L . . . . ,puisque le nouveau-né a préféré choisir pour
son patron saint F plutôt que saint L....,
dans la prévision peut-être qu'il y aurait un jour une alliance intime avec saint Jacques , qui encore ne devait pas être éternelle, pas plus dans les cieux que sur la terre. C'est comme Notre- Dame de l'Assomption , qui avait épousé saint Napoléon , avec lequel elle a divorcé au bout de dix ans de mariage que les peuples célébraient avec pompe, souvent avec enthousiasme, le IS août. C'était aussi par un sentiment de prévision remarquable , échappée à nos plus illustres écrivains, même au plus brillant, à Chateaubriand , par la raison que la nature ne leur a pas donné , comme à moi , comme à Louis XIII , la puissance de réfléchir et de comparer ; c'était par une sage prévision que Louis XIII, pupille du cardinal de Richelieu, à l'instar d'un autre qui l'a été d'un évêque d'Autun , a voulu dédier sa couronne de France à Notre-Dame de l'Assomp-
tion, sachant , tout seul de ses contemporains , que le mari de celle-ci , saint Napoléon , serait habile à la porter depuis le 2 décembre 1804 jusqu'au mois d'avril 181-4. Cela prouve que Louis Xlll connaissait beaucoup mieux l'avenir que tous les monarques d'aujourd'hui, qu'il avait étudié son Machiavel, pendant que Richelieu gouvernait son royaume; qu'il le possédait mieux que moi, ce républicain florentin, que j'ai commenté, en en faisant l'application à Napoléon , l'un des successeurs de Louis Xlll ; et lequel successeur, trop admiré et trop dénigré, a rétabli le grand empire de Charlemagne, pour avoir le plaisir de le détruire de ses mains comme un sot , parce que la nature ne lui avait point donné, quoi qu'on en dise, la puissance de réfléchir et de comparer, ainsi qu'elle en avait doué Machiavel , le compatriote de son père , de l'ancienne famille toscane de Bonaparte. Mais je ne suis point chargé de faire l'histoire de France ni de ses monarques, comme Duclos et Racine, qui étaient payés pour en faire l'éloge. Pour moi, je n'en ferai ni l'éloge ni la critique , laissant ce métier à d'autres , en les prévenant qu'il y a du bien et du mal à dire sur tous, soit qu'ils soient nés à Versailles, aux
Tuileries , au Louvre , voire même à Ajaccio. Ce que je recommanderai aux historiens, c'est de s'attacher à la seule chose qu'ils ont oubliée , peut-être parce qu'elle est la seule instructive , c'est de remonter aux causes des effets pour les expliquer, ne pas se borner à me raconter des événements passés , dont l'ordre chronologique ne sert qu'à fixer les époques , chose à laquelle on attache trop d'importance ; tandis que moi , pour mon instruction , j'ai besoin de connaître les causes véritables, non pas les prétextes, des faits historiques qui ont eu lieu dans les siècles précédents , et ce que ceux-ci, devenus cause à leur tour, ont produit. De cette manière l'étude de l'histoire m'est utile. Mais , quand on viendra me présenter Brutus comme un démocrate exalté, un Gracchus tout au moins , et que je le vois , un poignard à la main , assassinant César au milieu du sénat, alors il n'est plus pour moi que le plus fougueux, peut-être le plus intrépide aristocrate républicain de Rome. De cette manière, lecteur, je vous fais observer que vous ne connaissez de l'histoire que les principaux événements in gloho, sans en pénétrer l'esprit, sans apercevoir les causes des effets.
Ce n'est pas ainsi que je vous apprends le Whist. Je vous explique les causes des eflFets. Les effets sont que je gagne à la longue; les causes , la principale au moins 5 de jouer avec vingt-six cartes, non avec treize, comme le commun des martyrs , comme vous , par exemple. Pour jouer avec vingt-six cartes, il faut évidemment que les deux partners se fassent connaître, par des cartes significatives , par des invites , réciproquement leurs jeux. C'est pour cela que j'en ai supposé un oti , en entrant en jeu , un joueur peut, dès les quatre premières levées, expliquer tout son jeu à son partner , comme s'il l'étalait sur table. Ah uno disce omnes.
