Les Filles errantes, II, 3, 340, et le Joueur, I
Ils affichent d'ailleurs un beau mépris des préjugés, reçoivent de toutes mains, et parmi celles-ci des plus fines et des plus délicates, des mains de femmes, jeunes ou vieilles, selon le besoin. Pour peu qu'on les accable de présents, ils ont une gentillesse pleine de choses, et sourient : « Vous poussez ma complaisance à bout. » Ils savent toute l'influence d'une voix doucement infléchie et des épithètes choisies avec soin; ils ont pour amadouer une prêteuse sur gages ces épithètes et cette voix qui caressent :
Ma charmante, mon cœur, ma reine, mon aimable, Ma reine, ma mignonne, et ma toute adorable.
Ils sont des comédiens stylés qui savent user de leurs avantages.
Il faut les voir tituber avec art et cligner des yeux drôlement. Les leçons d'Arlequin ont profité, Seulement, comme ils n'oublient point qu'ils sont dans la maison de Molière, ils raccourcissent les crochets et surveillent leur aplomb. Regardez-les entrer chez l'idole de leur âme. Ils se rajustent, oh! ce qu'il faut pour souligner leur émoi, je veux dire leur teint animé et leur cravate chiffonnée. Ils sifflent entre les dents une édifiante chanson :
Je me console an cabaret Des rigueurs d'une Iris qui rit de ma tendresse : Là mon amour expire et Bacchus en secret Succède aux droits de ma maîtresse *.