. Avant de connaître les faits , il préméditait les conclusions à en tirer; il n'interrogeait les débris du passé que pour faire à son tour une ruine nouvelle et immense , et le mensonge lui coûtait peu dans son implacable haine contre la vérité. De nos jours , l'incrédulité n'est plus furieuse ni agressive relie
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s'e^t faite superbe et indifférante. Déguisant son impuissance sous la couleur du mépris, elle n^a que foire, dit-elle, de porter ses mains sur ce qui meurt et s'en va dejsoi-même. A quoi bon pousser uti débris chancelant sous son poids , et qu un souffle, même sans orage, couchera au niveau de la terre ? Nous n'attaquerons plus la religion chrétienne, et un jour elle aura cessé d'être. H'est-ce pas le plus beau triomphe à remporter sur elle , que de la respecter dans ses derniers soupirs; et les nations qui auront cru jusqu'à l'heure suprême dans son éternité ne serontelles pas assez bien punies de leur stupide entêtement , par une fin que nulle violence ni aucun visible outrage n'auront précipitée?
Mais l'indifférence dans laquelle s^est enveloppée la froide et orgueilleuse incrédulité du Xïxe siècle a tourné contre elle dans l'étude] de rhistoire. Les faits^ n'étant plus dénaturés|,portent leur témoignage véridique; la place que le christianisme a occupée dans les destinées du monde reparattdans son incomparable grandeur, et les injustes calomnies des historiens du dernier siècle contre les pontifes chargés du gouvernement suptéme de l'Eglise sont signalées par les protestants eux-mêmes. On commence à rendre justice à l'empire d'une religion qui a sauvé le éionde de la corruption romaine et de l'invasion barbare , poli les moeurs , adouci les courages , éclairé les esprits, renouvelé les lois; qui^ mère et bienfisiitriee de l'Europe moderne , lui a remis le sceptre dé l'univers eti lui donnant la science, le génie et la charité, et qui est si ^bien mêlée à l'origine de toutes choses et au fonds commun de «is idées et de nos sentiments, que nous ne ftt80ii8 «vea qw ^'vre et pienser len ette, et par elle.
Les traces de Bossuet avaient été abandonnées, et les vues de Dieu sur la religion chrétienne n'ont plus été le grand secret du sort des empires. Une fois sortis de cette doctrine sublime , qui fait rouler tous les événements autour de la fondation et du progrès de cette religion qui durera plus que le monde, puisqu'elle lui survivra pour le juger, les historiens voient tout s*obscurcir et se mêler dans les affaires humaines; ils ont beau chercher une cause assez grande pour porter et contenir le reste des choses, ils ne sauraient y atteindre : après le christianisme, aucun intérêt n^est assez universel pour sembler le principe et la fin de tout. Cependant, comment
Justifier la notion d'une volonté éternelle, que es philosophes de nos jours consentent à recevoir dans leurs systèmes? Les uns nous regardent comme enfermés dans un cercle d^évènements qui, une fois épuisé, se renouvelle, de sorte que nous serions les jouets d'un caprice si stérile, qu'une seule combinaison toujours renaissante servirait de fin dernière aux sociétés humaines. Les autres voient dans le perfectionnement indéfini de l'humanité la cause de tout ce qui se passe ici-bas ; mais leffort de leur génie ne va pas Jusqu'à nous dire ce que c'est que la plus belle destinée de l'homme, ni en conséquence jusqu'à lier la source de ce progrès général avec les révolutions des empires; d'autres enfin trouvent plus habile et plus sûr d'admirer en tout événement une production immédiate de la Providence, et de s 'humilier devant la grandeur de cette cause formidable, jusqu'à lui sacrifier en détail la liberté de nos déterminations et le mérite de nos œuvres. Par là ils se déharfi^s^ciat dv^ $oi|a dç di^tipgu^r çntrç les éyénè*
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meiits ceux qui produisent et ceux qui sont produits, d'estimer les actions humaines selon la justice, et d^interpréter.Oa volonté suprême dans ■ les vicissitudes qui changent les nations. Selon eux, tout ce qui est réel est providentiel y et, à ce titre, nécessaire; nulle cause n'en surmonte une autre. Aussi la vraie philosophie de rhistoire se réduit-elle à montrer comment les choses qui ont été ne pouvaient manquer detre.
