‹ Génie et folie: réfutation d'un paradoxeChapitre 4 sur 8 · A. — HOUUES DE GÉNIE DANS LE DOMAINE DI PHILOSOPHIE ET 1)B LA SCIENCE · texte numérisé non relu

A. — HOUUES DE GÉNIE DANS LE DOMAINE DI PHILOSOPHIE ET 1)B LA SCIENCE

En voici l'énumération :

Thaïes, Anaximatïdre, Anaximène, Empédocle, Xénopb Leucippe, Protogoras, Prodicus, Démociite, Hérticiite, Hi] crste, Anavagoras, Soora.tb, Platon, Aristippe, Diogèue, A tôle, Théopbraste, Straton, Aristoxèiie, Zenon, Epicure, C sippe, Métrodore, Carnéade, Sextus Empiricus.

Pythagore, Pythéas, Archimède, Eratosthènos, Hippar Euclide, Apollonius, Diophanto, Sosigèue, Stratou, Ga Ptolémée, Hypatie.

Hérodote, Thucydide, Xénophon, Polybe, Ariatar Cicéron, Sénèque, Pline, Tite-Live, Tacite, PMarque, I tète, Lucien, Ulpien.

Avicenne, Averrhoès, Thomas d'Aquin, Roger Bacon, & lard, Occam, Pomponnât, Céaalpîn, Copernic, Paracelse,

calendrier, publié il y a six ans, j'ai délibérément, et e mftre réflexion, éliminé Cardan, a Ce n'est point pour lui, Bayle, qu'il faut dire que la folie est méléo avec le grand cb| il faut prendre la cboxe d'un autre sens, et dire que le g esprit est mêlé avec la folie ; le grand esprit ne doit être conai que comme Vuppendixet l'accessoire de la folie s. {Dictionn. l rtqvA et critàque, art. a Cardan i'.)

Hebnont, Etienne Dntet, Beucblin, MicheF Serret, Rabelais, Monuigne, Cliarron, Giortlano Bruno, Vanini, Jîacnn, Oujaa, La RocheFoucniild, Gaetendi, Deecartee. Pasual, Hobhes, %\à\\ey, Spifiota, Leibiiit:, Vico, Locie, Newton, Baylt, F<m- 'enelle. Voltaire, Monteiquie», Helvétius, Fréret, Diderot, l'Holbach, D'Alembert, Adam Smitli, La Mettrïe, Gibbon, 'Joudillnc, Beccaria, Buffon, Hume, Kant, Coii(li>rc«t, Gabanie, Uaupertuii', Hegel, Bentham, Cuvier, Lamarck, Bichal, Gall, Seoffroy-SBint-Hilaire, Broussai», Auoustk Cohtb, Feuerlach, ScHOPENHAURR, Michilet, Oarlyle, Darwin.

Marco Polo, Gutonberg, C7Ari>lopA^C(j/Dmè,V«sco de Oama, i^esale, Kepler, Gafc7e'e,H«rvey, Papin, Hnyghens, Vaucanso», [i'raiikiin, Monlgolfier, Arkirright, James Watt, Galvani, Volta, Davy, lÂrtné, Lavoisier, Euler, Priestley, Berzélîus,, Jeaner, J. BernouilU, Berthollet, Laplace, Lagratige.

Soit, en tout, 146 philosophes et savants de génie, snr esqnels 40 sont signalés (1) par M. Lombroso comme présentant des tares quelconques on, du moins, ce que 'anteur considère comme tel.

C'est ainsi que sont dénoncés comme cillibataires{ce\& lona le titre de a stérilité ») : Galilée, Gassendi, Desairtes, Spinoza, Hobbes, Locke. Leibnitz,Kewtoû,Bayle, Fontenelle, Hnnie, Kant, Bentham {p. 27). De pins, [jeibnitz méditait snrtont dans la position horizontale ; Gassendi pronouoait des sermons h qnatre ans (p. 30) ; Spinoza était petit (p. 8), Locke, et Kepler, étaient naigres (p. 19) ; Hobbes, Fontenelle et Bentham mon- •nrent à quatre-vingts ans passés.

Aristippe était s débauché » (p. 90) ; Plutanjne « eut m grand-père adonné an vin » (p. 213) ;Pom[>onnat itait petit, Giordano Bruno, vagalxind (p. 36) ; Gibbon ;t Linné étaient hydrocéphales, Cuvier avait le cerveau ■norme mais hydropique (p. 12) ! D'Alembert, fils natu- ■el, précoce, « pleurait sous la piqûre de la critique >

(I) Les noms vi-deaaus en italiques aies ceux dea hcmmea cbez leequels isaocié ù. la fi>lie.

(p. 53) ; Voltaire, grand, maigre, précoce, hypoc driaque (p. 72), mort octogénaire, conçut un chanl la Eenrîade en rêvant (p. 40) et « il aurait son oppositeur scientifique » (p. 51) ; Monteaqi ébaucha VEspiit des lois en voiture [y. 3fl), et « il 1 sait sur le carreau l'empreinte de ses pieds » (pi ( Diderot avait des distractions (p. 57), Buffon a et, de plus, il s'abandonnait k d'étranges contors: dn visage (p. 67), sans compter qu'il mourut à qua vingt -un ans; Darwin était névropathe (p. 1! Carlyle redoutait de faire aa malle (p. 89), ne pou voyager en voitnre avec sa femme (p. 94) et moi octogénaire,

Galilée, comme Voltaire, aurait « tué son opposi scientifique b. Quant à Bichat, il avait l'hémispl gauche plna développé que le droit.

Pour Miehelet, on devrait dire aussi de M < appartient au monde de la « phréniatrie », si l'on w 1 à son histoire naturelle de fantaisie, à ses obscéi académiques (!), à aa vanité incroyable et & ses den volumes de V Histoire de France, transformés en bourbier d'anecdotes scandaleuses et de parad' bizarres » (p. 367). Voilà comment M, Lomb apprécie l'homme aimable, le grand penseur et le fond historieu, dont la France intelligente se prépï célébrer le centenaire. C'est tout de même insnpport» et j'ai trop étudié la question pour ne pas reconni ici le coup du Sémite qui, au fond, ne peut pas plus historien que savant. « L'histoire, dit excellemt Gustave Tridon, nelni est jamais apparue que coi thème à sa propre glorification et h la malédiction autres (1). b Que dire, d'ailleurs, de ce médecin, de cet aliéi

(1) G. Tridon, ancien membre de la Couiiuune de Pari, Uùhckiaiaejtiif, p. 10. Bruiellee, 1884.

ai se permet de stigmatiser \m pins pnrs génies en leur onnant une place dans son pilori, sons prétexte qn'îla nrent petits, précoces, célibataires on moatorent à natre-vingts ans et plus? On n'exigera pas qne j'entre ans des explications à cet égard ; ce serait se moquer Q lectenr, assez éprouvé déjà par la reproduction néceslire de pareilles élucubrations. Je oe venx retenir que ! fiiit de la longévité, assez commnne chez les grands ommes et que l'auteur attribue à leur dureté, à leur i;oïsme, à leur défaut « d'afifeetivité ». Mais, pourtant, j n'est pas la peine d'être médecin pour ignorer que la ingévité est d'ordinaire une affaire d'hérédité et qne mx-là, surtout, ont la chance de mourir très vieux, qui it des ascendants octogénaires. Tout cela est d'antant lus étonnant que les partisans de la théorie dn génie- 5vrose, signalent volontiers comme inférieurs, et avec us de raison, les individus qui a meurent de cha- ■iu » (1). Ils devraient pourtant bien se mettre d'acird entre eux. De fait, la loi de nature est ainsi : lonime bien constitué résiste aux plus poignantes lulears ; la plaie subsiste, mais, avec le temps, t-icaisée. Ceux qni succombent an chagrin ne sont nulleent des individus d'élite, mais bien plutôt des esprits suffisamment équilibrés ; sans quoi, le monde périrait, stte longévité de certains génies, d'ailleurs non génélisée, est une preuve de plus de la plénitude de leur talité, de l'intégrité parfaite de leur organisation. Noos arrivons à des faits, en apparence plus précis, x cas de Sénèque et de Bacon, flétris comme criminels, iccnsés de péculat » (p. 94). Mais, d'abord, c'est pasr les bornes que d'assimiler de pareils cas & ceux des iminels nés on fous moraux de la pire espèce ; ensuite cause est loin d'être définitivement jugée. Sans

'!) Moreau (de Tours), he. cit., p. 523.

