Essai sur la littérature française
sombre , la maison vide de tout, sauf d'usuriers, les terres en décret, le lit à l'encan : esquisse complète de la comédie que Regnard aurait dû faire, et devant laquelle il a reculé. » Est-ce bien l'esquisse d'une comédie? Je sais un mélodrame, qui mouilla de larmes mes jeunes années, lequel ressemble furieusement à cela. Où êtes-vous, Trente ans ou la vie d'un Joueur, famille écroulée, père misérable, qui me tirâtes de si doux pleurs versés dans un élan de pitié et de confiance en la loi morale des mélodrames, qui est la trop juste punition du vice et l'inévitable apothéose de la vertu? Que de fois l'ai-je cherché sur l'affiche de Montparnasse ou de Montmartre, dans les soirées de « vague à l'âme », ce titre flamboyant et long, promesse d'une récréation saine, qui purge les passions, plaisir complet, cordial, réconfort, édification!... Mais revenons à Weiss. Outre qu'il est d'une méthode contestable de refaire une pièce pour la juger, au lieu de la juger telle qu'elle est faite, je ne puis penser que Regnard ait reculé devant cette conception de sa comédie, mais plutôt qu'il ne l'a pas un seul instant conçue ainsi. « Il fallait, disent les frères Parfaict, pour toucher l'auditoire, trouver le secret de l'intéresser pour le héros de la pièce, et le mettre dans une espèce d'obligation de le plaindre et de déplorer le sort d'un galant homme, qui, livré par un fatal ascendant à une passion funeste, n'a ni assez de force ni assez de prudence pour y résister l. » En écrivant mal, les frères Parfaict pensent souvent bien. Reste, en effet, à savoir si une pareille passion,