‹ Gens d'ÉgliseChapitre 9 sur 15 · L'ÉGLISE DE LAUSANNE ET GENÈVE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DE LAUSANNE ET GENÈVE

Fôte de saint Martin, n novembre il

*v mois de septembre dernier, l'Eglise de ::^ Lausanne et Genève fêtait magnifiquement le jubilé épiscopal de Mgr Mermillod. Il y a vingt-cinq ans que le prélat sacré à Rome par Pie IX le 25 septembre 1864, au titre d'Hébron in partions, était, comme évêque auxiliaire, chargé de conduire et de gouverner les catholiques de Genève.

Les traités de 181 5 pour former le vingt-deuxième canton de la Confédération helvétique, avaient annexé à l'Etat de Genève la population de diverses paroisses de la Savoie ; ils avaient, en conséquence, sanctionné et garanti pour la ville et le canton l'exercice public du culte catholique, que la Révolution d'ailleurs avait elle-même inauguré dans la cité de Calvin.

Au temps de la monarchie Très Chrétienne, il n'y avait à Genève que la chapelle de l'ambassade du roi

i86 GENS d'Église

de France où la messe pût être célébrée, sous la protection des fleurs de lis. Les ducs de Savoie, dans les dernières années du dix-huitième siècle, avaient joui du même privilège.

A l'ombre du drapeau tricolore, au moment du Concordat, malgré la haine, les préjugés et tous les subterfuges des protestants, les catholiques s'étaient fait concéder, en vertu du droit commun, une église que Calvin avait jadis convertie en temple, et qui, réconciliée sous son ancien titre de Saint-Germain, fut rendue au culte public. C'était peu qu'une seule église; et l'insuffisance en devint de plus en plus manifeste à mesure que se grossit la population catholique. Elle dominait dans le canton, et tendait à se développer dans la ville. En i85o, le grand Conseil céda à une commission de cit03^ens catholiques une portion de terrain appartenant à la ville. Le terrain est « destiné à la construction d'une seconde église « consacrée à l'exercice du culte catholique », dit le décret. L'Etat laissait à la charge des fidèles toutes les dépenses de construction et autres, n'entendant rien ajouter aux subsides que les traités de i8i5 et les divers actes diplomatiques qui suivirent, lui avaient imposés pour subvenir aux frais du culte.

Toutes les ressources des catholiques de la ville et du canton n'auraient jamais pu suffire à élever la magnifique église de Notre-Dame de Genève. Une partie des travaux, il est vrai, fut exécutée gratuitement. Les citoyens qui n'avaient pas d'argent donnèrent, de

l'église de GENÈVE I 87

tout leur cœur, leurs Journées à Notre-Dame et à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais, en déblayant le terrain et en jetant les fondations de l'église, ils comptaient sur la charité de leurs coreligionnaires et avaient fait appel à l'Eglise universelle. L'évêque de Lausanne et Genève (i) envoyait des quêteurs en France, en Belgique, en Allemagne et en Italie. Le Pape avait donné l'exemple, et de sa main avait mis sa signature à la tête du registre de souscription. La plupart des évêques suivirent son exemple; et, en apportant leur pierre à Notre-Dame, ils donnèrent aux prêtres de Mgr Marilley l'autorisation de qu-êter dans leur diocèse, et de faire, dans la chaire, appel à la charité universelle.

L'abbé Mermillod, alors simple vicaire de paroisse, se distingua dans ces exercices de l'apostolat et de la charité. Sa parole retentit dans les diverses églises, et elle y répandait la doctrine en sollicitant les aumô-

(i) Etienne Marilley, né à Chatel-Saint-Denis le 29 octobre 1804, ordonné prêtre à Fribourg le 28 mai i83i, vicaire à Genève en i832, et en i835 directeur du grand séminaire de Fribourg ; rappelé à Genève en iSSg, sur la demande de M. Vuarin, fut désigné pour son successeur en 1843. Mais le conseil d'Etat refusa de l'agréer et le fit jeter hors du territoire de la république en 1844. Préconisé évêque de Lausanne comme successeur de Mgr Thomas Yenny,il fut sacré le i5 mars 1846, fut violemment arraché de son évêché Je 18 octobre 1848, incarcéré à Chillon et jeté sur le territoire français, où il reçut l'hospitalité du comte de Divonne jusqu'en i856 qu'il fut rappelé de son exil; il donna sa démission en 1879 et fut, en i883, préconisé archevêque de Myre. Il est mort le 17 janvier 1889.

i88 GENS d'église

nés. Je tiens d'un saint prêtre, qui a été un quêteur intrépide, que le grand moyen de rendre une quête fructueuse est la pratique même de l'aumône. Avant de demander et pour préparer les voies, il n'est rien de tel, assurait-il, que de commencer par donner. Mgr Mermillod connaissait sans doute ce secret-, tout en quêtant et prêchant pour Notre-Dame de Genève, il prêcha pour la plupart des œuvres catholiques de France et de Belgique et les aida puissamment.

