CHAPITRE IV
Rapports de la religion chrétienne avec la science de la nature,
. Il entrait dans les plans de Tétemelle sagesse d^occuper rhomme ici-bas par la nécessité de lutter contre les éléments y et parle désir perpétuel de rendre sa demeure plus commode et plus belle. Les sciences naturelles sont donc le prix du travail, le gage de Texpiation de la race pécheresse, fart de reconquérir un monde meilleur, un glorieux souvenir de nos destinées primitives.
Ces sciences , envisagées sous une pareille lumière , ont pour Tesprit humain un merveilleux caractère de grandeur et de majesté. Mises en rapport avec Timmortelle destination derhomme, elles lui servent à prendre possession de Tempire que Dieu lui a livré sur la création entière. De là résulte naturellement ce que doit être la culture de ces sciences dans Tordre des desseins éternels. Si elles nous aident à connaître le globe, c'est pour élever nos pensées vers celui qui Fa tiré du néant; si elles corrigent la dureté de Texil, c'est pour mieux nous rappeler la céleste patrie, et si nous leur devons Tusage des choses créées, nous devons aussi nous garder de pousser la jouissance jusqu'à rivresse.
Dieu a d'abord créé « le ciel et la terre. » Par le ciel, ^çvi^aypn^prQbloblefQçntà enteadre ici
374 UVRfi SIXIÈME.
la création de Yéther, c'est-à-dire d'un gaz extrêmement subtil qui, au-delà de notre atmosphère, remplirait Tespace céleste , et dont la science astronomique soupçonne l'existence sans pouvoir encore FaffiiiBer.
Moïse nous dit que la terre sortant des mains du Tout-Puissant « était informe et toute nue , que les ténèbres couvraient la face de l'abtme, et que l'esprit de Dieu était porté sur les eaux. »
On conçoit que Dieu ait d'abord tiré du néant la matière sur laquelle il devait opérer. Alors la terre consistait sans doute dans les molécules primitives que la chimie cherche aujourd'hui à retrouver. Elle était l'âmas stérile et indigeste des rudiments d'un monde qui attendait encore la forme et la vie. Nous ne pouvons nous représenter ces atomes élémentaires ; mais le fait qu^ils ont été créés avant la lumière (et je me permets de rassembler sous ce nom tous les fluides impondérables) est parfaitement conforme à la raison. Leur création a dû précéder celle d'une substance destinée à vivifier , à mouvoir, à transformer et à colorer les corps.
L'historien sacré représente la création de Teau coknkne contemporaine de celle de la terre « informe et nue. » Les découvertes les plus récentes de là chimie sont loin de contredire cette origine primordiale assignée à l'eau. Je me bornerai à rappeler que le célèbre Volta regardait le fluide électrique qui se manifeste dans l'orage comme le produit de l'évaporation journalière dé Teati, et (Jue l'illtistre Davy, après avoir détrôné in théorie de Lavoisier sur la combustion, se demanda si l'hydrogène ne serait pas le principe de la métattisation , et si les oxides ne se réduiraient pas
RAPPORTS DE Là REUGION GHRÉT., etc. ^75
En décomposant reaù,on la trouve fonnée par Funion de Toxygène et de Fhydrogène. Or, l'oxy^^* géae est, comme Ta dit Berzélius , le point central autour duquel se meut toute la chimie. Il entre dans la composition de presque tous les corps ; il Forme Télément vital de Tair que nous respirons. Partout où il se trouve » il y a secrète* ment on visiblement chaleur et lumière. Il a de siétroites relations avec Télectricité , qu'il n'y a pas>46 corps qui ressehte aussi puissamment l'action de la pile. Ces propriétés remarquables de Î 'oxygène lui ont assigné la première place entre es corps simples, et tel est aussi le rang que lui marque implicitement dans Fhistoire de la création Fauteur inspiré de la Genèse»
cf Après avoir créé le ciel, la terre et Fean, Dieu créa m lumière. » Or la science moderne nous apprend que la lumière est un agent impondérable dont la connaissance doit précéder Fexamen des phénomènes de la nature, parce que ce fluide sert à les produire ou à les expliquer. Après aVoir découvert Fidentité entre la lumière et la chaleur, cette même science entrevoit celle de la lumière avec Félectricité et Fattraction : ainsi, étant sur le point de vérifier que les agents impondérables et Fattraction ne sont autre chose que la luitiière envisagée dans ses effets divers, les connaissances humaines vont rendre un frappant hommage à la vérité scientifique du récit^de Moïse.