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partager l'enthousiasme immodéré de Diderot pour Sénèque, il est permis de faire remarquer, qu'en somme, les accusations portées contre le précepteur de Néron reposent principalement sur les dénonciations du discrédité Suilius, citées par Tacite et reproduites par Dion (1). Quant à Bacon, il faut avant tout ne pas s'en tenir aux venimeuses allégations de Macaulay (2). I^e contre-poison se trouve dans la complète et si consciencieuse étude de B. Montagu, l'éditeur bien connu des œuvres du grand philosophe (3). Comme le dit un auteur récent, sa grande faute a été de n'avoir pas empêché ses officiers et ses serviteurs d'abuser de leur situation au* près de lui pour prévariquer. ce Mais la postérité, plus juste et plus vraie que les juges politiques de Bacon, proclame que le chancelier, dans les fonctions de sa charge, a toujours agi de bonne foi et qu'il a* toujours rendu à chacun, riche ou pauvre, loyale justice ; qu'il n'a jamais fait aucun acte avec intention criminelle et que, sans la preuve de cette intention, il ne saurait y avoir aucun crime de corruption (4). »

Sans plus de raison, quoique dans un tout autre ordre d'idées, Hegel est stigmatisé comme ayant eu une sœur folle. Je demande ici qu'on m'accorde ce postulat: la présence accidentelle d'un aliéné dans la famille d'un grand homme ne prouve absolument rien, quant à sa dégénérescence, lorsque, bien entendu, il n'existe chez lui aucune tare mentale. Le fait, s'il était généralisé,

(1) Cf. Tacite, Annal. y XIII, 42. — Dion, HUt. roman., LII, 2. — Diderot, Essai sur les règnes de Claude et de Néron^ liv. I, 59, sq. — Hochart, Etude sur la vie de Sénèque , p. 147, sq. Paris,

(2) Macaulay. Critical and historical Essays : Lord Bacon (juillet! 1837).

(3) The Works of Francis Bacon, a new édition, by Basil Montagu, 16 vol. in-8°. London, 1825-1834.

, (4) Gamoin de Vence. La vérité sur la condamnation du chancelier Bacon, p. 57. Paris, 1886.

sa

ponrrait être nu indice ; mais, comme la suite de cette étude le démontrera, il est, an contraire, exceptionnel.

Je ne m'arrêterai pas sur les cas de Yau Helmont, voyant son âme sons la forme d'un cristal, — de Deecartes, se croyant hanté par nne personne invisible, après une longue retraite, — de Colomb entendant une voix, sur le rivage de la Jamaïque, lui reprocher de s'être livré à la tristesse (p. 88} (1); ce sont là pores mystifications on simples rêves de malade, sans contrôle possible comme sans réalité.

Et Démwrite, a qui se creva les yeux parce qn'il ne ponvaitvoirune femme sans la convoiter! b (p. 90). Sans Joute, comme dit Bayle, pinsieurs auteurs rapportent ;ette sottise (2) ; mais ni Plutarque (3) ni les écrivains postérieurs n'ont pris cela an sérieux. Il faut y regarder i deux fois avant d'avaler de pareilles bourdes. Un fait icqnis, rapporté par tous les auteurs, c'est qne le plus rrand philosophe de l'antiquité, après Aristote, mournt )ctogénaire et voyagea beaucoup . Or, comme le remarque Sayle, « on ne s'avise guère d'entreprendre de grands voyages quand on est aveugle ; et si ceux qui ont passé 'âge de quatre-vingts ans avaient besoin de s'aveugler, le ne serait pas àcause que la vue des femmes allume en 'ox le feu de l'amour » (4). C'est un conte à dormir leboufc.

Mais le génie que j'ai le plus k cœur de dégager ici, l'est l'homme incomparable, demeuré encore aujourl'hni, comme au temps du Dante, le maître de ceux qui

(1) Christophe Colomb, de plus, aurait eu un fils œ trigame »,

(2) Oicéron ((Je Fiaibui. lib. V) mentionne io, tait, sana l'affiraer. Le seul TertullieD s'en empare pour en faire ua exemple et émoatrer la Bupérioritè du christianisme aur la aagesae païenne Apoîoget,, cap. 46).

(3) Plutarque. Sur la curiosité.

(4) Bayle. UieftûiwiaireAwtorigae et critique, art. a Dèmooritei,

savent ; le philosophe dont les œuvres, pendant plus de quinze siècles, ont alimenté les sources de la pensée humaine, — Aristote, en un mot, véritablement digne des louanges sans fin accumulées à tort, par la secte spiritualiste, sur le rhéteur bavard et rétrograde appelé Socrate. Si le Stagirite s'est, en effet, donné la mort, — et bien que l'âge constitue une excuse relative, — la tare apparaît, pourtant, dans une certaine mesure. Car, à part les grands et inéluctables suicides (1) des Arria et des Caton, le meurtre de soi-même est un acte avéré de folie, possible seulement chez les individus ayant perdu le sentiment ou l'instinct de la conservation ; instinct sans lequel Tespèce humaine s'éteindrait à coup sûr, et dont la disparition constitue par conséquent un signe indéniable de trouble mental. Or, notre auteur se contente de dire que a la liste des grands hommes qui ont abouti au suicide est infinie (?) ; elle s'ouvre par les noms de Zenon, d'Aristote, etc. (p. 71) ï). Et c'est tout. La question valait pourtant la peine d'être discutée, d'autant que l'accord est loin d'être parfait ; c'est même tout le contraire.

« L'assertion d'Eumélus et autres, d'après laquelle Aristote se serait empoisonné, dit l'illustre Grote (2), semble être une invention suggérée par une analogie supposée avec la mort de Socrate. » Il y a bien une inscription relatant le fait de l'empoisonnement (3). Mais, des inscriptions, il faut en prendre et en laisser, — en dépit de certaines taupes littéraires, experts en écri-

(1) Les nombreux auteurs mystiques qui ont laissé aller tant de sottises à propos du suicido dans les temps romains, me parais- Hent n*avoir jamais réfléchi à une chose : c'est qu'à une époque où la puissance romaine avait réalisé, en quelque sorte, l'unité du genre humain, au moins du monde civilisé, il n'y avait pas, en cas de défaite, à s'expatrier pour échapper au vainqueur; le seul refuge était dans la mort.

(2) Grote. Aristotle, t. I, p. 22. London, 1872.

(3) Corpus, ImciHpt grœc. de Bœckh, 2, n° 911, p. 680.

tore ancienne, tonjonrs prêts à vanter leur marchandise, au détriment de Thucydide et de Tacite. De fait, « cette inscription, dit très bien M . Chaignet, ne prouve pas qu'il se soit empoisonné, mais seulement que l'auteur a connu cette tradition et qu'il l'a acceptée » (1 ). Elias de Crète raconte d'autre part qu*Aristote se jeta dans TEuripe, de désespoir de n'avoir pu découvrir l'explication du phénomène des marées qui s'y produit ; antre fable, tout à fait ridicule celle-là, en dépit des atténuations et des raffinements introduits par différents Pères de l'Église, Justin, Grégoire de Nazianze et antres.

Dans tous les cas, il eût été convenable de faire connaître l'opinion adverse, émise par ApoUodore (2), Aulu-Gelle (3), Denys d'Halicarnasse (4) et Censorinus — qui valent bien, ce semble, Eumélus, Mésychius, Elias de Crète et Justin — opinion d'après laquelle le philosophe serait mort, vers soixante-trois ans, d'une maladie d'estomac. Hufic ferunt naturalem stomachi infirmitcttem, dit Censorinus, crebrasque morbidi corporis offensiones adeo virtute animi sustentasse, ut magis mirum sit annos LXIII vitam protulisse quam ultra non protulisse (5). Ce qu'il faut entendre évidemment : c( Il supporta, à ce qu'on rapporte, une maladie ualurelle de l'estomac — et diverses autres phénomènes morbides, fréquemment reproduits, — avec une telle constance, qu'il faut s'étonner de l'avoir vu prolonger sa vie jusqu'à soixante-trois ans, loin qu'il ait paru pouvoir dépasser ce terme. »

Il paraît donc certain qu'Aristote ne mourut pas pas

(1) Chaignet. Esiwi sur la Psychologie (TAristote, p. 42. Paris,

(2) Diog. Laert., V.IO.

(3J Aulu-Gelle. Noct. attic, XIII, 5.