Depuis plusieurs années, son apostolat par le monde lui avait ouvert toutes les chaires de la chrétienté. S'il prêchait au profit des bonnes œuvres, et à leur grand profit, il prêchait aussi les bonnes œuvres. Je me souviens d'une retraite aux conférences de Saint- Vincent de Paul, à Paris, au travers des courses pour l'église Notre-DamiC de Genève, vers i852 ou 1 853, qui est restée vivante dans les souvenirs des anciens membres de la société. On sait combien la parole de Mgr Mermillod est vivante et pénétrante. Quand il fut évêque d'Hébron et auxiliaire de Genève, Louis Veuillot, lors du Concile, signalait le Jeune prélat comme l'auxiliaire de tout le monde. Avant d'être évêque auxiliaire, il avait été prêtre auxiliaire, peut-on dire, de tout le monde, en effet, et missionnaire dans toutes les églises. Les fruits qu'il recueillait de toute part, tant d'œuvres soutenues, encouragées, éclairées, contribuaient à la gloire de Dieu et au prestige de Notre-Dame de Genève.

La sainte Vierge, installée publiquement et glorieu-

l'église de GENÈVE 189

sèment au sein de la cité de Calvin, y avait fort à faire. L'hérésie ne désarma pas. Elle avait beau n'avoir plus de doctrine, et se sentir impuissante à formuler la moindre croyance ou à reconnaître la moindre vérité, elle avait la haine; et tout ce qui touchait à la foi et à l'honneur de l'Eglise lui était odieux. Elle voulait arrêter ce qui se faisait, détruire ce qui était fait, anéantir et opprimer l'Eglise. Depuis 1799,011 M. Vuarin (i) est rentré à Genève en apôtre, au nom du droit commun, la lutte n'a pas cessé. Tous les subterfuges, tous les artifices, tous les pièges ont été ten-

(i) Jean-François Vuarin, né le 10 juin 1769 au pied du Salève, à Collonges, au diocèse de Genève, dont l'évêque re'sidait à Annecy. Après ses études aux séminaires d'Annecy et de Saint-Sulpice, à Paris, M. Vuarin, licencié en théologie de Sorbonne, fut ordonné diacre à Annecy le 22 septembre 1792, au moment de l'invasion des Français. Il ne resta pas inactif durant la tourmente, et fut ordonné prêtre le 10 juin 1797, à Fribourg; il confessa sa foi avec une énergie et une activité miraculeuse, pendant la recrudescence de persécutions qui suivit le 17 fructidor, se multipliant à Genève et dans tous les environs. Il ouvrit dans la ville une chapelle publique le jour de Noël 1799. Ce ne fut qu'en 1802, lorsque le diocèse de Genève venait d'être réuni par le Concordat à l'archevêché de Chambéry, que M. Vuarin put installer le culte catholique dans l'église réconciliée de Saint-Germain. En 1S06, il fut nommé par décret impérial curé de Genève. Il ne voulut jamais accepter d'autre titre. Il mourut le 5 septembre 1843, après une vie extraordinaire d'oeuvres, de travaux, de luttes, de succès, d'audace, d'industries et de prudence, dont le récit est une admirable partie de l'histoire de 1 Eglise au xix' siècle, et où interviennent, avec le Pape, les divers souverains de l'Europe. L'Histoire de M. Vuarin et du rétablissement du catholicisme à Genève par MM. Martin et Fleury, forme deux volumes in-S». Genève, 1862.

I go GENS D ÉGLISE

dus aux catholiques, et l'effort du gouvernement a toujours visé à leur écrasement. Comme curé de Genève, M. Vuarin a inauguré la résistance ; et il a laissé des traditions superbes et héroïques, que ses successeurs n'ont pas consenti à voir périr. Il a constitué au sein de la Rome protestante l'action et les œuvres catholiques qui ont su se maintenir et se développer. M.'Dunoyer(i), qui lui succéda, avait pour vicaire l'abbé Mermillod, avons-nous dit, un enfant de Carouge, qui, avant d'être évêque, fut à son tour curé de Notre-Dame de Genève, qu'il avait tant contribué à élever. Avec son concours et sous son influence, les paroisses se sont augmentées à Genève, les œuvres catholiques ont pris racine et ont provigné de toutes parts, les écoles se sont multipliées, les hospices et les asiles se sont développés.

(i) Joseph-Victor Dunoyer, né à Carouge le i3 décembre 1801, séminariste à Chambéry et ensuite à Saint-Sulpice, prêtre en 1825, vicaire à Genève et chapelain des prisons. Son zèle le rendit odieux au gouvernement du canton, et l'évêque d'Annecy l'attira dans son diocèse, où il fut archiprètre-curé de Frangy en i83i. En 1846, Mgr Marilley le rappela dans son diocèse à titre de chancelier de l'evêché, et à la fin de la même année, il fut nommé curé de Genève et vicaire général de tout le canton : il se démit en 1804 et eut Mgr Mermillod pour sucesseur. M. Dunoyer était chanoine honoraire deBelley, d'Annecy et de Saint-Jean de Maurienne, chancelier d'honneur de N. S. Père le pape Pie IX, et en i865, protonotaire apostolique ad instar participantium. Il était vicaire général honoraire de Genève lorsque l'exil de Mgr Mermillod, 1873, le rendit à l'activité de l'administration diocésaine. Il est mort le 7 septembre 1876.

Page 1