‹ Génie du dix-neuvième siècle: ou Esquisse des progrès de l'esprit humainChapitre 67 sur 88 · POÉSIE DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

POÉSIE DRAMATIQUE

(3) La plus belle tragédie de ce siècle est, sans contredit, Agamemnony par M. N. Lemercier. La

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majesté da style n^y feit aucan tort à Fénergie des passions ; bien que Tantiquité grecque y respire tout entière , je ne sais quelle profondeur dans la manière de préparer Fâme à la terreur ou à la pitié appartient au génie moderne. Le poète a su être original dans Timitation, et neuf en trai* tant un sujet antique.

La tragédie qui obtint le plus de succès sous PEmpire, après Agamemnon, est celle de M. Raynouardy intitulée les Templiers, Les caractères y sont tracés ayec une mâle énergie, Faction demeure fidèle à rhistoire, le style est pur, concis et nerveux; mais la vie, qui sort de Fimagination, manque à Fouvrage. Or, c'est le cœur qui fait les poëtes, comme les béros. Luce de Lanciyal, Arnault, M. Baour-Lormian , et d^autres poëtes distingués ont, à la même époque, enriobi la scène française de tragédies accueillies avec beaucoup de faveur.

Depuis la chute de FEmpire, MM. Soumet, Lebrun et Casimir Delavigne ont soutenu avec éclat Fbouneur de Melpomène. Le premier a uni un style tantôt épique et tantôt lyrique aux formes . de la tragédie antique ; le second a importé sur notre scène Fun des chefs-d'œuvre de Schiller, et fait goûter au public les procédés hardis du génie dramatique de FAUemagne; le troisième a voulu concilier les deux écoles qui se disputaient la prééminence, et, tout classique par le style, s'est fait à demi novateur par le choix de ses sujets. Clytemfiestre , de M. Soumet ; Marie Stuarty de M. Lebrun; Marino Faliero. de M. Casimir Delavigne, caractérisent la manière de chacun de ces trois poëtes.

M. N. Lemercier avait ouvert, sous FEmpire, une voie féconde et neuve dans son drame de

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Pin^* Son idée était de traduire sur la scèue comique les personnages de Tbistoire et d'opposer la grandeur des éyènements à la petitesse de leurs causes : cette conception ne pouvait appartenir qu'au génie. Elle esc le germe d'un genre nouveau , que M. Casimir Delavigne a deviné en composant son Don Juan d'Autriche.

Gollind'Harleville, Picard, Andrieux, A. Duval» ont cultivé, au commencement de ce siècle, avec une réputation que les années ont un peu affaiblie, le genre de la comédie. De nos jours, MM. Casimir Delavigne et Scribe sont les plus illustres interprètes de cette muse, dont les palmes croissent difficilement sur une scène qui n'a devant elle qu'une société nouvelle, où tous les ridicules sont mêlés comme les rangs eux-mêmes, et qui est aipsi soumise, jusque dans ses travers, au niveau de l'égalité.

La plupart des poètes tragiques de TAUeipagne auxix' siècle, ont suivi les traces de Schiller; nous citerons : Kœrner, auteur d'une tragédie intitulée Zrinyy Rlingemann, connu par ses tragédies d'HenriUe^Lion, Luther^ etc. ; Henri deKleist, qui a fait deux tragédies : la Famille de Schrojfenstein et Penthesilea; Immermann, auteur de r Empereur Frédéric , etc. '^ Raupach, à qui Ton dokRaphaèle, laFille de Pair eiSémiramiSy OEhlenscblaeger, dont le talent éclate surtout dans les pièces empruntées à la mythologie et à l'histoire Scandinaves; Grillparzer, poète tragique de Vienne un peu plus ancien, qui doit une immense réputation à une pièce intitulée l'Aïeule.

I^a comédie a été cultivée en Allemagne avec peu de succès : Kotzebue n'a pas été remplacé. Kleist, MùUner, Contessa, Raupach, Wolff, etc., sont les écrivains qui, dans ce genre^ ont été le plus goûtés du parterre allemand.

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Les tragédies de Monti lui ont valu Vhonneur d'être placé dans Testime des Italiens entra Maffei et Alfieri : en effet, le premier semble lui avoir légué le secret de manier la langue , et il rivalise quelquefois avec le second par la hau-» teur des sentiments et Ténergie des pensées; celle de ses tragédies qui a élevé le plus haut sa renommée est intitulée Aristodème, UgoFoscoIo a composé plusieurs tragédies appartenant à récole d'Alfieri. Ricciarda , Thye&te^ AjaXj tels sont les titres de ses compositions, plus remar* quables par la force des pensées, que par le développement des passions. Pindemontc a composé plusieurs ouvrages dramatiques, parmi lescpiels il faut citer sa tragédie à'Arminio; mais ce poëte a mieux réussi dans la poésie lyrique et dans le genre de Tépitre que sur la scène à laquelle préside Melpomène.

Au premier rang des poëtes tragiques modernes de ritalie, s'est élevé Manzoni, dont Fillustre Gœtbe s'est plu à juger et à louer le talent dramatique. Adelcni et // Carmagnola sont les deux tragédies qui ont rendu populaire le nom de ce grand poëte : elles ont été les monuments d'une nouvelle école dramatique en Italie , et ont soulevé, entre les classiques et les romantiques de ce pays, des débats passionnés qui ont jMTOUvé que la sensibilité aux arts de l'esprit n'y est pas éteinte.