(4) Denys d'Halicarnasse, Ep. ad Amm,, 5.

(5) Censorin. De die natali, 14.

suicide ; qne si même un dout* pouvait snbsister, an moins ce grand homme devrait-il en avoir le bénéfice (1).

On pent en dire antant de Zenon, que M. Lombroso range d'emblée, sans citations ni commentaires, parmi les suicidés (p. 71}, a Les témoignages varient sur le genre de la mort, dit le savant Victor Leclerq, parlant dn fondateur du stoïcisme. On dit qne s'étant cassé an doigt par nne chute en sortant du portique, il frappa la terre de sa main, prononça ces mots de la Niobé d'Eschyle : « Je viens, pourquoi m'appelles-tu ?» et s'étouffa en retenant son haleine ; ou qu'il se laissa mourir de fiiim ; ou enfin, chose pins vraisemblable à son âge, qu'il mourut de vieillesse (2). » En effet, il avait quatrevingt-dix-huit ans I

Beaucoup plus sérieux est le cas de Newton, sur lequel, d'ailleurs, M, Lombroso ne nous donne que de vagues renseignements. L'auteur des Principia philosophica était maigre (p. 10), célibataire (p. 27) ; il résolvait des problèmes en songe (p. 41) et, nn jour, il Ini arriva de bourrer sa pipe avec le doigt d'une de ses nièces (p. 55), ce qui décèle une grande patience chez cette bonne nièce ; de plus, il avait des vertiges, lesquels « comme on sait, ont des rapports étroits avec l'épi-

(1) Quant à son prétendu bégaiement, il n'a pas pins de réalité- H a'agiasait simplement d'une eorte de grasseyement (TpauXdrii;) s que ses disciples imitèrent, dit M. Chaignet, comme les C'turtisans imitèrent la tète penchée d'Alexandre b Uoc. cit., p. 65).

(2) Biographie vnivertelle (Michaud), art. t Zenon ».

Les gens qui affirment que Zenon s'est tué, d'après Diagène Laërte, feraient bien de lire celui-ci jusqu'au bout. Quelques lignes après le récit du suicide, l'auteur cite des vers < de sa façon », comme il l'indique etd<-nt voici le sens: « On varie sur le genre de mort de Zenon de Cîtium ; les uns veulent qu'il finit sa vie épuisé d'années ; les autres soutiennent qu'il se laissa mourir de faim ; quelques autres prétendent que, s'étant biesné en tombant, il frappa la terre de sa main et dit : Je viens de moimême, â mort ! pourquoi m'appelles-tu 1 » (Diog. Laert., Fie des Fkiloeophes, VII, 1). Comme on le voit, l'historien n'affirme rien du tout.

lepsie » (p. 69). Oni, mais quelle sorte de vertiges? Enfin, « en 1693, après le second incendie de sa maison, et à la suite d'excès d'étude, il tint des discours si incohérents avec l'archevêque (sic), que ses amis s'en alarmèrent sérieusement.... Quelque temps après, il écrivit deux lettres qui, dans leur forme obscure et confuse, attestent à double titre comment, même dans la suite, il ne fut qu'imparfaitement guéri du délire de la persécution » (p. 1 17). Et encore : « ce fut probablement pendant cette maladie qu'il composa V Apocalypse, la Chronologie », etc.

Voici les faits exacts, tels qu'ils sont rapportés par Biot. Le détail lui en fut communiqué par un M. Van Swinden, lequel aurait trouvé dans les papiers de Huyghens une note manuscrite, de la main de ce dernier et ainsi conçue : « Le 29 mai 1694, M. Colin (ou Colm ?), Ecossais, m'a raconté que l'illustre géomètre Isaac Newton, est tombé il y a dix-huit mois, en démence [cecidisse in phrenesin) soit par suite d'un trop grand excès de travail, soit par la douleur qu'il a eue de voir consumer par un incendie son laboratoire de chimie et plusieurs manuscrits importants. M. Colin a ajouté qu'à la suite de cet accident, Newton s'étant présenté chez l'archevêque de Cambridge et ayant tenu des discours qui montraient l'aliénation de son esprit, ses amis se sont emparés de lui et ont entrepris sa cure, et l'ayant tenu enfermé dans son appartement, lui ont administré bon gré, mal gré, des remèdes au moyen desquels il a recouvré la santé, de sorte qu'à présent, il recommence à comprendre son livre des Principes (1). »

On ne peut donc guère douter que Newton n'ait subi en 1694, c'est-à-dire à l'âge de cinquante-deux ans, une crise mentale sur la nature précise de laquelle il est

(1) Biot, in Biographie Michaud^ art. « Newton ï>.

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difficile de se prononcer (1). Mais ce que je veux reb nir, c'est le fait de récti{)se, de la disparition du gén du grand géomètre k partir de cette crise. Nous avons i le témoignage irréfutable de Biot, d'nn savant illusti dont la compétence ne saurait être discutée. « Ce fa d'un dérangement d'esprit, dit-il , quelle qu'eu pnisae et: la cause, expliquerait pourquoi, depuis la publication d livre des Principes en 1687, Newton, alors âgé seul ment de quarante-cinq ans, n'a plus donné de trava nouveau sur aucune partie des sciences, et s'est coi tenté de faire connaître ceux qu'il avait composi longtemps avant cette é[>oque, en se bornant à les con pléter dans les parties qui pouvaient avoir besoin ( développement. Et l'on pent remarquer que ces dév loppements mêmes paraissent toujours tirés d'expériei ces on d'observations précédemment faites, comme li additions à la seconde édition des Principes en 1713 < les expériences sur les plaques épaisses, sur la diffra tion, ainsi que les questions chimiques placées fi la £ de V Optique en 1704; car, en rapportant ces expériei ces, Newton dit formellement qu'il les a tirées d'onde) manuscrits qu'il avait autrefois composés; et il ajou' que bien qu'il sente la nécessité de les étendre ou de b rendre plus parfaites, il n'a pu se résoudre à le fair ces matières étant désormais trop loin de lui (2). »

Le cas de Newton n'est donc pas encore de ceux qi rentrent dans la théorie dn génie-folie, puisque cbez b l'apparition de la folie fut le signal de la disparition d génie. En vain, objecterait-On que cela ne prouve rien ; qi: le fait de la crise mentale décèle l'existence d'nn cervea « dégénéré », prédisposé, et que c'est précisément grftc à cette prédisposition à la folie que le génie a pn t

(1) Moreau (de Tours) pense qu'il s'agit peut-être de latft(p«i ou démence aiguë d'Esquirol.

(2) Biot, loc. cit.

msDÏfester. Cels ne poamit être all^foé qne dans le cas ott ces états mixte» étant plotdt la règle — comme le prétend H. Lombroso — le génie paraîtrait, en qaelqae fitooD, conditionné par eux. Mais comme c'est précisément le contraire qni arrive, comme ces faits de coïncidence dn génie arec la folie sont tont k fait exœptionnels, ainsi qne nous le verrons, l'argnmentatioD de nos adversaires tombe d'elle-même. Ce qni ressort de l'étode approfondie do cas de Newton, c'est qne, précisément, ses immortelles déconrertes ont été faites dans le moment de la parfaite intégrité de son cervean qni ensuite, épnisé par l'effort et en raison pent-être d'une certaine prédisposition d'aitlenrs très faible, commença à snbir un processas de désintégration ; aussi, à la snite de sa crise mentale, rantenr des Principes ne produisitil plus rien d'important.

n fant en dire autant de Vico, de Volta et de Linné ; les faits, ici beaucoup pins simples, ont été exprès, dénaturés comme à plaisir. Ainsi, M. Lombroso a un chapitre intitulé : « Hommes de génie aliénés >, avec ce sous-titre : Vico, Montanus, Harrington, etc. Or, il ne dit rien de Vico, sinon « qu'il termina par la démence nne glorieuse carrière » (p. lOOV Et en voilà encore un de classé ! Mais le fait d'avoir présenté des signes d'afftdblissement sénite, à soixante-quinze ans, ne peot véritablement être assimilé à la folie proprement dite (1). De même pour Linné, frappé d'ajKiplexieàsoixante-sept ans, et Volta à soi santé -dix -h nit {L'}. C'est un étrange abus que d'établir d'emblée une relation entre la folie et rhémorragie cérébrale; d'aiUeors, quand ils furent ainsi annihilés, ces trois grands hommes avaient terminé

1] Vita di G.-B. Vico : appeadice de Vilkrosi, io Opem di G. Vieo, t. IV, Milano. 1836.