Alors serait démontrée Funité majestueuse des causes motrices de la nature. Tous les phénomènes de Funivers, toutes les vicissitudes qui en varient pour nous la scène magnifique, le repos et le mouvement, le silence et le bruit, le froid etlachaleuTyles ténèbres et la famiièrey txwtsiorMt
rapporté à Taction de ce fluide unique et primordial , principe de vie, âme du monde, loi suprême, cause perpétuelle, esprit subtil, ardent , rapide, inaccessible, volatile, changeant, sans cesse poursuivi et toujours fuyant, plutôt deviné qu'aperçu, décrit dans ses apparences et calculé dans ses effets, qui tantôt colore le monde avec le rayon de soleil , tantôt devient la foudre et sillonne la nue, tantôt attire Taiguille de la boussole, tantôt rougit le sang qui coule dans nos veines, tantôt unit ensemble les molécules des corps ou les force à se fuir avec une invincible répulsion, fluide organisateur dont la création aurait suivi celle du monde encore informe, et qui aurait dû Texiétence et son nom à cette divine parole : « Que la lumière soit faite ! »
Dieu dit aussi : « Que le firmament soit fait an milieu des eaux, et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux. »
Ce verset demeura longtemps incompréhensible. La science ne lui accordait pas même rhonneur d'examiner Pétrange phénomène qu'il semble révéler. Quel est le savant qui n'eût regardé en pitié le chrétien donnant sa foi à cette assertion de Moïse, qu'il y a des eaux suspendues au-delà du firmament? Cependant la météorologie avait cru trouver dans la quantité d'eau qui tombe sur la terre un singulier excédant sur celle que peuvent fournir les nuag^es. Elle ne pouvait expliquer ces pluies qui se forment si soudainement et qui se détachent en torrents énormes d'une seule couche de l'atmosphère.
Elle avait observé le phénomène extraordinaire d'une pluie échappée quelquefois d'un ciel parfaitement serein. Enfin, M. Gay-Lussac, a/ialysant Tair dans une ascension aérostatique à une
RAPPORTS DE LA REUGION CHRÉT., etc. •177
hauteur de 6,900 mètres au-dessus de la terre, avait trouvé quelques parties d'eau dans Tatmosplière.
Aucune solution satisfaisante ne venait éclaircir ces anomalies. Un autre fait non moins di{];ne d'attention vint exercer la sagacité des météorologistes : la cime des glaciers se colore d'une belle teinte rose après le coucher du soleil ; cette nuance subsiste encore longtemps après que Tastre est descendu sous Thorizcn. Ce phénomène restait sans explication, lorsque Fun des plus illustres physiciens de notre siècle en a proposé une qui donnerait gain de cause à notre physique sacrée. M. Poisson regarde comme trèsdifficile de se rendre compte de la coloration des glaciers, à moins d'admettre Fexistence d'une masse d'eau suspendue au-dessus de notre atmosphère. Cet océan, retenu par des lois encore inconnues, servirait de miroir réfringent au soleil après son coucher, et renverrait aux pointes des glaciers les derniers rayons du jour {a), La supposition émise par un homme qui fait autorité dans la science mérite assez d être prise en considération pour que des expériences subséquentes en déterminent la valeur. Peut-être pourrait-on appliquer aux rayons solaires qui teignent de rose les pics de la Suisse les belles observations de M. Arago siu* la polarisation et les interférences de la lumière. Ce serait un moyen de s'assurer si ces rayons ne parviennent que par l'effet d'une réfraction sur les sommets aes montagnes.
Un autre phénomène observe par la météorologie vient à l'appui de la conjecture introduite
(a)*Yoye2 les procès -verl^aux de i' Académie de» Sciences,
par M. Poisson, relativement à l'existence d'une masse d'eaux supérieures. On a constaté, en prenant la hauteur moyenne du baromètre pendant les diverses phases de la lune, que le mouvement de cet astre avait une influence directe ou indirecte sur les phénomènes de notre atmosphère. L'explication deviendrait toute naturelle en admettant ces eaux supérieures dont lé récit de Moïse proclame Texistence. Le flux et le reflux de l'atmosphère seraient produits par la même cause qui produit le flux et le reflux de la mer. S'il en est ainsi, les heures de la marée aérienne doivent avoir avec celles de la marée de l'Océan une exacte correspondance. C'est un fait
3ui mériterait bien d'être sérieusement observé; s'agirait de déterminer, à l'aide des hauteurs barométriques, si l'intervalle de six heures qui sépare les hautes et les basses mers divise aussi, selon l'heureuse expression de M. Arago , les hautes et basses atmosphères.
