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SCÈNE III

Sabine, seule.

Mes paroles m'ont animée; depuis longtemps elles me brûlaient. Tant pis. Être femme, après tout, ce n'est pas être femelle. L'âme a ses droits. Le corps ne domine et ne trahit la créature, que si le cœur est un

peu complice... Quelle est donc la supériorité de mon mari sur moi? Les idées? — Plates ou révoltantes, par système : il éprouve une orgueilleuse douceur à retrousser ses manches, quand il les retrousse, et à fourrager dans les choses sales, pour déclamer scientifiquement que voilà la vie, le tout de la vie; romantiques à rebours, pédants de l'ordure! Les sentiments? Ah! parlons-en, de ses sentiments : il n'a pas su comprendre ni deviner la femme, ivresse des sens, mais extase du cœur, fragilité d'émotion, mais éternité de dévouement, la femme, une source vive et inépuisable d'affections, et non pas seulement un engin de plaisir, un paquet de nerfs, un sexe avec du muscle alentour, comme ils disent... Ils sont une petite bande, qui ont étudié la femme dans le grand livre de la Préfecture, et pensent être sages... Pierre m'aime, il est mon époux, et je ne suis que sa femme, oui, rien de plus, pas même mère... PoUr s'être attaché à sa femme, il croit l'avoir rivée à lui. Et je sens trop, hélas! qu'il y a quelque chose en moi, malgré moi, que son baiser n'atteint pas, que ses théories révoltent, un instinct délié, une aspiration intime, qui est la femme même, bonnes gens, et contre laquelle tous les documents du monde ne prévaudront point. Mais on vient. Quelqu'un avec Pierre. Je ne suis pas en humeur de causer. [Elle sort.)

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