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Misanthrope, I, i

vous tout ce qu'il vous plaira. Regnard se fait aimer et désarme la critique d'un éclat de rire.

Il rit de nature, par besoin; c'est une fonction de son organisme. 11 épanche sans effort le trop-plein de sa gaieté dans ses œuvres. Je ne connais au théâtre qu'un homme aussi naturellement gai que lui, d'une gaieté plus bourgeoise, plus cocasse, plus truculente, mais moins fantaisiste, pétillante et perlée: je l'ai dit, c'est Labiche. Regnard a un fonds inépuisable de belle humeur expansive et communicative. C'est du gaz exhilarant qui fuse et à tout coup fait explosion. La gaieté bruyante de ses pièces n'est qu'un écho et comme un naturel prolongement de ses petits soupers. Ici l'on fait ce que l'on veut! C'est un concert tumultueux de voix suraiguës, flûtées, sonores, avinées, qu'un vent facétieux nous apporte de Grillon. C'est un monde qui ne tient pas en place, qui a de l'esprit au galop et de la passion après boire. Et l'on rit pour rire, et foin des raisonneurs ou des délicats! Malheur à qui garde son sang-froid ou simplement quelque bon sens : cette face blême de critique revient de l'autre monde et tombe, par un retour imprévu, au milieu d'une fête baignée de Champagne et de joyeux vivants sous les roses. Allez vous coucher, Rasile! Géronte gronde : on le fait passer pour fou ; il le deviendrait à moins. Mme Bertrand se fâche : elle est folle indubitablement. Elle déraisonne. Il a la tête tournée. N'ayez garde à ce qu'elle vous dira. Nous allons le faire enfermer. « Elle a les yeux hagards», observe Géronte; « il a quelque chose d'égaré dans la vue », repart Mme Bertrand. Et allez donc, allez vous coucher, Basile!

Ils ont tous un grain de folie. Il faut bien rire ; et plus on est de fous... La comédie de Regnard est le plaisant commentaire de cet axiome. La délurée Agathe en prend son parti comme les autres.

Elle tient des discours remplis d'extravagance, Elle court, elle grimpe, elle chante, elle danse.

Albert aura du bonheur s'il échappe aux Petites-Maisons. On le lui dit à son nez et à sa barbe, on le lui chante aux oreilles; et sa délicieuse pupille, tour à tour déguisée en musicien, vieille femme et dragon, le menace de la folie sur tous les tons. Momus est souverain dans cette demeure; et Carnaval, son compère, fait l'apologie du théâtre.

Vous venez à la comédie, Quand un opéra n'est pas bon.

Est-ce devenir sage? Non.

Ce n'est que changer de folie *.

Le moins insensé est encore le Distrait, qui n'est qu'un demi-fou. Il enferme deux maîtresses dans le même cabinet, pour les empêcher de se battre. Cet homme est né ingénieux. Quant au chevalier, son ami, pour couper court à la mauvaise humeur de Mme Grognac, il fait danser de force une courante à la vieille dame. Tout cela nargue le bon sens. Mais où prend-on, je vous prie, que le bon sens soit chose amusante? Érasme n'a-t-il pas écrit Y Eloge de la Folie*!...

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