Le Whist est tellement le jeu de la mémoire, que je ne gagne plus autant ni aussi souvent à présent que je le faisais il y a dix ans. J'oublie les cartes qui passent, conséquemment celles qui restent , puis leurs valeurs significatives , c'est-à-dire les joueurs qui les ont jouées et comment. Ce n'est pas la même chose de mettre un valet sur une dame ou sur un dix. Dans le premier cas , il ne doit plus en avoir ; dans le second, c'est l'inverse. Ainsi de suite.
J'ai traité les singletons , dont le meilleur à
jouer est la dame d'atout , par la raison qu'il doit arranger le jeu du partner ; puis le single ton du valet; puis le roi, mais seulement ici en couleur. Ne jouez pas votre roi d'atout singleton ; il est à croire qu'on vous le laissera faire, parce que l'on fait l'invite à l'as d'atout , et qu'on n'a pas à craindre , comme dans les couleurs , qu'il soit coupé. Votre as d'atout singleton , jouez-le d'abord. N'y retournant pas, votre partner voit que vous lui en demandez et que vous n'en avez plus ; que vous désirez d'en faire tomber deux pour un , et que vous avez craint aussi d'être obligé de couper avec l'as d'atout , ce qui n'est presque jamais le jeu. Evitez de faire couper votre partner avec ses honneurs, même le valet. Si votre partner ne coupe pas la carte -roi de l'adversaire, c'est qu'il n'a pas de petits atouts. Alors jouez-lui-en, vous , et le plus petit , non le plus gros de votre jeu. Rappelez-vous que les gros singletons , quels qu'ils soient , doivent arranger, par les probabilités , le jeu de votre partner. Il y a des joueurs qui raisonnent les couleurs comme les atouts : c'est une tout autre manière de jouer. Quand votre partner vous demande atout , quelle que soit la qualité de sa
carte , as ou deux , c'est de l'atout qu'il lui faut rendre , parce qu'en les faisant tomber cela arrange son jeu. On ne doit point prendre sur les honneurs , même sur le valet ; mais il n'en est pas de même en couleur. L'as, le roi, la dame et le valet ne sont honneurs qu'en atouts. Dans les couleurs , prenez le valet de votre partner, si vous avez l'as. Si vous n'avez que le roi, ne prenez pas : votre partner ne doit point avoir l'as. Ce sera un singleton, s'il a le dix, ce sera peutêtre la longue couleur. En couleur, s'il n'y a qu'une carte intermédiaire, ne prenez pas comme ici, où il n'y a que la dame ; mais si votre partner a joué le dix au lieu du valet, mettez votre roi, au risque de le voir pris par l'as : le valet, la dame et l'as existant contre vous, sont ou ne sont pas dans la même main. S'ils sont chez l'adversaire de droite qui joue avant vous , il aura mis le valet nécessairement ; s'ils sont chez l'adversaire de gauche , il vous voit venir, et vous ne ferez pas votre roi , parce qu'il vous attend avec l'as , la dame et le valet. Je conclus qu'il faut prendre sur son partner, quand il existe deux cartes intermédiaires.