Voilà comment Fabsence de la religion révélée laisse dans la philosophie de Thistoire, comme partout, un vide que nulle invention, si ingénieuse qu elle soit, n'est habile à combler. Séparée du christianisme, la Providence est réduite à n'être plus qu'une cause bornée, indécise ou fatale. Ou le monde cesse de marcher et revient sur lui-même, ou Thornme se perfectionne sans autre but que d'être heureux ici-bas; ou tout obéit à une force qui terrasse l'individu, sans lui révéler pourquoi elle l'a jeté sur la terre ni pourquoi elle Fen retire. Rentrez dans la philosophie chrétienne, et l'histoire universelle s'ordonne, s'éclaire, se justifie. Le monde, qui a changé de face pour servir de punition à l'homme déchu, s'embellit de nouveau par son travail, comme son cœur se rapproche de Dieu à mesure que le pécheur remonte vers Finnocence. Le Verbe, sagesse de Dieu, qui a créé Funivers et ses habitants, est venu pour sauver Fbomme et reviendra pour détruire le monde. Mais jusqu'à ce jour suprême « inconnu aux anges mêmes, » la grâce divine et la liberté humaine s'accorderont sans se détruire pour enfanter les destinées univet*selles, de manière à ce que le mal prévu et permis par la Providence soit nécessaire à Fexis-
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tence du bien, et que les événements, fruits de I9 liberté des iijnpies, concourent à la propagation de FEvangile. L'éducation, les lois, le commerce^ la guerre même, feront partie du mouvement compliqué, effet de tant de causes diverses, et serviront à étendre la lumière de la foi et à faire participer un plus grand nombre de créatures à la connaissance du vrai Dieu. Tel sera le but secret des événements qui agiteront le monde jus* qu'à la tin des temps.
Le véritable artiste nous dit sur la toile le secret de sa pensée. Jamais Thommequi ne sait par expérience] ce que c'est que la| foi n'en devinera complètement les signes extérieurs. Ce n'est pas eu copiant cette expression suinfiaturelle dans les yeux d'un autre, mais en priant lui-même, que l'artiste reproduira fidèlement la flamme de la piété. Si l'amour divin n'est pas étranger à son cœur, il saura rendre visible l'image de son bonheur.
11 ne faut donc pas s'étonner du peu de succès des artistes modernes dans les compositions religieuses. La doctrine qui n'envisage la religion que sous un point de vue humanitaire a d abord régné en France sur toutes les branches de la littérature, puis elle a étendu son déplorable empire sur les beaux-arts. Nous avons eu en peinture, comme en poésie, le christianisme so^ cial; mais nul n'oserait soutenir que l'art ait plus gagné que l'éloquence à dépouiller le front du Christ de sa céleste auréole. Le beau idéal étant l'objet que l'art doit poursuivre, et rien ne pouvant être plus beau que la divinité revêtue d'an corps mortel, réduire le Christ à l'humanité, c'est attenter non-seulement sur la religion, mais sur Fart. L'abaissement de la divinité au niveau de
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la créature détroit la subordination et Tunité; il D^y a plus dans une composition ce point lumi* neu^ et central vers lecjuel tout semolait attiré. Ajoutons que Fart a Fair de s'accuser d'impuissance en renonçant à peindre un Dieu, et enfilo 3ue nous n'aimons pas à trouver dans Toeuvre ésintéressée que doit produire la culture du beau, l'aveu d'un sentiment aussi intime et aussi personnel que l'incrédulité.
L'inspiration chrétienne s'est moins affaiblie dans les écoles anglaise et allemande que dans la française. La peinture moderne se distingue en Angleterre par ce caractère de grandeur démesurée, propre au génie d'une nation qui a produit Milton; elle porte en Allemagne un cachet de science naïve et d'énergie mélancolique; mais la froideur sévère des doctrines protestantes n'a permis à aucune de ces deux écoles de ravir à l'àme les secrets de son commerce avec Dieu. L'ancien génie de l'Italie et de l'Espagne est encore là pour prouver que le pinceau catholique peut seul rendre visibles la vie de l'amour et « la conversation des saints dans le ciel. »
Les souvenirs du paganisme ont prévalu en architecture sur ceux du moyen-âge : on a bâti des temples chrétiens dans le style grec. L'Eglise naissante s'emparait, dans les premiers jours de son triomphe, des monuments de l'idolâtrie et consacrait au vrai Dieu les autels de Jupiter; il semble aujourd'hui qu'on veuille rappeler cette victoire sur le paganisme en reconstruisant les sanctuaires des faux dieux pour y enfermer le culte de cette même Eglise dont le règne compte plus de dix-huit siècles. Cependant, par une contradiction qui ne peut d'ailleurs que tourner plus tard au profit de l'architecture religieuse,
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les admirables rapports des arts avec le christianisme n'ont jamais inspiré à Tarchëologie monumentale acs recherches plus profondes ni plus savantes; et le zèle pour la consei*Tatioa des églises gothiques se réveille jusqu'à promettre des consolations et des garanties à la religion et aux beaux-arts.