(2| \'oy. Nouvelle Biographie, par Hœfer. Pirie, Didot, art. € Linné > «t « Volta >.

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depuis longtemps les travaux qui les ont immortalisés.

C'est aussi le caa de Haller qui, vers la fin de sa vie, tomba dans un véritable abrutissement religieux (1) et se gorgea d'opium pour calmer la douleur de ses accès de goutte.

En somme et tout bien examiné, il ne reste à l'actif de la théorie lombrosienne, sur cent quarante-six philosophes et savants de génie , que Socrate , Pascal , Auguste Comte et Schopenhauer.

Leur cas sera examiné plus loin, quand un triage analogue aura été opéré pour les deux autres catégories.

B. — Grands politiques et chefs de peuple.

Il y a lieu d'établir ici deux subdivisions, comprenant : a. les politiques et hommes d'Etat proprement dits ; b. les réformateurs et enthousiastes religieux, que je ne regarde pas, pour ma part, comme des Héros de l'Humanité ; seulement, je puis d'autant moins les rejeter, danâ l'espèce, qu'on me reprocherait, avec quelque apparence de raison, d'avoir voulu me débarrasser du principal déchet.

a. Grands politiques et hommes d^État. — Nous retiendrons les noms suivants, universellement admis :

Cyrus, Solon,^ Clisthène, Miltiade, Léonidas, Aristide, Thémistocle, Fériclès, Alcihiade, Thrasybule, Epaminondas, Timoléon, Démosihène, Alexandre, Démétrius Poliocerte, Philopœmen.

(1) «Son père, dit Galton, appartenait à nne famille hérédilairement pieuse :i^ (loc, ck., p. 213).

Jonins Bratas, Camille, Manlias Capitolinns, Fabricias, Sparios CasMos, Liciaios Stolon, Cincinnatos, Décius, Fabius Maximus, Regulos, Scipion F Africain, Paul Emile, Tiberius et Gains Gracchns, Pompée.

CésABi^ Titus, Vespasien, Adrien, Nerva, Antonin, Trajan, Marc-Anrèle, Dioclétîen, Julien.

Théodoric, Charles-Martel, Charlemagne, Alfred, Othon le Grand, Rodrigue le Cid, Jean Hunyade, Louis XI, Comines, Isabelle de Castille, Henry V, Côme de Médicis, Léon X Charles- Quint, Don Juan de Lépante, Elisabeth, Henri IV, Sully, Richelieu, Oxenstiem, Guillaume le Taciturne, Gustave-Adolphe, Cromwell, Jean de Witt, Rnyter, Jean Sobieski, Vauban, Colbert, Guillaume III, Pierre le Crrand, Frédéric le Chrand, Catherine II, Napoléon.

Rienzi, Machiavel, Etienne Marcel, Jacques Arteweld, Pierre de Gondi, Pombal, d'Aranda, Kosciusko, Franklin, Sieyès, Danton, Anacharsis Clootz, Hoche, Marceau, Washington, Mazzini, Cavour, Garibaldi.

Voilà qnatre-vingt-doaze héros, snr lesquels treize sont portés par M. Lombroso à l'actif de sa théorie.

Mais, je retrancherai d'abord Alcibiade et Démosthène, accusés de bégaiement. Outre que ce « stigmate:^ ne suffit pas, à lui seul, pour caractériser la dégénérescence, et que, de plus, il peut coexister avec une intégrité parfaite des pouvoirs psychiques, complètement indépendants de sa réalité, — il apparaît comme insignifiant et transitoire chez ces deux grands hommes. Alcibiade, nous dit Plutarque d'après Théophraste, cherchait souvent, dans ses discours, ce qu'il fallait dire et parfois s'arrêtait court en pensant à la suite de son improvisation (1). Est-ce là du bégaiement ? Pas le moins du monde ; c'est le cas, tout simplement, de beaucoup d'orateurs, et des plus grands, dont les foudroyantes périodes ne s'échappent que par bonds et

(1) Plutarque. Vie cT Alcibiade et Préceptes pour les Hommes d'Etat; 8.

saccades ; bien différents des rhéteurs « à robinet », dont la bouche s'ouvre en laissant passer, comme par les portes d'une écluse, un flux intarissable de paroles ininterrompues, mais sans éclat. Est-ce qu'avec un vrai bégaiement, Alcibiade aurait pu, dès son début dans les affaires, et très jeune encore, éclipser les autres orateurs (1) ? J'en dirai autant de Démosthène, le plus grand de tous, et qui ne serait jamais devenu tel si véritablement il avait fallu le compter parmi les bègues. Que les malheureux atteints de cette infirmité s'en aillent donc, avec de petits cailloux plein la bouche (2), déclamer des tirades sur le bord de la mer en furie, ou ailleurs; tout le monde sait d'avance qu'ils n'en parleront pas mieux. Démosthène paraît avoir souffert tout bonnement d'un défaut de prononciation, d'une articulation incorrecte et insuffisante, ce qui se corrige assez aisément.

Il est particulièrement pénible de voir figurer ici Périclès, le plus grand homme d'Etat de tous les temps, comme Aristote en est le plus grand philosophe. Et cela parce qu'il avait la tête un peu oblongue ; les poètes comiques l'appelaient Sckinocéphale (tête de scille). D'autre part, il ressort surtout d'autres citations de Plutarque dans le même passage, que le grand dictateur athénien, — un vrai dictateur par persuasion, celui-là ! — avait surtout un crâne extrêmement développé. « Périclès, dit Téléclide, ne sait plus que devenir : tantôt il demeure assis dans la ville, soutenant de ses mains son crâne pesant ; et tantôt, de son énorme tête, il fait jailîir un bruit de tonnerre » (3). De fait, tous ceux qui ont eu la bonne fortune de contempler le buste du British Muséum devront l'avouer :

(1) Plutarque. Vie d' Alcibiade.

(2) Ihid. Vie de Démosthène.

(3) Ibid. Vie de Périclès.

impossible de rien rêver de plus admirable que cette tête, respirant, avec la puissance et la sérénité, une bienveillance ineffable, signe visible et caractéristique des qualités maîtresses, qui faisaient de ce héros l'objet de l'enthousiasme universel et lui valurent le surnom d'Olympien.

J'écarte ensuite Mazzini, signalé comme « célibataire » (p. 43) et Catherine la Grande, accusée d' « anomalie sexuelle » (p. 222). A propos de cette dernière, j'infligerai à l'auteur, la citation tout entière : « Il y a un fait qui corrobore tontes les données citées plus haut. C'est que presque toutes les femmes géniales présentent des cas d'anomalies sexuelles. Il suffit de rappeler Sapho, la grande Catherine, Aspasie, George Sand » (p. 222). On aura beau dire : c'est écœurant et par trop « biblique ».

Cromwell et Cavour ne nous arrêteront guère plus longtemps. Pour ce qui concerne l'immortel restaurateur de la liberté et de la puissance britanniques, il n'y a contre lui qu'une prétendue hallucination, au cours de laquelle il aurait vu paraître « un fantôme gigantesque, lui prédisant qu*il deviendrait le plus grand homme de l'Atïgleterre » (p. 42). Mais, d'abord, on raconte de pareilles histoires de presque tous les personnages partis d'en bas et arrivés très haut ; de plus, celle-ci se trouve exposée pour la première fois dans la Vie de Cromwell par ce James Heath que Carlyle appelle carrioa — comme qui dirait charogne Heath — et auquel, dans sa magistrale biographie du Protecteur, il n'accorde, avec raison, aucune importance (1). « On peut à bon droit trouver étrange, écrit un des derniers biographes de

(1) <L L'origine de toutes les biographies hostiles, la source principale de toutes les sottises qui se sont dites à propos d*01ivier, est le triste petit livre intitulé : Flagellunij or tke Life and Deaih qfO, Cromwelly the laie Usurper y hy James Heath ^ — lequel parut

Cromwell, que Ranke ait cru devoir faire intervenir comme un des traits propres à caractériser le Protecteur , une fable telle que celle-là , manifestement imaginée dans les pires intentions du monde (1). »

Quant à Oavour, il était célibataire (p. 27), détestait la musique (p. 48), et faillit se suicider (p. 71-73). Si le grand homnie d'État italien s'était en effet suicidé, il y aurait lieu d'approfondir la question ; mais entre l'idée, l'intention de se tuer et sa réalisation, il y a un abîme. Combien de gens arrivent sur le bord du précipice sans pourtant s'y jeter, non par manque de courage, mais parce qu'ils n'ont pas suffisamment réalisé cet état de démence — je ne parle pas des Caton et des Brutus — dans lequel le sentiment de la conservation étant complètement aboli, l'individu entre en plein dans la monomanie suicide et sJextermine sans douleur comme sans regret. Tant que le snjet n'est pas arrivé à cet « état d'âme », on n'est pas en droit de le considérer comme un monomane.