Nicolini, de Florencei jouit aussi d'une grande réputation en Italie. Ses deux plus beaux ouvrages sont : Polixène et Antonio Foscarini.

On sait que la captivité de Silvio Pellico, éveilla dans tous les cœurs italiens une sympathie d'autant plus vive, qu'ils admiraient en lui l'auteur de tragédies touchantes, telles que Françoise de Rimini et Euphémio de Messine.

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Les comédies d^AIberto Nota, Piëmontais, méritent une mention distinguée : elles ont obtenu une certaine vogue en Italie; on y trouve de Tart dans la composition, de la gaité dans le dialogue et du naturel dans les caractères. On distingue surtout, entre les comédies de Nota , le Philosopke célibataire.

Le comte Giraud, né à Rome , a fait un assez grand nombre de comédies, dont plusieurs sont fort goûtées. Les compositions dramatiques de Jean Gérard de Rossi, originaire- de la même ville, n ont pas moins attiré lattention publique.

Il y aurait aussi quelque injustice à passer sous silence le nom du Piémontais Romani, auteur des nombreux librettis sur lesquels les plus illustres , compositeurs de ce siècle, en Italie, ont brodé ces délicieuses musiques dont les accords cbarment l'Europe entière.

A la tête des poètes dramatiques de l'Angleterre, dans ce siècle, l'opinion unanime a placé une femme : Joanna Baillie. Elle a créé un genre

3ui lui est propre. Chacune de ses pièces est le éveloppement large , profond , détaillé, d'une passion de Fâme. Tout, dans l'action qu'elle invente, est combiné pour mettre cette passion en jeu, et en montrer les ressorts les plus actifs, comme les nuances les plus délicates. Le véritable héros du drame est une abstraction, comme l'amour, la haine, l'ambition, la jalousie, la soif de la gloire, etc. ; mais cette analyse du cœur est vivante sous sa plume douée d'une énergie qui ne laisse pas deviner son sexe. La philosophie savante avec laquelle les caractères sont conçus n'enlève rien à la vraisemblance.

Cette personnification idéale d'une passion a l'avantage de réunir le général et le particulier ,

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ce qui est le but le plus éleyé de la poésie : mais il faut avouer que des tragédies^ composées dans ce système, sont plutôt faites pou* être lues que représentées. Il n'y a que ce qui est incomplet et libre qui nous émeuve sur la scène ; la vie choisie et étudiée nous fait trop réfléchir, pour nous sembler une image dramatique de la réalité.

On peut appliquer cette dernière observation aux drames de lord Byron. Bien qu'ils abondent en situations fortes, Fintelligence de la pensée du poëte serait perdue pour un auditoire. Le monde où s'agitent les personnages, est l'âme même du poëte, et le public n'aurait pas le temps de descendre dans cet abîme. Je vois dans manfred et Cdin deux épopées lyriques, sous forme dialoguée; Saraanapale est un magnifique dithyrambe; Marina Faliero, est de tous les drames de lord Byron, celui qui supporte le mieux la représentation.

Miss Mitford, déjà connue par des travaux d'un autre genre , a augmenté sa réputation en donnant les drames de Rienzi, de Julien , des Vêpres de Palerme, etc. L'action y manque d'énergie, mais on y trouve des passages qui doivent un grand charme à la vérité des émotions.

Bertraniy par Maturin; Fazioy parMilman, et MirandoUiy par Proctor, sont trois drames trèsremarquables : le premier par son originalité aventureuse, un peu sauvage, le second par la finesse et la moralité des sentiments , le troisième par le pathétique des situations , et l'observation déliée du cœur de la femme.

Evadne et f Apostat de M. Richard Shiel, qui est aujourd'hui membre delà Chambre des Communes , sont les deux pièces où le génie dramatique, envisagé dans ses rapports avec la scène,

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a montré, depuis le commencement de ce siècle, le plus d^invention, de mouvement et de chaleur.

L'auteur dramatique dont la célébrité est la plus récente est M. James Sheridan Knowles. Il est à la fois poëte et acteur tragique. Ses meilleurs ouvrages sont Virginius, la FiUe du Mendiant^ la Femme mariée de Mantoue. Ce qui le distingue de ceux qui Tavaient précédé dans la carrière, c'est le sacrifice de la philosophie à Faction, de la poésie à la réalité, de la réflexion au sentiment. Il n'a qu'un but, c'est le succès de la représentation. Tout s'empresse vers ce triomphe. Ses personnages ne décrivent pas ce qu'ils éprouvent, mais vivent et agissent. Knowles a la science du pathétique : s'il vous frappe au cœur , le poignard reste dans la blessure. On peut reprocher à son style de manquer d'élévation, et à sa fable d'être trop surchargée d'incidents.

Les tragédies de Martinez de la Rosa , Quintana, Gorostiza, et les comédies de Breton'de los Herreros, qui ont alimenté dans ce siècle la scène espagnole, jouissent dans leur pays d'une honorable réputation.

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