Je distingue les cartes significatives des invites:
par là je rends mieux mon idée. C'est une expression nouvelle que Fauteur, s'il vit encore , daignera me pardonner, de même que celui de s'harmoniser avec son partner pour jouer l'un et l'autre avec vingt- six cartes, non plus avec treize. Cette méthode nouvelle me donnerait bien le droit de prendre un brevet de perfectionnement; c'est pourtant ce que je ne ferai pas. Quand j'ai les trois tierces majeures en couleur, je joue mes trois rois , qui passent l'un après l'autre et qui signalent à mon partner que j'en ' ai aussi les as. Je lui ai fait connaître mon jeu pour qu'il joue dessus à coup sûr. Je suis un mort pour lui seul ; je ne le suis pas pour nos adversaires. Voilà où gît notre avantage énorme. Mes rois ne sont pour lui que significatifs ; mais quand après je joue la dame d'atout singleton ou seconde , alors celle-ci devient une invite de ma part, et mon partner, à qui j'ai fait connaître mon jeu, doit s'empresser d'épuiser les atouts, après quoi il me fera des invites en jouant la couleur oli il lui importe de me faire prendre la main. C'est ainsi que j'obéis à mon partner, comme mon partner doit m'obéir ; à moins que i'un ou l'autre ayons des jeux absolument indé-
pendants. N'oublions jamais que nous sommes deux alliés offensifs et défensifs, qui conservons le privilège de nous reprocher nos fausses manœuvres après la fin du coup , privilège dont j'usais trop souvent , selon les observations du
général C , et dont je suis extrêmement
avare depuis lors.
J'avais d'abord eu l'idée d'établir une catégorie des invites à ce jeu -là , par rang de mérite ; mais cela serait trop long, difficile à en faire l'application , puisque les coups varient à Tinfini. Les plaisanteries, les comparaisons plus ou moins inutiles dont j'ai parsemé mes maximes pour m'amuser, peut-être en vous ennuyant, les ont déjà assez prolongées. Au lieu de bavarder comme un Athénien, j'aurais pu être plus concis qu'un Spartiate, car ma maxime sur le génie de ce jeu -là consiste simplement à s'harmoniser avec son partner, à se faire connaître réciproquement son jeu le plus tôt possible , sans quoi on ne le peut, et déjouer ensuite avec vingt-six cartes, et non pas avec treize, en observant bien toutes les cartes qui tombent, celles dont on se défait, chez les adversaires comme chez le partner, parce que toutes sont significatives et doi-
vent éclairer la religion du joueur. U s'agit ici de s'entendre avec son partner, de manœuvrer avec lui pour faire avec les vingt- six cartes en commun le plus de levées possible; ne point croire, surtout, comme beaucoup de joueurs en ont le goût très-peu galant, que les levées qu'on fait soi-même valent mieux, font plus de plaisir que celles du partner. Mais ne dire que cela, eût été trop tôt fini, et il fallait bien analyser, commenter mes maximes , en faisant des citations , des applications.
Si vous pouvez faire connaître votre jeu dans les quatre couleurs dès les quatre premières levées, vous sentez que vous mettez votre partner fort à son aise , et que vous obtenez , en débutant, un avantage immense sur vos adversaires. Les invites des séquences ont ordinairement la préférence , en commençant par la plus grosse depuis le roi inclusivement; mais la composition de votre jeu peut faire donner la préférence à la longue couleur, dans laquelle vous croyez devoir rester maître à la fin , en faisant tomber d'abord dans celle-ci les supérieurs qui la gênent, soit qu'ils se trouvent chez votre partner ou vos adversaires, n'importe. Cette considération seule