Il est généralement reconnu aujourd'hui que la science qui s'occupe des antiquités de la nature ne porte pas atteinte au témoignage de la révélation, en établissant une suite d'époques diverses dans la formation des terrains qui composent l'écorce du globe. Plusieurs Pères de l'Eglise ont admis eux-mêmes une période indéfinie entre le premier acte de la création et l'établissement définitif des lois qui ont donné la forme et la vie à toutes choses.
Les révolutions successives, qui auraient eu lieu dans cet espace illimité , semblent prouvées
Sar les restes d'animaux et de végétaux ensevelis ans les entrailles du globe, ainsi que par l'ordre dans lequel se succèdent les couches terrestres. Ces ossements fossiles ont été découyem sous
RAPPOBTS DB LA REU6I0N CHRËT., etg« 979
les stratifications qui formant la croate exté* rieure du globe, seraient le résultat d'un dépôt graduel formé pendant plusieurs milliers de siècles par les eaux. Il a paru difficile d'attribuer au déluge la destruction des animaux auxquels appartenaient ces ossements, d'abord parce que ces restes ne peuvent se rapporter à aucune des espèces aujourd'hui existantes; en second lieu, parce qu'il y a plusieurs classes de fossiles comme il y a plusieurs couches terrestres, et qu'enfin les débris d'animaux appartenant à des races encore existantes se trouvent tous ensemble dans les couches les plus voisines de la surface, c'est-àdire là où le déluge doit avoir laissé des traces de son ravage. Or, il est naturel de croire que si toutes ces dépouilles animales eussent été charriées par le déluge, elles auraient été trouvées mêlées et confondues ensemble dans un désordre, tel que l'aurait dû produire une si effroyable catastrophe.
L'Ecriture sainte fait connaître elle-même que la terre se trouvait, en sortant du néant, couverte de ténèbres et submergée par les eaux. Le chrétien peut donc concilier les découvertes de la géologie moderne avec les monuments de sa foi : pour cela il lui suffit de placer dans l'intervalle indéterminé entre la création et l'arrangement de l'univers, ces bouleversements causés par le terrible élément qui manquait encore d'un lit creusé pour le recevoir.
Les écrivains rehgieux qui pensent me les jours de la création marquent des périodes de temps indéfinies expliquent ainsi les intervalles de durée que la géologie établit entre les créations d'animaux auxquels ont appartenu les débris fossiles. Ils font remarquer une coïncidence
38o LIVRE SIXIEME.
entre Tordre dans lequel Moïse raconte les actes successifs de la puissance productrice, et la disposition selon laquelle les restes fossiles se rangent dans la série de couches qui les renferment. Ainsi, les terrains placés au-dessus des roches primitives contiennent des restes d'animaux aquatiques; la couche supérieure seit de tombeau aux reptiles et aux lézards volants. Viennent ensuite, dans Tordre établi par Técrivain sacré, les quadnipèdes, appartenant à des espèces pour la plupart inconnues aujourdliui sur la terre. Enfin, les derniers terrains, qu'on nomme tertiaires, recouvrent les dépouilles confondues de toutes les races animales qui vivent encore sur la face du globe.
11 est uue troisième explication proposée pour rendre compte des catastrophes dont les entrailles du globe portent les traces : elle est fondée sur la malédiction prononcée contre le premier homme. La terre, ressentant les effets de la terrible sentence, dut changer de face. Les lois qui avaient présidé à son embellissement, pour en faire un lieu de paix et de délices, furent violemment troublées dans leur cours. La guerre des éléments commença dans la nature, en même temps que celle des passions dans le cœur de Thomme. La terre, qui produisait d'elle-même tous les fruits utiles à ses habitants, fut condamnée à la stérilité. Qui peut savoir dans quelle proportion eutb'eu un si complet changement opéré tout-à-coup dans la demeure de Thomme?
Ne peut-on supposer que les animaux qui existaient alors furent détruits pour faire place à d'autres, ou du moins s'altérèrent dans leurs formes et leurs mœurs primitives; et que des plantes, dont la grandeur gigantesque attes-
RAPPORTS DE LA KBLIGIOM CHRÉT., etc. a8i
tait sans cloute la vertu féconde d'une terre nouvellement créée, disparurent au milieu de cet épouvantable désordre, et allèrent dormir dans les cavités du globe, où la science étonnée les recueille aujourd'hui?
