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L EGLISE DE GENEVE I9I

Toutes ces prospérités, ces bienfaits répandus sur une population laborieuse et pauvre, secourue et éclairée de la sorte, ne faisaient qu'irriter les haines protestantes ; le renom de l'évêque que son zèle apostolique entraînait dans toutes les directions, et qui, par son éloquence et sa parole enflammée, conquérait partout à son pauvre diocèse Taffection et le concours de toute l'Eglise, portait ombrage aux pasteurs et déroutait le gouvernement, qui avait pour idéal de réduire l'Eglise catholique à n'être qu'un instrument d'administration aux mains de l'Etat.

Pour contredire et renverser cette Eglise attachée à sa doctrine et indépendante dans son action, l'hérésie fit alliance avec les sociétés secrètes; les conservateurs s'unirent aux socialistes, le gouvernement de Genève se chargea d'accomplir le programme de l'Internationale en chassant les religieux, en exilant l'évêque, en mettant la main sur tous les biens et les objets du culte. On sait l'histoire. Les puissances européennes, qui avaient garanti la liberté de conscience, laissèrent opprimer les catholiques.

Devant l'Europe impassible, ils furent livrés ouvertement aux t3Tannies les plus absurdes et les plus violentes. La force prima le droit. La justice, la raison, la liberté, la propriété semblèrent bannies de la république de Genève. L'hypocrisie et le mensonge s'étaient mis de fête ; et le gouvernement ne manqua aucune vilenie. Pour s'emparer des églises concédées aux catholiques ou bâties par eux, il faisait semblant de

confondre le schisme avec la vérité, et prétendait observer la lettre des traités de 181 5 en mettant ses gendarmes et ses magistrats au service de prêtres renégats et mariés, parés du titre ridicule de vieuxcatholiques et jaloux d'entrer en possession des églises et des biens des paroisses. Cette orgie de sottise et de despotisme passa sur le canton de Genève sans entraîner ni faire plier une seule âme. Les catholiques se montrèrent d'une constance admirable; ils confessèrent leur foi avec une fidélité et un dévouement qui rappellent les anciens temps. Les églises profanées furent aussitôt remplacées; on bâtit des hangars, on loua des granges ; le sacrifice ne fut pas interrompu, et les prières ne cessèrent pas un instant ; les écoles souillées par des instituteurs sans religion furent remplacées par des écoles libres et catholiques ; les sœurs de Charité, chassées de la ville et du canton, emmenèrent leurs vieillards et leurs orphelins ; elles s'établirent sur les frontières du canton pour ne pas sevrer les enfants de l'air natal. Avec le dévouement de tous, les œuvres catholiques se développèrent. Le denier du clergé fut constitué; et depuis seize ans, il réunit les cotisations du peuple pour subvenir aux besoins des prêtres et du culte. Les aumônes ne chômèrent pas ; les dames de charité et les membres des sociétés de Saint-Vincent de Paul se multiplièrent et redoublèrent de zèle ; les pauvres n'eurent pas à pâtir; les orphelinats et les asiles, rejetés aux limites du canton, restèrent ouverts généreusement et charitablement.

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L'âme de toute cette action ardente, de cette confession pratique et énergique de la foi chrétienne était l'évêque.

Exilé par le gouvernement fédéral, enlevé de sa maison par le gouvernement du canton, prisonnier de la force armée et conduit à la frontière par les gendarmes, il ne s'éloigna pas de son Eglise; il la bénissait, la gouvernait et l'instruisait de son asile de Ferney. Les enfants venaient à lui processionnellement des diverses paroisses pour recevoir la confirmation; ses prêtres l'entouraient pour la retraite pastorale ; aucun exercice religieux n'était interrompu ; ses diocésains savaient le trouver pour leurs besoins, et ses lettres et ses instructions leur distribuaient à tous la vérité, la force et le courage. Pendant dix ans, il resta sur la brèche, fidèle à son poste, actif à son devoir. Il courait toujours le monde, et les grâces de la persécution prêtaient une nouvelle vigueur à son enseignement; l'auréoledu confesseur ajoutait àson éloquence. Nous n'allons pas faire l'éloge de l'apôtre non plus que celui de l'évêque. Le respect du caractère sacré nous arrête, et la vénération affectueuse pour sa personne nous retient. Qu'on nous permette une anecdote.

Il y a quelques jours, mourait en exil un vieux prêtre d'ancienne famille genevoise, aumônier de l'orphelinat de Plainpalais (i), fondé par Mgr Mermillod.

(i) Ancienne paroisse du canton devenue un quartier de la ville de Genève.