suffit pour ne pouvoir donner une catégorie des invites par rang de mérite , par la raison qu'il varie selon les treize cartes de son jeu. Je suppose cinq petits atouts en trèfle , cinq petits en carreau, la tierce à la dame de pique, point de cœur. Premier à jouer, j'invite à carreau, qui est ma longue couleur, par une petite, à moins que je n'aie le valet , le dix et le neuf , dans lequel cas j'entre par le valet, cherchant à faire tomber les gros. Si mon partner fait la levée et qu'il y retourne , cette couleur , d'abord insignifiante par son exiguïté, deviendra maîtresse, puisqu'il n'en restera plus que deux chez les trois autres joueurs, tandis que j'en aurai encore trois. Si, au lieu de retourner d'abord dans mon invite , ce qui ne se ferait guère que dans le cas oti il aurait pris de la dame pour retourner de l'as ou vice versa, il eût fait une invite au roi de pique ou joué l'as de cette couleur ; il arrange encore mon jeu, puisqu'il me restera, dans tout état de cause, la dame maîtresse à la troisième levée. Si, au contraire , mon partner entre en jeu , après avoir pris mon premier carreau , par les gros cœurs, dont je n'ai pas, je m'en vais de mes carreaux, quoiqu'ils soient d'abord mon invite. Je
les abandonne, en conservant de préférence ma tierce à la dame de pique ; tandis que, si je n'avais eu que la tierce au valet de pique , je me serais en allé de celle-ci au lieu de mes petits carreaux. Si , au lieu de jouer de gros cœurs , Tas, ou au moins le roi, mon partner me fait une petite invite dans cette couleur -ci, je coupe, n'en ayant pas, pour retourner encore carreau, qui est ma longue couleur , parce que je puis espérer que mon partner pourra prendre la main , soit par la carte maîtresse , soit en coupant ; dans lequel cas la navette est établie, lui, en me faisant faire mes petits atouts avec ses cœurs, et moi les siens avec mes carreaux. Si le jeu de mon partner demande des atouts et m'y invite , je ne puis prendre la main pour y rentrer, puisque je n'en ai que de petits ; mais, dans ce cas, son jeu serait encore le mien, en restant avec les derniers atouts, en ayant cinq. Je cite ce cas-ci, oii j'invite mon partner par ma longue couleur , plutôt que par ma séquence à la dame, devant la suivre ou l'abandonner, selon que le jeu se développera, selon que j'aurai l'espoir d'y rester le maître ou non. Les invites sont donc à l'infini.
Lorsque vous aurez le valet troisième , soit séquence, soit avec des petits, et que vous serez forcé , par la composition de votre jeu , d'ouvrir cette couleur, n'oubliez pas que la dame, le roi et l'as étant encore au jeu, vous ne pourrez faire votre valet qu'au préjudice du jeu de votre partner. Alors jouez- le pour faire le sien. N'oubliez pas, d'ailleurs, que, si vous entriez par une petite au lieu du valet , vous lui faites une invite et vous le trompez. C'est l'inverse si vous êtes le second à jouer , car ici vous pouvez espérer de le faire, et surtout vous ne trompez point votre partner, ce qu'il faut toujours éviter. Votre adversaire de droite invite dans cette couleur son partner : donc celui-ci mettra sa plus grosse. Si c'est une dame ou un roi, que votre partner ait l'as, celui-ci fait la levée, et il vous reste encore le valet second pour voir venir l'adversaire qui a fait l'invite. Vous ferez donc alors la troisième levée. Votre partner ayant fait la première par cette distribution du jeu , vous la seconde ou troisième , il s'ensuit que vos adversaires n'en font qu'une. Dans ce cas-ci, les joueurs se servent de l'expression habituelle : Notre jeu a mal tourné y sans réfléchir qu'il ne pouvait tourner
différemment , la première invite ayant été au roi ou à la dame. C'est une chance malheureuse attachée au sort des invites qui ne sont point séquentes.
Je pourrais étendre indéfiniment mes explications sur la composition des jeux, qui varient à rinfini, sur les cartes significatives, les invites des joueurs partners ou adversaires ; mais il faut laisser quelque chose à leur intelligence, en les prévenant qu'ils doivent toujours raisonner d'après les probabilités , et que ceux qui s'en seront donné le plus , qui auront le mieux joué , enfin, auront un avantage incontestable, à la longue, sur leurs adversaires ; ils perdront moins avec de mauvais jeux , et gagneront plus avec de beaux. Dans ce jeu du silence, qui est plutôt celui de la mémoire , il faut une attention continuelle pour se rappeler non - seulement les cartes qui passent , mais comment on les joue, car elles doivent être toutes significatives pour faire deviner plus ou moins les jeux des joueurs.