‹ Génie du dix-neuvième siècle: ou Esquisse des progrès de l'esprit humainChapitre 68 sur 88 · LITTÉRATURE PHILOSOPHIQUE ET RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE PHILOSOPHIQUE ET RELIGIEUSE

(4) La Théorie du pouvoir civil et religieux , et V Essai sur la Législation primitive , de M. de Bonald, qui ont paru au commencement de ce siècle, rappellent quelques-unes des qualités de Rousseau, savoir : la puissance de la logique, la fécondité de l'induction, Fart de manier la langue. Beaucoup plus froid que Rousseau, M. de Bonald remplace la belle et ardente imagination

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dn philosophe de Genève par la piquante légèreté de son esprit et Famour du paradoxe.

Le Génie du Christianisme , de M. de Chateaubriand , h ne Fenvisager que sous le rapport littéraire, commande de très-haut à tous les ouvrages en prose que la France a vus naître depuis un demi-siècle. L'auteur a été trois fois original, dans le sujet, dans le but et dans le style; il exposait les beautés poétiques de la religion , reconstruisait dans leur splendeur passée les monuments d'une société détruite, et trouvait, en transportant dans la prose les témérités et les magnificences de la poésie, un style nouveau dont la richesse était rehaussée par les couleurs que lui fournissaient les souvenirs d'un autre continent. M. de Chateaubriand a eu le mérite de s'attacher à une grande idée et de la réaliser sous plusieurs formes. Son Itinéraire à Jérusalem et ses Martyrs forment, avec le Génie du Christianisme^ une imposante trilogie.

M™® de Staël se distingue, comme écrivain , par des mérites tout opposés : elle arrive à la poésie par la philosophie. Corinne, Y Essai sur V Allemagne et Dix ans d'exil font briller ces attributs d'un mâle génie tempéré par la délicatesse que Dieu a mis dans le cœur de la femme.

M. de Lamennais est regardé avec raison comme l'un des plus grands écrivains de ce siècle. Dans son Essai sur C Indifférence, son style impétueux met réloquence dans la logique et la passion dans la défense de la vérité. Son talent d'écrire peint son âme ardente , qui ne sait comment se régler. On aurait pu tirer de la fougue de son style un présage de ses révoltes contre l'autorité : il y a des abîmes dans son génie. La PaHngénésie sociale^ Jntigone, £Hçmme

sans nom , ont place M. Ballanche à côté des meilleurs écrivains Dans son style, la pensée est plus poétique encore que l'expression , son imagination éclaire les plus grands objets dont Thomme puisse s'occuper: il est ému par les lois de rhistoire, comme les poètes le sont par celles de la nature. M. Ballanche est le

Eontife des traditions qui ont plané sur le erceau du genre humain; et, quand il médite, on dirait qu il cherche à se mppeler un hymne.

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