Mous n'avons pas besoin d'insister longuement sur le profit que la démonstration de la vérité chrétienne doit tirer des progrès de la philologie. Les livres saints nous enseignent qu'une seule famille a été la tige du genre humain tout entier; qu'une seule langue fut d abord commune aux descendants de cette famille, et qu'en puniliovk d'une orgueilleuse tentative qui insultait à Ja majesté du Dieu vivant, Tunité du langage fut si violemment brisée, qu'une variété soudaine de dialectes coïncida avec la dispersion générale des hommes sur la face de la terre. Or, l'étude approfondie de toutes les langues connues a permis de les grouper en trois grandes familles dont on a découvert ensuite l'origine commune. Les affinités qui ont autorisé cette dernière conclusion ont paru tellement inhérentes à l'essence de chaque langue, qu'on n'a pu les supposer produites par des emprunts que les langues humaines se seraient faits mutuellement. Il est donc naturel de regarder ces divers langages comme ayant tous puisé originairement dans un seul leurs éléments communs. En même temps, les plus éminents linguistes se sont accordés dans cette opinion, que les différences aui existent actuellement entre les idiomes ont û provenir d'une séparation qui n'a pas été Volontaire ni graduelle, mais qui a du être soudaine et violente ; tel est le sentiment de Herder,
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de F. Schlege], d'Abel Bémusat, deNîebuhr, etc.
Le nombre infini de dialectes en usage cbez les peuplades indigènes de TAmérique semblait fortifier Tidëe mise efi avant par les incrédules, que TAmérique n^avait pu être peuplée par des rejetons de Tune des races qui habitent 1 ancien continent; mais aujourd'hui la similitude étymologique entre les langues de TAmérique et de TAsie est démontrée. Les monuments de la religion des Incas et leur peinture hiéroglyphique nous autorisent à regarder la Tartarie comme le pays natal de leurs ancêtres. La grande analogie entre les cycles astronomiques employés, d*un côté, par les Chinois, les Kalmouks, les Mongols, etc., et de lautre, par la plupart des nations mexicaines, témoigne que ces dernières ont tiré leur origine de TAsie. Ce qui achève de mettre cette assertion en pleine lumière, c'est la découverte faite chez les Américains de peintures exprimant sur la chute de Thomme et sur la catastrophe du déluge, des traditions tout-à-fait conformes à celles de Fancien monde.
L'étude de la langue hébraïque a servi à corriger et à épurer les textes de TEcriture sainte. La critique sacrée a dû d'importants progrès à cette branche de la philologie orientale. Nous avons vu que la révision de la plupart des manuscrits hébreux, Texamen des éclaircissements donnés sur les textes par les Pères de FEglise, et la comparaison entre les versions possédées par toutes les nations de rOrient, nous assuraient que l'Ecriture sainte ne se trouvait nulle part altérée dans quelque point important de la foi ou de la doctrine, et. que l'autorité de la révélation subsistait avec une intégrité inébranlable.
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La chronologie sacrée a tiré aussi une éclatante confirmation du progrès des études entreprises sur le système hiéroglyphique des Ëgyp* tiens. Notre savant Champollion rendait luimême témoignage à Tauthenticité de TEcriture sainte, et démontrait qu'aucun monument égyp* tien n'est réellement antérieur à Fan 2200 de notre ère. Les recherches de cet illustre savant ont dissipé aussi la vanité des calculs qui assignaient une si haute antiquité aux zodiaques de Denderah et d'Esnéh. Il prouva que Fun ne remontait pas plus haut que le règne de Tibère, et que Fautre appartenait au temps de l'empereur Commode.
Les attaques dirigées contre la vérité de la révélation ont emprunté , dans ce siècle ,' à Tétude de la philosophie orientale un caractère scientifique. En retrouvant une certaine analogie entre les plus anciens systèmes de cette philosophie et les principaux mystères du christianisme, on 8*est cru fondé à voir dans cette religion une émanation du mysticisme oriental auquel Pythagore et Platon avaient emprunté leurs plus sublimes idées sur l'harmonie de l'âme humaine avec Dieu et l'univers. Cependant, si les systèmes religieux des anciens peuples diffèrent entre eux pour ne se rencontrer que dans quel-
3ues points visiblement conformes aux croyances es Juifs, ne faut-il pas en conclure qu'au lieu d'avoir prêté leurs idées aux Hébreux, les anciens peuples de l'Orient ont ravi à la sagesse de ceux-ci quelques rayons de lumière?
Cette conclusion est devenue encore plus solide depuis que la science moderne a su à quoi s'en tenir sur l'antiquité des livres sacré? de rOrient. Le savant Colebrooke a assigné dans
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ses recherches sur la philosophie des Hindous une très-haute antiquité aux Védas, monuments religieux et philosophiques de cette nation; mais il ne la fait pas remonter au-delà de Tépoque de la captivité des Héhreux en Egypte. M. Ritter^ professeur à Berlin, a été plus loin, en détruisant ce calcul , fondé uniquement sur des dates astronomiques : il établit que la philosophie indienne n a pas devancé de plus de cent ans rétablissement du christianisme.