Les savants qui adoptent cette opinion prétendent qu elle est confirmée par Tadmiiâble utilité que paraissent présenter pour la vie de rbomme la disposition des couches terrestres et la composition des éléments dont chacune d'elles est formée. Ainsi, lorsqu'on examine les terrains secondaires, on s'assure que le mélange du caillou, de Fargile et de la cnaux est combiné pour les rendre propres à Fagriculture, et en même temps pour permettre à Teau de filtrer à travers ces couches , de manière à former dans tes lits d'argile ou de marne, préparés au-dessous pour les recevoir, des réservoirs qui alimentent les sources et les rivières. Les mines de sel sem* blent placées dans les terrains secondaires pour être accessibles à l'espèce humaine. Les marques d'une prévoyance suprême ne sont pas moins visibles dans la situation des roches primitives ou granitiques ; celles-ci n'arrivent à la surfiace du sol que pour former les montagnes, qui ne sont ni propre*» à l'agriculture, ni faites pour être habitées par l'homme ; tandis que les régions plus basses et plus tempérées sont composées de couches dérivées ou secondaires, que le mélange de leurs ingrédients rend éminemment fertiles et toutes favorables aux besoins des hommes. ^
Ces considérations ont été présentées comme étant de nature à affaiblir le système qui attribue à une suite de catastrophes produites par une force] aussi violente que désordonnée, la disposi*tion des couches du globe. Dans cette supposi-
aSa MVRE SIXIÈME. ".
^tîon, larrangeinent des terrains situés au creux le plus profond de la ten'e aurait eu lieu au moment de la grande mutation que la déchéance de l'homme a causée dans les lois du monde:
alors ou conçoit Tintervention d'une Providence toute sage et toute miséricordieuse au milieu même de Teffroyable bouleversement ordonné par elle en punition du péché. On aime aie représenter le Créateur deTuniverSjbienqu il i;bange le plan et Tordre de son ouvrage, accommodant tout-à-coup à la nouvelle destination de l'homme condamné au travail, cette terre devenue un lieu d'expiation. Mais dans le système qui ne fait pas reposer sur le dogme chrétien la géologie transcendante , il n'y a pas d autre loi qillslQdiisûrdre;toutest Teffet du hasard, et TadloimfeJ^ harmonie de la disposition des couches îfiffQêtm nvto les besoins de Thomme, demeure «ans e'iplication.
Deux autres remarques ont été faites par des géologues qui ont étudié les fossiles animaux et végétaux, c'est: i° que le règne animal et le règne végétal, à ces époques reculées, obéissaient aux mêmes lois, comprenaient les mêmes classes et se groupaient sous les mêmes familles que de DOS jours; a" que les espèces d animaux et de végétaux retrouvées comblent une lacune dans la distribution actuelle des ordres de ces deux règnes, et complètent ainsi la chaîne de la vie organique. Ces deux observations donneraient un nouveau poids à la théorie chrétienne que des savants ont proposée pour expliquer Torigine de ces débris de lancien monde; elles constateraient l'unité établie primitivement dans l'ordre des choses créées. En effet, si l'ensemble des aoimaux et des végétaux, tant de ceux qui sont
RAPPORTS DE LA RGUCION CHRÊT., etc. s8)
reCrouTés à Tétat fossile dans les entrailles du globe que de ceux qui vivent ou croissent encore sur la fece de la terre, forme un tout symétrique et gradué, les géologues dont nous exposons Topinion sont autorisés à en conclure que les espèces fossiles et les espèces existantes ont été les produits simultanés d'une même création.
La géologie a porté dans ces derniers temps une attention plus particulière sur un ordre de phénomènes qui servent de preuves à Texistence d'un déluge, et fournissent les moyens de dater cette catastrophe. On a observé l'excavation prolongée et successive d'un grand nombre de collines qui paraissent avoir été coupées par les ravages d une force déréglée. On a étudié la parfeite analogie des pans opposés de chacune de ces éminences, et l'ouverture a paru semblable à la brèche formée violemment dans une muraille dont les ruines demeurent composées de matériaux identiques. Des masses énormes de granit placées sur le sommet des montagnes, ont été examinées dans leur dénudation: on a vu que leurs côtés avaient du être déchirés par une action violente , et que ces roches n'avaient pu sortir sous une pareille forme des mains de la nature. Les amas de cailloux roulés qui obstruent l'accès des grandes vallées ont été regardés comme l'effet d'une terrible débâcle. Il était raisonnable de penser que ces cailloux, occupant les ouvertures des collines déchirées, comme nous l'avons dit, en deux parties, avaient été entraînés par la même force qui avait fendu les montagnes. Le docteur Buckland a prouvé que ces cailloux, dont il a constaté l'origine plus ou moins lointaine, n'étaient nulle aprt