Je n'ai pas donné de place à Charles-Quint dans mon calendrier, estimant que le petit- fils de Maximilien devait la plus grande partie de sa gloire aux circonstances extérieures, parmi lesquelles le « tu^ felix Austria, nube ! y> joue un rôle prépondérant. Cependant, puisque M. Lombroso l'insère dans sa liste de stigmatisés, et qu'il n'y a pas de raison pour le rejeter d'une façon absolue, comme un Cardan, il m'a fallu le prendre aussi. Or, Charles-Quint est dénoncé par notre auteur comme chauve, bègue (p. 26) et épileptique (p. 66). Moreau (de Tours) avait rappelé le cas de Jeanne la

aussitôt que possible après XAnnu% mirabilisy ou de la Glorieuse Restauration, et est conçu dans l'esprit que Ton peut se figurer. » (Carlyle, Oliver Cromwell^ Z«ft«ra a?ici speecAw. London, 1845, p. 12 et 30 de la Peoplé's édition.) (1) F. Hœnig. Oliver Oromwelly t. I, p. 79, Berlin, 1887-1889.

Folle, mère de l'empereur et la retraite de ce dernier dans le soi-disant monastère de Saint-Just, où, après avoir vécu de la vie des cénobites, il aurait eu Tétrange idée de faire célébrer ses funérailles de son vivant (1), etc. Pour ce qui regarde l'épilepsie, voici ce que dit Miguet : « Dans sa jeunesse, il avait ressenti des accès nerveux qui ressemblaient à Vépilepsie et que son historien Sepulveda appelle de ce nom. A la jfin de 1518 et au commencement de 1519, deux de ces attaques l'avaient renversé sans connaissance... Délivré de cette terrible maladie en 1526, à la suite de son mariage avec l'infante Isabelle de Portugal, il ne cessa d'éprouver des douleurs de tête qui l'obligèrent à couper ses longs cheveux en 1529 (2) *). Rien ne prouve en effet qu'il se soit agi de véritables attaques d'épilepsie ; en tout cas, ces accès disparurent complètement en 1526 et il n'y a pas à compter avec eux dans le cours de la vie active de l'empereur. D'autre part, sa mère était folle, comme le fut aussi la sœur de Hegel ; j'ai dit plus haut que cela n'avait qu'une importance tout à fait secondaire et même nulle, si, contrairement à l'assertion de nos adversaires, de pareils cas apparaissaient comme exceptionnels. Charles-Quint se ressent beaucoup moins de <L l'héritage » de sa mère, si l'on veut me permettre cette expression, que de celui de son arrièregrand-père et de ses aïeuls : Charles le Téméraire, Isabelle de Castille et Maximilien. En somme, ce ne sont pas là de mauvais antécédents, et on peut dire avec raison qu'il a c( fait honneur à sa famille ». Mais, d'une assez faible constitution, il n'était pas capable de résister aux excès amoureux qu'il se permet-

(\) Moreau, loc. cit., p. 520.

(2) Mignet. Charles-Quint, Son abdication, son séjour et sa mort au monastère de Yuste, 10° édit. Paris, 1882, p. 20. Sepulveda, vol. II, lib. XXX, c. 35, p. 636.

Tt ï^

tait (1), combinés avec les perpétuels soacis et fatigues de ses grandes entreprises, ce Notez, dit Bayle, qu'il courut un bruit que Charles-Quint avait la vérole: Imperator, ut nonnulli confirmant^ ex morbo Gallico laborat (2). » Le fait n'est pas prouvé ; rien d'étonnant d'ailleurs, à ce que l'empereur ait rivalisé sur ce point avec François I", comme sur tant d'autres. Dans tous les cas, pas n'est besoin de faire intervenir ici une soidisant (L folie syphilitique ». La vérité est que Charles- Quint, vieilli avant l'âge, aigri, assommé par ses derniers échecs, s'empressa de se débarrasser du pouvoir, qu'il avait peur de voir désormais péricliter entre ses mains. Il se retira au monastère de Yuste, où il ne mena pas du tout le genre de vie imbécile que lui prêtent Robertson et tous les autres sur la foi des moines hiéronymites. « Dans sa pieuse retraite, dit un auteur récent et non suspect de partialité, Charles-Quint vivait à part des moines. Sa résidence, contiguë au monastère, en était indépendante comme sa vie. Très dévotieux, il se sentait aise du recueillement monacal qui l'enveloppait, mais il n'entendait pas cependant, comme on Ta prétendu, s'astreindre aux rigueurs ascétiques. Ce qu'on a dit du déclin de son intelligence et de son dénuement claustral à Yuste n'est pas plus exact. L'empereur survivait toujours dans Tanachorète; mêlé encore aux plus hauts intérêts de la politique, il gardait toute la fierté de son génie dans un corps vaincu. « Son esprit, « dit Mignet, resta ferme, son âme haute et son carac- « tère décidé, ses vues fortes ; il donna, sur la conduite

(1) « On raconte qu'il buvait toujours trois fois à son dîner et à son souper. Lorsqu'il couchait avec une belle dame (car il aimait l'amour et trop pour ses gouttes), il n'en eût jamais parti qu'il n'en eût joui trois fois. î (Brantôme, Capitaineê ttrangerSy t. I, cité par l>ayle, art Charles-Quint , note V.)

(2) Bunel. EpisU, XXVIII (cité par Bayle, art. Charles-Quint^ note UJ.

< de là monarchie espagnole, les pins habiles conseils € et les directions les pins prévoyantes à sa fille, € la gouvernante d'Espagne, et an roi son fils. > Jonissant dn bien-être d'ime vie opulente (son entretien annnel coûtait 20,000 dncats) (1), il habitait, non nne modeste cellnle. comme Pont avancé Sandoval et Bobertson, mais nne confortable maisonnette >, etc. (2). On voudra bien excuser ces détails : il est indispensable de couler bas toutes ces légendes qui, en faussant rhistoire, fournissent des armes aux détracteurs de rhnmanité, aux adeptes de la théorie du c valet de chambre (3). »

Pour ce qui concerne Richelieu, la légende a été forgée de toutes pièces par lesdits adeptes, à l'aide d'un ridicule document. « Richelieu, dit M. Lombroso, d'après Moreau (de Tours), dans un accès épileptique, se croyait changé en cheval et sautait autour d'un billard. Revenu à lui-même, il avait tout oublié : ce qui dénote évidemment que c'était là uu accès épileptique (p. 69) ». Peutêtre ; mais encore faudrait-il savoir jusqu'à quel point le grand cardinal sautait autour d'un billard en hennissant comme un cheval. Moreau a ramassé cela dans les papiers de Madame, mère du Régent (4). Fille de l'Elec-

(1) Cette somme équivaudrait, d'après Mignet, à 720,000 de nos francs.

(2) Van Arenbergh, Charles-Quint, t. II, p. 158. Société de Saint-A»î;u8tin ; Derelici, imprimeur des facultés catholiques. Lille, 1890. — Cf. Mignet, hc. cit.

(3 j Un mot encore sur la fantaisie qu'aurait eue Charles-Quint d'assister au simulacre de son propre enterrenaent. Quiconque prendra la peine de lire le dernier chapitre du livre si consciencieux de Mignet, reconnaîtra sans doute la fausseté du récit des moines hiéronymites de Yuste. Outre que le 31 août, jour assigné à ses soi-disant funérailles anticipées, il était retenu dans sa chambre par la maladie, — il est tout à fait incompréhensible que ni son majordome, ni son secrétaire, ni son médecin, qui mentionnent tous les incidents, même les plus simples^ dans leurs lettres, ne parlent pas d'un événement aussi extraordinaire. (Mignet, loc, ciU, p. 410, sq.).