Les recherches d'Abel Rémusat sur le culte religieux du Thibet ont précipité aussi de fond en comble les assertions toucnant Fancienneté de la théocratie des Lamas. Il est hors de doute maintenant que le Thibet recevait déjà des missionnaires catholiques et des religieux chargés de missions de la part des cours chrétiennes de FEurope, lorsque les patriarches boudhdistes commencèrent à s'établir dans ce pays.
On a trouvé dans TOupnékat, qui est une imitation persane des doctrines religieuses de Flnde, la trace même des emprunts faits par la philosophie de la Grèce à celle d'Orient. Abel Rémusat a prouvé qu'il existait dans les ouvrages de {jao-tseu, philosophe] chinois ffui vivait 600 ans avant la venue de Jésus-Christ et qui était contemporain de Py^hagore, des doctrines tellement sen(a>}ables aux dogmes enseignés par Pythagore, Platon et leurs disciples, qu'il est impossible d'expliquer une semblable analogie autrement 4|ue par Funité de la source d'où le sage chinois iH les philosophes de la Grèce ont dérivé leurs systèmes respectifs. On sait, en effet, que Laot- ^eu, Pythagore et Platon voyagèrent tour à tour dans les contrées qu avait habitées le peuple héhreu.
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Nous avons déjà parlé de cette école philosophique qui fait du cnristîanisine un vain symbole. L'entendez-vous répéter que le vulgaire adore dans le Christ cette même raison universelle que le philosophe plus éclairé regarde comme individualisée dans chaque homme? La vérité absolue, dit-elle, manifestée ici-bas, n^est autre chose que ce que les chrétiens appellent leur révélation. Une philosophie s'est transformée en religion, un principe est devenu un fait, une doctrine un culte.
Quelle étrange objection! Que détruit-elle? Si Jésus-Christ est la lumière qui éclaire Tintelligence de tout homme venant en ce monde, la philosophie a du reconnaître cette clarté avant que Jésus-Christ vint sur la terre. Ignorez-vous que les chrétiens eux-mêmes adorent dans Jésus- Christ la raison universelle , c'est-à-dire votre vérité absolue ?
Voyez, disent nos philosophes du xix« siècle, la découverte, que nous avons faite : cette grande idée de Platon , que la vérité est une manifestation de Dieu faite à l'homme et incarnée dans l'homme, se trouve si exactement semblable à votre croyance que le Verbe s'est fait chair, qu'il est impossible de ne pas reconnaître dans votre religion une forme mystique du principe de Platon. Ainsi laissons le peuple adorer l'idée à l'aide de la forme, et nous, saisissons-la sans voile ni figure. Nous sommes chrétiens comme le peuple, et le peuple est philosophe comme nous, avec cette différence que le gros des hommes ne conçoit pas l'idée sans la forme, et que nous rejetons la forme pour n'embrasser que l'idée. Notre philosophie est la substance de la religion.
Mais si vous rejetez la forme, il faut nous
RAPPORTS DE LA RELIGION CHRÊT., btc. 365 prouver quelle est fausse. Oi*, vous ne le faites pas. Jésvs-Christ nepent-il avoir éclairé en tout temps Fintelligence de Thomme, et être venu un jour lui-même sous la forme de Thomme? De ce qu'il est le Verbcy faut-il induire qu'il ne peut être le Verbe incarné? De ce qu'il a toujours été la lumière étemelle qui éclaire notre raison, suit-il qu'il n*ait pu sauver le monde en mourant sur le Calvaire? Détruisez d'abord toutes le^ preuves de la divinité de l'homme qui, sous le nom de Jésus, a souffert sous Ponce-Pilate et a péri sur la croix : vous fonderez un système raisonné d'incrédulité. Mais ne dites pas : « Il y a une lumière qui éclaire toute intelligence; cette lumière est le Verbe; le Verbe s'incarne dans Thomme; or, les chrétiens disent que le Verbe s'est incarné dans Jésus- Christ: donc la religion des chrétiens est fausse, puisqu'ils prétendent que ce qui se fait toujours ne s'est fait qu'une fois. » Âbstenez-vous d'un pareil argument, car la manière dont le Verbe s'est incarné de tout temps dans l'homme, en éclairant son intelligence , ne ressemble en rien à la manière dont nous croyons qu'il s'est fait chair, une fois en Judée , sous le règne de Tibère. Ainsi , vous devriez montrer qu'en s'incarnant de la première manière, il n'a pu le faire de la seconde; mais c'est ce que vous ne montrez pas, et ce que vous ne montrerez jamais.
a^ UVRE SIXIÈME.