Edouard Pailleron, la Souris. III. ix
2. V. Revue d'art dramatique, 1er juin 1890. Conférence faite à l'Odéon sur l'École des femmes.
race; Molière nous le dit1. Il s'est attardé volontairement, gaillardement, dans le célibat, qu'il a trouvé plein de charmes et de joies toujours renouvelées à chaque fois qu'il a détourné ses regards vers le ménage d'autrui. Au surplus, son égoïsme se renforce de toutes les ressources de son esprit : il est dilettante et dogmatique, dilettante au regard des autres, dogmatique quand il s'agit de son bien-être à lui; il est d'une race de sceptiques terribles, dès qu'ils s'avisent d'appliquer leur expérience aux choses du sentiment. Et cela le vieillit encore. A ne considérer que ce côté du personnage, en vérité l'avantage d'Horace est facile, et la bonne nature ne remporte pas un triomphe éclatant ni probant. Seulement, Molière qui a connu les hommes, sait qu'au fond des plus assurés se cache une misère secrète, une contradiction lamentable , qui est l'homme même, et comme la rançon de notre humanité. Le misanthrope sermonneur est amoureux d'une coquette. Tartufe dresse ses machines, joue son personnage et est vraiment un homme fort; mais la chair est faible, il a l'oreille rouge et le teint trop fleuri. Arnolphe est odieux par son égoïsme, qui absorbe tout en soi; mais il glisse de l'odieux dans le ridicule par l'effet d'une défaillance imprévue, d'une passion qui l'envahit peu à peu, et d'autant plus inévitable qu'elle est à l'origine comme le prolongement de l'amour de soi. Il devient un pauvre homme,