(4) Moreau, loc, ci^., p. 523.

tenr Palatin, cette princesse, qui n'avait de passion que pour la chasse, les chevaux et les chiens et préférait au café et au chocolat a un bon plat de choucroute et des saudssons fumés », passait la plus grande partie de son tenaps à écrire à ses parents d'Allemagne, « de longues lettres dont les fragments ont servi à former ces singuliers mémoires, où la cour de France, à l'exception du roi, est déchirée, injuriée impitoyablement. » Voici le fragment auquel il est fait allusion ici :

1 1 . « Le cardinal de Richelieu, avec tout son esprit, avait de violents accès de manie. Il s'imaginait quelquefois être un cheval ; il sautait alors autour d'un billard et donnait des coups de pied à ses domestiques en hennissant et faisant un bruit terrible pendant une heure ; après quoi ses domestiques le mettaient an lit, le couvraient bien ; il s'endormait et suait beaucoup. A son réveil, il ne se souvenait pas de ce qui s'était passé. » — Du 5 juin 1716(1).

Ainsi, c'est une simple note que Madame n'a peutêtre jamais utilisée pour sa correspondance ; et voilà, soixante-quinze ans environ après la mort de Richelieu, la première nouvelle d'une série d'accidents aussi extraordinaires! « Nous avons consulté de nombreux écrits relatifs à Richelieu, écrit M. Brunet (2), sans rien trouver qui confirme l'étrange récit de Madame. Tallemant des Réaux, si fertile en médisances et en anecdotes hasardées, est muet à cet égard ». Je n'ai pas été plus heureux, en 1898, que ne l'avait été M. Brunet en 1855. Il faut donc, jusqu'à nouvel ordre, reléguer au nombre des fables l'extraordinaire récit de cette duchesse d'Or-

(1 ) Fragments et lettres originales de Madamey Charlotte-Elisabeth de Bavière, veuve de Monsieur, frère unique de Louis XIV. A Hambourg et à Paris chez Maradan, 1. 1«', p. 9, 1788.

(2) Brunet. Correspondance complète de Madame^ duchesse d'Orléans, t. I«^ p. 241. Paris, 1855.

DB, raniqae docament, eu somme, dont nos contratenrs aient pu se servir, poar admettre la soi-diaant lepsie de I^ichelieIl (1).

T'ai hâte d'arriver à Pierre le Graud. « Nons cher- TÏODS vainement ailleurs une cooârmation plas éclate de nos idées, dit Morean (de Tours), nne preuve pins iente des rapports que nous sonteuons exister entre at névropathiqne et certains états intellectnela et actifs. Génie à sa plus liante pnisBance, imbécillité géniale, vertus et vice également poussés à l'extrême, portements maniaques, irrésistibles, immédiatement ^îs de repentir, passion de l'œuvre civilisatrice qu'il irsuit poussée jusqn'an parricide, babitndes crapuies, attaques épileptiformes, etc., tout se trouve ni chez le tsar Pierre ou dans sa famille {p. 520} b. I^ombroso se contente de signaler Pierre le Grand iraeépileptique (p. 68), ivrogne {p, 86) et maniaqne 312] ; ceqni est d'ailleurs sniïïsanti 'avone qu'au premier abord, comme on dit valgaireit, j'en avais fait mon deuil ; cet homme extraordinaire. ie puissant d'nne part, ivrogne et assassin de l'antre, semblait destiné à grossir le nombre, si restreint dn e, des dégénérés justifiables de la doctrine du génieï. En y regardant de près, il m'a paru qu'il y avait autre explication.

ica faits ne sont pas contestables — à part l'épîlepsie. rre avait des absences, cela n'est pas douteux — mais .1 faut mettre sur le compte de la a boiseon » et non celui du mal comitial, dont l'existence che^i lui n'est lemeot prouvée. Il était aussi affligé d'un tic, con-

) Que ce grand homme ait été valétudinaire, comme l'auteur "artvfe, voilà qui n'est paa douteuï. Il souffrit toute ni vie évrea intermittentefl, de mîgraineaj de névralgies, des hémor-

Bi, de la gravelle ; la tête n'en resla paa moins saine. Cf.

«eux. Le (hrdinal de Bie'ielteu, pcusim. Paris, 1886.

sistant dans nn monvement de rotation de la face l gauche et en arrière, comme s'il eût voulu la mettrf entre les deax épanles on comme ponr apercevoir soi épée par-dessns sou épaule ganche. Ce tic le prenait surtout an début de certaines périodes d'abrutissement effet do vin, où il restait plongé des heures entières. Dt là, entre autres choses, « l'habitude de dormir les deus maiuB accrochées aux épaules d'un officier d'ordou' uance s.

« On a voulu y voir, dît M. Waliszewslri, la sourci des suppositions malveillantes dont les mœurs iutimei du souverain ont été l'objet |(1 ) s. C'était tout di même une singulière façon de s'endormir.

Mais à part l'épilepsie, on doit tenir pour vraies tontef les antres accusations portées contre Pierre I", « Le matii du 11 juillet 1705, visitant le monastère des Fères Basi' liens à Polock, il s'arrête devant la statnejde l'illustn martyr de l'Ordre, le bienheureux Josaphat. Ou l'a repré' sente avec une hache enfoncée dans le crâne. II demandi des explications : — Qui a mis ce saint homme à mort! — Les schismatiqaes I »(2) — Ahtahlles schismatiqueS; se dit Pierre, mais c'est nous autres! Et là-dessus, d'ui grand coup d'épée, il envoie le Père supérieur rejoindrf le bienheureux Josaphat. Les officiers viennent à la res^ cousse et cinq moines sont exterminés.

« îlien de mieux établi, en apparence, dit eucon M, Waliszewski, que sa réputation de férocité. C'est i voir pourtant. Il assiste fréquemment dans les chambrei de torture aux interrogatoires où l'estrapade et le knou font leur besogne, comme aussi sur les places publique; oti se déploie l'appareil des supplices les pins révoltants

(!) Waliszewski, Pierre le Grand. L'Education, Vkomiw '.'anivre, d'après des documenta nouveaux, 1 vol. in-S", p. 114 Paris, Pion, 1897.

(2) Ibid., p. 129.

On croît même qn'il n'y p«nlt pas tonjoors en simple

témoia Mais la diacossion soolevée i ce sujet me

semble oîsense. Qa'il fiuse à l'oocasÎMi le métier de bonrresa, punrqnoi pas? Il tût Uen ceaz de matelot on de menuisier, et il ne sent pas, il ne pent pas sentir la différence. . . Pierre coope donc les têtes ?c^eat possible. Et il tronve do plaisir i le fiùre? C'est probable, comme à &îre n'importe qnoi : le plaisir de l'action (1). >

Mais, permettez : l'action de conper des tâtes on d'assassiner à coap de sabre ne pent procurer dn plaisir qn'à denx aortes de gens : à des criminels, à des fona moraux on à des sauvages. Là perce le mot de Fénigme, la solntion de l'antinomie qne M. Waliszewski n'a pas Bn, pent-ètre n'a pas tooIo découvrir.

Pierre le Grand est nn eanvage, de &it — nn Tartare ( Tatar pour les Russes). Ce n'est pas seulement noe affaire d'entourage, de milieu ; nue bonne moitié de son sang est dn sang mongol. Cela parait avec la dernière évidence dans le portrait que renferme encore la cahnte de Zandam ; c'est nne affreuse croûte, mais nn portrait très ressemblant (2), et dans lequel l'obliquité des yeux, vaguement indiquée dans les antres K icônes », ne saurait être méconnue. C'est, du moins, ce qni m'a frappé ; et d'ailleurs combien de Moscovites, en ce temps-tà, pouvaient se vanter d'être des Slaves, des Aryens pnrsPDe pins, sa mèTe,KirillovnaNarychs- Idae parait bien avob été la descendante, non pas d'une famille tchèque, les Ifarisci, mais du tatar NariBch, retrouTé par l'historien Mnller dans l'entourage du Kniaz Ivan Vassilevitch (3).

Et de même qu'on ne pent pas dire des Tartares qu'ils sont des criminels on fons moraux, encore qne, dans ces

(1) Jbid., p. 133.

(2) SaDs quoi, vraÎBemblablement, on ne l'ebL pas cooaeivé.

