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Coquette, I

j'ai de m'ennuyer bientôt. » Elles ont d'ailleurs un chevalier, qui les vient « emprunter pour la journée », ou un traîneur d'épée qui leur tient compagnie pendant les quartiers d'hiver. Entre temps, elles font des visites de quartier, pour boire un peu. « Une charrette de foin a fait un embarras; ce qui nous a obligées de nous sauver chez Lamy, où nous avons bu chacune trois bouteilles de vin. » Madame la comtesse Isabelle préfère le vin à la tisane, et Madame la marquise Golombine sable le Champagne comme un homme.

J'exagère. Chevaliers, marquis ou officiers dînent chez Rousseau, restent cinq ou six heures à table, fument dix ou douze pipes, et « ont en outre la précaution, quand ils vont en femmes, de se rincer la bouche avec trois ou quatre pintes d'eau-de-vie. » Vous ne sauriez croire comme, après cela, on soupire tendrement, remarque le vicomte. Joignez qu'ils ne manquent jamais à faire leur main au lansquenet. « Comment voulez-vous, Madame? Pour être heureux, il faut jouer; pour jouer, il faut avoir de l'argent; et pour avoir de l'argent, que diable faut il faire? » Ils font des dettes, ou reçoivent quelques menus services de la dame de leurs pensées, comme d'être habillés et nourris; ils lui permettent de nourrir aussi leur laquais, et de payer leur fiacre. « Si nous nous mettons sur les obligations, personne n'en doit avoir à Madame de plus essentielles que moi. Depuis que je suis revenu de l'armée, je n'ai point d'autre auberge que sa maison. » Encore ne se « prostituent-ils » pas longtemps à leurs visites de digestion. Ils ont trop affaire ailleurs. Acaste et Clitandre étaient gens de

loisir entre le petit levé et le petit couché. Le Chevalier est un homme pressé, un véritable homme d'action : on l'attend partout. Il en perd la mémoire. « Je m'en vais voir sur mes tablettes. A quatre heures et quart chez la comtesse. Oh! ma foi, il est trop tard. Le mercredi à cinq heures chez Dorimène, qui m'a envoyé celte épée d'or. Ah! ah! La sotte prétention! Vouloir que je lui rende une visite pour une épée, qui ne pèse que soixante louis! Non, madame, je n'irai pas, vous dis-je : j'y perdrais l. » Au milieu de ces amants avisés mettez un juge, un bailli normand, parmi ces coquettes frénétiques quelque Bélise, qui date ses dépenses par calendes et veut de l'érudition jusque dans la cuisine; encadrez-les d'Arlequin, de Pierrot, du Docteur, du Mezzetin, qui couche sur les pieds de son maître pour lui tenir chaud, et lui déclare « qu'il n'y a de différence entre eux que celle qu'il y veut bien mettre », et voilà le personnel des pièces italiennes de Regnard.

Qu'est-ce à dire? Que l'auteur a vu se modifier sous ses yeux les mœurs de la fin du xvne siècle, et qu'il en a reproduit les traits les plus apparents sous les espèces de ces fantoches, et sans y chercher autre chose; que ces personnages bouffons ne font voir et n'étalent que des vices de surface et propres à forcer le gros rire; qu'ils ont plus de vivacité que de vie réelle, et plus de tics que de ridicules. Et cela même est un des éléments du vaudeville moderne. J'y vois une part de vérité contemporaine; mais l'observation ne va guère au delà de l'habit débraillé, du ton

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