L ÉGLISE DE GENEVE I
qu'il en avait devant les yeux. Le soir, Mgr l'évêque de Bâle a prononcé le sermon en allemand. L'enthousiasme était dans tous les coeurs, disent les correspondances, et les « autorités cantonales s'étaient fait « les interprètes autorisés du sentiment de la popu- « lation ».
Le bon abbé Pictet, dont nous parlions tout à l'heure, tout au bord de la tombe, partageait dans son âme la gloire et l'honneur de son petit élève de Carouge. Combien d'autres âmes, dans toute l'Eglise, se sont associées aux fêtes de Fribourg et ont répondu à l'appel deMgrMermillod! Nous regrettons de ne pouvoir citer en entier la lettre du pasteur au clergé du diocèse :
« Lorsqu'il y a vingt-cinq ans, dans le palais du Vatican, l'auguste Pie IX, le 25 septembre 1864, nous consacrait lui-même et nous imposait les mains, nous marquait de l'onction des pontifes, nous bénissait étendu sur le parvis du sanctuaire et nous recommandait d'aimer Jésus-Christ, de prêcher son Evangile dans la pureté, de servir les âmes, de chérir et soulager les pauvres, de bénir ceux qui maudissent, et surtout d'aimer la sainte Eglise, de défendre sa liberté et la vérité dans sa virginale délicatesse et de ne la trahir jamais par la peur ou par la flatterie, nous étions saisi d'une religieuse terreur, confondu de ce que, de notre obscure origine, la Providence nous appelait à ce sommet redoutable de la hiérarchie sacrée. Après un quart de siècle, après cette longue expérience et à travers des vicissitudes diverses, ces exhortations nous apparaissent dans un lumineux et terrible éclat, qui nous rap-
igS GENS d'Église
pelle les paroles de l'Evangile : « A celui à qui il a e'té « donné beaucoup, il sera demandé beaucoup; et à celui « à qui on a confié davantage il sera réclamé davantage. »
« Voilà, mes bien-aimés frères, ce qui nous préoccupe par-dessus tout ; dans une vie où l'activité forcée des temps actuels appauvrit trop souvent la sève intérieure, où la nécessité des œuvres peut diminuer parfois l'esprit d'oraison et le sens surnaturel, où il est si difficile de marcher entre les témérités provocatrices et les lâchetés fléchissantes, que de manquements, que de lacunes, que de faiblesses, que d'esprit propre ont pu se glisser dans ce qui paraît aux yeux des hommes l'ardeur du bien et n'est peut-être que l'élan de la nature ! Nous ne sommes réellement que ce que nous sommes sous le regard clairvoyant du Juge des justices. Aussi il nous sera doux de penser que cette fête sera une fête de prières, de supplications, de communions pour l'évêque que le glorieux pontife Léon XIII vous a donné, il y a six ans, comme guide et comme père. Les années disparues, une santé qui s'affaiblit sous des coups successifs, sont de sérieux avertissements que nous devons envisager avec la foi qui inspire notre confusion personnelle et notre confiance dans les mérites infinis de notre bon Sauveur.
a Nous vous conjurons donc avec larmes, prêtres et fidèles, surtout les pauvres, les malheureux et les petits enfants, de prier le Seigneur pour votre évêque ; nous demandons aux familles chétiennes de réciter un chapelet en commun pour l'évêque qui a béni presque tous les foyers du diocèse dans ses courses pastorales; nous sollicitons nos ferventes et chères communautés religieuses d'être les plus généreuses dans ce concours de prières et de communions. »
Cet appel n'aura pas été seulement entendu dans