(3) Ibid., p. 5.

temps lointains, leur caractéristique essentielle ait été Tamonr du pillage et le goût du meurtre, — de même on ne peut pas dire de Pierre le Grand qu'il fut un fou moral, mais seulement, pour une bonne part, un Tartare. En ce grand homme, il y eut véritablement deux natures ; par la bonne, par la nature aryenne, il fit les grandes choses que Ton sait et qui se peuvent résumer d'un mot : il créa la Russie. Avant lui, on ne voyait là qu'un affreux mélange de membres discordants, au milieu desquels dominait l'influence du sang mongol. Et qui sait? Si le tsar Pierre n'avait pas eu de ce sanglà dans les veines, — d'où sa nature inférieure, — il n'aurait pu déployer, je ne dirai pas l'énergie, mais la cruauté indispensable pour venir à bout de la race san-»^ guinaire des vieux Moscovites (1). Dans tous les cas, comme Tartare, il échappe à Moreau (de Tours) et à M. Lombroso.

Que dire maintenant de Napoléon, et quelle figure fait-il à côté de celui-là? Si Pierre le Grand a créé la Russie, Napoléon a failli causer l'anéantissement de la France. Comme Annibal, il savait vaincre, sans savoir, mieux que lui, profiter de la victoire ; esprit mesquin et rétrograde, sans autre génie que celui de la guerre — toujours inutile quand il est isolé (2) — toutes ses vie-

(1) Lisez, dans Voltaire, le récit de « Thorrible sédition de la milice desStrélitz i ou Streltsy (-ffw^. de Pierre le Orand, ch. iv). Voyez, à un autre point de vue, les mœurs étranges et ce l'équivoque (!) situation occupée par la future impératrice Catherine, parmi ses compagnes du gynécée commun, dont Pierre et Menschikof font tour à tour ensemble leur amusement. Elle est tantôt avec le tsar et tantôt avec le favori, etc. ï (Valizewski, p. 293). Tout cela ouvertement et tout cela connu, publié ensuite en Eussie, sans que le sentiment public en soit choqué. C'est comme un ressouvenir de la Polyandrie, cette forme de la famille primitive qu'on observe encore aujourd'hui chez les Moxigols du Tibet.

(2) «c L'immense ambition, dont il était dévoré, ne se trouvait réellement en harmonie, malgré son vaste charlatanisme caractéristique, avec aucune éminente supériorité mentale, sauf

toîres n'aboutirent qu'à un désastre, si bien qu'après avoir fait échec à la Révolution, après avoir mis la France sous sa botte, il la fit encore piétiner par celle des Prussiens et des Cosaques.

Mais puisqu'enfin j'ai dû admettre ici ce faux grand homme, me voilà contraint de le disputer à M. Lombroso qui le range, du premier coup, parmi les épileptiques. Après avoir cité un fragment de Taine sur Napoléon : « Maintenant, s'écrie l'auteur de YHomme de génie^ pour qui connaît la trempe psychologique de l'épileptique, il devient clair que Taine nous a donné ici le diagnostic le plus délicat et le plus j»récis d'une épilepsie psychique, avec ses gigantesques illasions mégalomaniaques, ses impulsions et la plus complète absence de la morale. L'épilepsie n'est donc pas, dans l'homme de génie, un phénomène accidentel, mais un véritable morbus totius substantiœj comme on dirait dans le langage médical ; de là naît un nouvel indice de la nature épileptoïde du génie » (p. 497).

C'est toat de même un peu fort, étant donné, surtout, que l'épilepsie n'est pas prouvée! L'auteur objectera qu'il ne s'agit pas ici du haut mal vulgaire, mais bien de quelque chose de psychique, de raffiné, d'une maladie de toute la substance, etc. Pourtant, comme l'épilepsie, proprement dite, a été alléguée, cela pourrait donner quelque apparence de réalité à la théorie ; seulement, c'est encore une assertion gratuite. « Pendant pins de onze ans que j'ai été constamment avec lui, dit Bourrienne, je n'ai jamais vu en lui aucun symptôme qui

celle relative à un incontestable talent pour la guerre, bien plus lié, surtout de nos jours, à l'énergie morale qu'à la force intelletuelle.jE) (Auguste Comte. Philosophie positive, t. VI, p. 386.) Cf. Pierre Laffitte, Bonaparte, in Jtevue occidentale, septembre 1897.

ressemblât le moins du monde à cette maladie » (1). Le fait d'avoir brisé un cabaret de porcelaine ou jeté au feu an vêtement qui ne. lui convenait pas (p. 493), décèle le tempérament d'un « rageur d et pas autre chose. En somme — et pour ne parler que du physique r— comme le dit Bourrienne, Bonaparte était très sain (2) et bien constitué ; l'épilepsie et la folie n'ont rien à voir

Je passe rapidement sur le grand Frédéric, auquel on reproche surtout le caractère plus qu'excentrique de son père : le roi philosophe ne a tenait » pas de lui — voilà tout.

Reste Rienzi. A ce dernier « des tribuns », M. Lombroso ne consacre pas moins de 26 pages d'an interminable et haineux réquisitoire (p. 406-432).

Que ce Cola^ ou Nicolas, fils d'un certain Lorenzo, aubergiste et d'une mère blanchisseuse, ait paru quelque peu déséquilibré, et que sa puissance de réalisation n'ait pas toujours été à la hauteor de ses conceptions ; qu'il se soit montré inférieur — pas tant, cependant, au point de vue de Taction sur les contemporains — en entendant trente messes du Saint-Esprit, dans la nuit

(1) Mémoires de M. de Bourrienne sur Napoléon, Paris. Londres, 1831, t. m et IV, p. 109.

Certaines gens récusent le témoignage de Bourrienne sous prétexte que celui-ci aurait été flanqué à la porte, par Napoléon, avec un coup de pied au derrière. Ce fait, d'ailleurs exact, ne saurait faire rejeter d*emblée les informatious si précieuses de l'ancien secrétaire intime, surtout quand elles cadrent avec le caractère et la conduite du patron; à plus forte raison, quand elles sont entièrement favorables à ce dernier. « L'accident de santé i>, dont Talleyrand fut témoin à Strasbourg, en septembre 1805, né saurait être accepté^ dans son isolement comme un accès d*épilepsie. L'empereur sortait de table et venait de passer quelques minutes, seul avec Joséphine. Il faut voir là tout simplement un cas de soi-disant congestion — je dirai d'ischémie cérébrale — consécutif à un bon dîner, probablement avec complications sexuelles immédiates (Cf. Mémoires du Prince de Talleyrand^ 1. 1, p. 295. Paris, 1890).

(2) L'afEection dont il mourut ne se déclara qu'à Sainte-Hélène ,

irécéda son premier triomphe ; qu'il ait manqué rit de suite et d'énergie snr la fin de sa carrière, )ilà C6 qui ne peut être contesté.

lia c'est abnser de la patience humaine, que de vonpour cela, en faire nn mouomaue a dont il aurait ; tous les caractères : tendance exagérée aux sym-

et aux jeux de mots (?), activité disproportionnée position sociale, original jusqu'à l'absurde et isant toute dans l'écriture (?), sens exagéré de sa re personnalité, » etc. {1).1

m8 ce reproche fait à Eienzi, d'avoir déployé une ité hors de proportion avec sa position sociale, lombroso laisse percer le bout de l'oreille, je veux ta haine judaïque, en dépit de ses déclamations conïtoires, contre tout ce qui est peuple, contre toute démocratique et vraiment sociale. Aveuglé par it de réaction, tout an plus veut-il bien reconnaître ibun le mérite d'avoir rêvé une Italie qui ne fût ni fe ni Gibeline et créé une « garde nationale ». Il ne pas que, dans sa rage, il arrive & eu faire un iné sans portée comme sans influence ; il va juslui refuser une part quelconque dans la défaite de tocratie(2). Mais alors le pauvre Rienzi n'a aucun

à figurer dans la galerie des grands hommes, un simple imbécile i politique et religieux »,

vérité est que ce fils de misérables, ponssé par ce : venu de je ne sais quel ancêtre — peut-être de ue contemporain des Gracques on de Oatilina — ; médité, dès l'adolescence, sur l'ancienne grandeur iuple romain, conçut le projet de la restaurer. Et la : énorme, stupéfiante, c'est que, pour un moment, 'Ut y réussir. Dans son enthousiasme, il osa rêver

Lombroso, he. cit., p. 433.