L'aumônier avait suivi sur le territoire français les orphelins de Genève, que cette re'publique ne voulait plus abriter parce qu'ils avaient été recueillis et qu'ils étaient nourris par les filles de saint Vincent de Paul. Ce vieux prêtre, qui vient de mourir à 83 ans, et dont on a ramené le corps dans son pays natal, où le clergé et les fidèles lui ont fait grand honneur, n'avait accepté ce poste d'aumônier de l'orphelinat que lorsque ses forces ne lui permettaient plus l'exercice du ministère paroissial. Avant d'être curé dans le canton de Genève, où il avait connu et goûté les exemples du grand M. Vuarin, il avait été vicaire à Carouge. C'est, on le sait, la paroisse natale de Mgr Mermillod ; et le petit Gaspard avait suivi les catéchismes du bon abbé Pictet, qui vient de mourir et qui avait ainsi préparé l'enfant à la première communion.

Or, au moment du Concile, l'abbé Pictet avait fait le pèlerinage à Rome, etMgr Mermillod voulut le présenter à Sa Sainteté le pape Pie IX :

— Ah ! lui dit le Souverain Pontife, c'est donc vous qui avez enseigné la bonne doctrine à Monseigneur !

Dans leur jovialité, les mots de Pie IX portaient tous. Que ne comprend pas la bonne doctrine ? la lumière, la vertu, l'héroïsme ? Evêque de la bonne doctrine, quel titre ! et si on pouvait se permettre de vouloir ajouter quelque chose à la parole du Pape, que n'aurait-on pas à dire ?

Après dix ans de son travail épiscopal en exil, Mgr Mermillod, sans être relevé de son poste de com-

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bat, vit le Pape Léon XIII changer son titre de vicaire apostolique en celui d'évêque de Lausanne et Genève (i). Il est à remarquer que ce dernier titre avait été relevé en 1819 au profit de l'évêque de Lausanne à la demande du gouvernement de Genève. Celui-ci ne désarma pas. La persécution n'est plus active ni entreprenante ; elle persiste, elle garde les biens du clergé, elle proscrit les écoles catholiques et les congrégations religieuses ; elle détourne les subsides que les traités l'ont obligée de donner au clergé catholique. Mgr Mermillod, évêque de Lausanne et Genève, installé à Fribourg, canton catholique et fervent, est toujours obligé de soutenir le faix de la guerre religieuse organisée à Genève et n'oublie pas les autres charges que lui impose la direction des populations catholiques des cantons de Vaux, de Neufchâtel et de Fribourg placées désormais à l'abri de sa houlette de pasteur. Il a à les protéger , à les défendre et à les enseigner. Les cantons de Vaux et de Neufchâtel ont des gouvernements protestants ; celui de Fribourg est tout catholique. Je n'ai pas besoin de dire de quel

(i) Cette année 1890, le Souverain-Pontife a appelé l'évêque de Lausanne et Genève, au Sacré-Collège. Toute la Suisse catholique et protestante s'est réjouie et s'est sentie honorée de cette élévation d'un de ses enfants. Des fêtes puhliques, religieuses et nationales ont éclaté dans tous les cantons. Celui de Genève seul est resté boudeur: il s'obstiue à garder rancune des persécutions et des injures dont il s'est rendu coupable, et où il enrend persévérer jusqu'à ce que vienne le temps de !a justice de Dieu.

honneur et de quelle confiance il entoure son évêque. A Fribourg, à Lausanne et à Neufchâtel comme à Genève, Mgr Mermillod ne réclame rien que la liberté' de l'Eglise. Son épiscopat notera à Fribourg; et ne fût-ce que par l'établissement de la Faculté catholique, la Suisse tout entière en gardera mémoire.

C'est à Fribourg, comme nous l'avons dit, qu'ont eu lieu les fêtes du jubilé épiscopal de cet évêque de la bonne doctrine : et les journaux en ont donné les détails. Des évêques de France, NN. SS. d'Annecy, de Saint-Claude et de Valence, s'étaient unis aux prélats suisses de Bâle, de Sion, de Lugano et de Bethléem pour fêter l'évêque confesseur. « Ah ! disait « celui-ci dans une lettre au clergé de son diocèse, « si nous ne suivions que nos attraits personnels et « si nous n'écoutions que les besoins de notre âme, « nous aurions voulu passer ce jour natal de notre « ordination d'évêque dans la solitude et dans la « prière. »

Mais « les prescriptions de l'Eglise et ses plus an- « ciens canons commandent que la solennité anni- « versaire de la consécration des temples et des « évêques, soit célébrée avec pompe. »

La ville et l'Etat de Fribourg avaient déployé toutes leurs pompes au dehors de l'église ; au-dedans, la messe pontificale a été célébrée par Mgr Mermillod ; l'évêque de Valence a prononcé un remarquable discours, où il a exposé ce que c'était qu'un évêque, et a indiqué, avec une grande délicatesse, les beaux traits

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