284 UWhE SIXIÈME.
situés près des lieux qui les produisent naturellement. M. Phillips a démontré que les fragments de roches trouvés à Holderness tiraient leur origine de la Norwége. Beaucoup d'autres géologueSy et entre autres le comte Zasoumousky et le docteur Bigsby, ont suivi la trace de grands blocs qui auraient été charriés par un courant impétueux venant du Nord vers le Sud. On a trouvé jusqu'à une hauteur de i,5oo pieds des traces évidentes de la route que s'était creusée ce terrible courant. La découverte récente de ces cavernes, espèces de tombeaux naturels où se trouvent enterrés les ossements d'un grand nombre d'animaux appartenant aux espèces vivantes, est venue sajouter aux preuves déjà si nombreuses de la réalité d'un déluge.
Les traditions chrétiennes peuvent s'appuyer aussi sur les études chronométngues. On a justifié ces traditions en mesurant les amas de terre et de limon formés à l'embouchure des rivières. Ces dépôts, formés par l'agglomération des matériaux qu elles entraînent dans leur cours, empiètent peu à peu sur la mer: on les nomme deltas. Le delta du Nil est devenu, dans l'espace de mille ans, si considérable, qu'il a formé une terre ferme de deux lieues d'étendue entre la mer et la ville de Rosette qui était un port. Le delta du Pô a fait reculer la mer, quibaignaitla ville d'Adria, d'ime distance de dix-huit milles : M.de Prony a calcule que ce Delta devait gagner sur la mer 1 5o pieds par an. Les dunes, amas de sable accumulés sur les rivages de la mer, ont été soumises aux calculs par Deluc, et après lui par M. Bremontier: il résulterait de leurs travaux, honorés de l'assentiment de Çuvier, que ces sables ambulants avancent dans les terres de 60 à 72 pieds par an,
RAPPOUTS DE LA RELIGION CHRËT., etc. ^85
et qa'il n'y a pas plus de quatre mille ans que leur marche a dû commencer.
L'amoncélement des détritus au pied des montagnes et Textension progressive des glaciers ont servi également de èhronomètres pour déterminer Tâge du monde depuis le déluge. Les calculs auxquels ont été soumis ces phénomènes aboutissent, à peu de chose près, au chiffre indiqué par la Bible.
Les études astronomiques furent longtemps, pour les ennemis de la religion, un moyen de détruire' la chronologie sacrée: mais, dans son Histoire de l'astronomie ancienne, Delambre mit le premier en doute les conclusions tirées, en faveur de lantiquité du monde, des observations astronomiques faites par les Chinois et surtout par les Hindous. Montucla combattit aussi, avec succès, le système qui faisaitremonter à des temps si recules 1 astronomie indienne. La même opinion fut embrassée par Laplace; mais il était réservé à M. Bentley, auteur d'un Examen histo* rir/ue de f astronomie indienne y de porter le dernier coup à la théorie des incrédules, en recherchant la date du grand ouvrage astronomique révéré parles Brahmes sous le nom de Surya-Siddhanta. £n comparant les tables indiennes avec les tables de Lalande sur les positions des planètes, il as-* signa une ancienneté de sept à huit siècles au Su rya-Siddhanta. Ce calcul diffère un peu de celui des Brahmes qui cachent sous des millions d'années la date de cet ouvrage. Heeren, Cuvier et Klaproth ont adopté les mêmes conclusions.
Les travaux de sir W. Jones et de M. Wilfort sur rhistoire chronologique des dynasties indiennes , Touvrage du colonel Tod intitulé Annales des antiquités de Rajasthan^ non-seule*
ment ont ramené Forigine de Thistoire des Indien$ à une ancienneté qui s'accorde avec les diyins témoignages du Pentateuque, mais encore ont tout-à-fait démontré l'identité qui existe entre les mythologies de l'Inde, de la Grèce et du nord de l'Europe.
Klaprotb et Windischmann ont fait une étude du même genre sur les annales des différentes nations de l'Asie ; les conclusions auxquelles ils sont parvenus, et qui ont été adoptées par Schlegel et Abel Rémusat, ne font pas remonter l'origine de l'empire Chinois, qui surpasse en ancienneté tous ces royaumes, à plus de trois ou quatre générations après le déluge.