‹ Génie et métierChapitre 13 sur 64 · Sainte-Beuve, Port-Royal, I · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Port-Royal, I

de la Passion n'avait été recueilli au xvne siècle que par du Ryer et Baro, et le Seuil de l'un et le Saint Eustache de l'autre, qui parurent en 1639 (sept ans avant Polyeucte) au milieu d'un silence et d'une indifférence unanimes, n'étaient pas pour encourager une tentative du même genre. Voulez-vous làdessus l'opinion d'un critique dramatique de 1637? « L'amour et la guerre fournissent seuls aux auteurs tous les sujets profanes du théâtre. Je dis profanes, pour ce qu'on y peut mettre d'autres beaux sujets tirés des livres saints, où les passions humaines peuvent jouer leur rôle, et où les vertus des grands personnages peuvent triompher des vices et cruautés des tyrans : mais tels arguments sont plus propres en particulier qu'en public, et dans les collèges de l'Université ou dans les maisons privées qu'à la cour et à l'hôtel de Bourgogne l. »

Mais, dites-vous, l'Église se devait d'aider et de favoriser ces retours à un art plus austère, moins pernicieux? — Du jour où le théâtre avait quitté le porche et la proteclion de l'Église, il avait perdu l'habitude et le droit de se recommander ou de s'inspirer d'elle, et, les représentations de l'un gênant les cérémonies de l'autre, le voisinage était incommode et la scission définitive. Et puis, la colère de Dieu est opiniâtre, et chacun sait que l'Église ne remet pas volontiers les fautes dont elle a pu souffrir. Et voilà sans doute pourquoi Hardy, le grand ébaucheur de sujets, n'eut même pas la fantaisie, parmi tant d'autres, de s'essayer une seule fois à ce genre. Au

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