C Après que les nobles, dit-îl, furent, nottgrdct à lui, vain-

tc. », p. 417.

d'une révolution qui ne fût pas seuleinent municipale, pas seulement nationale, mais qui fût universelle. On a bonne grâce en vérité à se moquer de ses « messagers de la paix », envoyés par toute Fltalie pour y porter la bonne nouvelle, d Ces idées, dit le professeur Villari, furent accueillies avec transport dans toute la péninsule. Les cités provinciales rendirent hommage à Rome et à son tribun et presque tout le reste de Fltalie lui donna soh adhésion avec enthousiasme. Et ce ne fut pas seulement la multitude qui parut entraînée : des hommes, comme Pétrarque, furent transportés de joie. Le poète exalta Cola di Rienzi comme un être sublime et surnaturel, comme le plus grand parmi les anciens et les modernes. Le 1®' août, Rienzi chaussa les éperons de chevalier et publia un décret portant que Rome reprenait son ancien droit de juridiction sur le monde, plaçant l'Italie sous l'invocation du Saint-Esprit et octroyant le titre de citoyen romain aux habitants de toutes ses cités.

« C'était un singulier mélange des idées de l'ancienne Rome avec celles du moyen âge. C'était le rêve de Rienzi ; mais c'était aussi le rêve de Dante et de Pétrarque. La conception de l'empire et l'histoire de l'Italie préparaient les voies à l'idée nationale. C'est ce que sut prévoir Rienzi, et cela constitue la vraie grandeur de son caractère, autrement non exempt de faiblesse et d'imperfections (1). »

L'éclatante victoire remportée par le tribun sur les Colonna, et le reste des nobles, ajouterai-je, ruina pour toujours leur parti. Jamais, depuis ce jour, l'aristocratie ne parvint à rétablir son influence à Rome. Voilà un résultat définitif et permanent à porter encore à l'actif de Rienzi, et suffisant pour justifier sa place parmi les bienfaiteurs du peuple et les amis de l'huma-

^^— ■■■i.»i» Il ■ ■ I , ■■■ — ■■ i__^i I I ■ Il I II 1^^ . ■— I ■—^■^■^

(1) Prof. Villari, Art. « Rome », in Enc. BriL, t. XX, 1886.

nité : génie incomplet, mais incontestable, dont on peut déplorer les imperfections sans avoir le droit de les rap- — '^"7 h la folie.

seul Cîésar, comme épileptiqoe, est donc & réserver

la série des chefs de penples.

léformateurg et/anatiques religieux. — J'en retiens

ni Paal, Mahomet, Lctsbb, Calvin, Jbannb d'Arc,

ne vois que ceux-là qni puissent figurer — non L les Héros de l'Hamanité, du cercle desquels ils arent à jamais exclus, à part Jeanne d'Arc, — au nombre des génies puissants, des têtes forteorganisées qni, par leur volonté, ont modifié la In monde. Cela n'entame eu rien la doctrine ibédIc \\.wfatum; maie la volonté, quoiqne déterminée, :on rôle aussi dans le cours circulaire des choses. Imettant tons ces gena-là — qui ne figurent pas non calendrier — je gâte ma statistique, je le i ; mais il n'y avait pas à se dérober, nt Paul et Mahomet ont déchaîné sur le monde le In Sémitîsme, en instituant les religions chrétienne isulmane, ces denx filles de la juive, comme dit .ire. Furent-ils l'un et l'autre épileptiques, ou, tont oins, visionnaires, hallucinés F Pour Mahomet, le n'est guère possible. Quant à saint Paul, la chose oins claire.

11 était petit de taille, dît M. Lombroso, trapu, une tête petite et chauve, le visage hâve, le nea in : maladif & canse d'une certaine infirmité qu'il le la sécheresse de sa chair et qui était certaineune grave névrose ; il avait une anaphrodisie lète dont il se vante souvent u (p. 504}.

lis d'abord, où l'autenr a-t-il pris ce signalement ?

Il nous cite Renan ; il devrait savoir que cet incomparable historien de la grandeur romaine dans les deux premiers siècles de notre ère, ne doit être consulté qu'avec la plus grande circonspection quand il s'agit des fondateurs du christianisme. Sa Vie de Jésus est un pur roman qui nous vaut,' pour le dire en passant, toutes les saintes et écœurantes palinodies dramatiques et plastiques de l'heure présente. Il en sait autant sur le nez et la barbe de Paul que sur sa politesse « qui était extrême (quand il le voulait) » et sur ses manières « qui étaient exquises» (1). Quant à ce que le traducteur de V Homme de génie appelle la « sécheresse de sa chair » (de Paul), ce pourrait être un indice plus sérieux, puisque c'est l'apôtre lui-môme qui étale cette infirmité ; de même pour les vivions.

Mais, pourquoi vouloir que cette soi-disant sécheresse, ou mieux cette épine dans la chair (2), soit certainement une grave névrose? D'autres penchent pour une ophtalmie (3). C'était « apparemment, quelque infirmité... », dit Kenan, qui, pour une fois, ne se lance dans aucune digression. Tenons-nous-en à cette vérité de La Palisse et laissons la « grave névrose » dont rien ne nous autorise à affirmer l'existence. Cette soidisant névrose aurait trait d'ailleurs aux extases et hallucinations de Paul ; et peut-on supposer qu'il ait dénoncé, comme une épreuve, comme un soufflet de Satan, ces visions et ces ravissements dont il est précisément si fier?

Ce n'est pas tout : en admettant même la réalité, l'existence objective de l'individu « saint Paul », reconnu comme l'auteur des quatre grandes épîtres, rien absolument, dans les faits de la cause, ne perriiet d'affir-

'\) Renan. Les Apôtres^ p. 169. Parie, 1866.

(2) Sx6Xo«|», quelque chose de pointu, II, Corinth,^ XII. 7.

(3) Cf. Nyegaard. UEcharde de saint Paul. DôIe, 1892.

mer la réalité de ses hallacinatione. Panl n'a pas connu le Ohrist ; il a entrepris — car c'eut lui et non Jésns — de faire da judaïsme élargi la religion Quiverselle, eu l'affranchissaDt nécessairement des petites pratiques de ia Loi, et aurtont, de la circoncision, obstacle insurmontable. Il se sert, ponr frapper les esprits, de la mort et de la résurrection du Galiléen. Et comme il lui faut vaincre la concurrence des « vieux obstinés » de Jérusalem, comme les appelle Renan, de ces colonnes dn Temple, Jacques, frère du Seigneur, Pierre et les antres authentiques disciples, il leur ferme la bouche avec ses visions. Sans doute, il n'a pas vécu avec le Christ ; mais il l'a vn, il lui a parlé ; bien mieux I le Maître s'est dérangé pour Ini tout seul et ainsi ce n'est pas des hommes, c'est du Oiel même qu'il tient, lai aussi, sa commission (l).Et que ces a archiapôtres {2) » le laissent tranqnille ! A Pierre, l'évangile de la circoncision, & lui ceini du prépuce. Ils l'ont contraint, ces vieux malheureux, à faire circoncire son ami Titns, mais en voilà assez; qu'ils s'arrangent, et si la circoncision ne leur suffit pas, x qu'ils se châtrent 1 » (3).

Ainsi, pour admettre les visions, les hallncinations de saint Paul, nous devons nous reposer sur son scnl témoignage ; et ce témoignage est trop intéressé, comme on vient de le voir, pourqu'en l'absence d'autres preuves, on puisse eu tenir compte.

Bien mieux I Voici maintenant M. R. Bteck qui nie l'authenticité des qiiatres grandes épltres. Mais alors il n'y a plas ni Paul ni visions, il n'y a pins rien ! Ce n'est pas le moment de discuter la valeur d'une pareille

[1) Voyez BHrtoul Gnlat. I. 1. e. q. et II Cor., IX. 1. Cf. Beoau. Leê Apôlrts, p. 186.

(21 II. Cbrmi., XI. 5.

(3) Qalat. V. 12. diitoxiiliovTai, comme qui dirait ; n: qu'on le» leur ceupe ! » C'est le Beus exact, daos as vulgaritiï voulue. Cf. Havet. Le ChriitianUme et teê originet, t. IV, p. 157, Parie, 1884.

assertion ; je ferai seulement remarquer que M. Rudolf Steck n'est nullement un athée, un libre penseur, qu'on pourrait accuser de partialité ; c'est un professeur de théologie à l'Université de Berne. Naturellement les orthodoxes lui ont répondu; mais la question reste pendante et la réalité objective de l'individu Paul, comme auteur des quatrés grandes épîtres, est actuellement trop problématique pour qu'au point de vue biologique pur, il y ait lieu de s^en occuper davantage. Pour Luther, par contre, l'état psychique morbide ne semble pas contestable, et, avec Jeanne d'Arc dont il a été question plus haut nous arrivons au chiffre de trois malades sur cinq réformateurs et fanatiques religieux.

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