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UN MARTYR AU LAOS

6 mars i885.

ES journaux, les députés, les sénateurs, et

je crois même bien les ministres ne sa-

^^5 vent pas trop pourquoi les troupes fran-

çaises sont allées dans l'Indo-Chine. Les fatigues de nos soldats, leurs combats et leur sang auront-ils pour toui fruit l'ouverture du fleuve Rouge au commerce du Yûn-Nàn ?

Le Yûn-Nàn est une province chinoise, et la Chine ne se soucie guère de la voie commerciale qu'un négociant français, intelligent et aventureux, avait reconnue en 1870 et forcée en 1878 (i). Au fond, et en tant que nation, nous soucions-nous beaucoup nousmêmes de cette route fluviale? Un héros, Francis Garnier (2), l'avait conquise. Nous l'avons aban-

(i) Jean Dupuis.

(2) Tué à Ha-Noï, au mois de décembre 1873.

lyO GENS D ÉGLISE

donnée (février 1 874) assez sottement peut-être, et assez vilainement sans aucun doute. Quelle force mystérieuse, après un cycle de dix ans, nous ramène vers le fleuve Rouge ?

C'est une grande chose que le commerce, et il a bien des conséquences. La France l'honore et même le pratique ; toutefois elle n'en a pas le génie ni la patience, et elle en laisse la passion à d'autres peuples. Des liens plus mystérieux et des attraits plus puissants existent entre nos pays et les empires de l'Indo-Ghine, le Siam, l'Annam et les autres. Ces peuples sont païens, et le commerce que nous entretenons avec eux depuis plus de deux siècles est un commerce charitable et spirituel. Avant de leur donner le sang de nos soldats, nous leur avions prodigué le sang de nos prêtres. Ce sang a fructifié dans les deux hémisphères. Il a fait germer là-bas, il a nourri des chrétientés nouvelles. Ces prêtres annamites, dont on admire la gravité et le dévouement, ces religieuses Amantes de la Cî^oix (i), qui confessent Jésus-Christ

(i) Cette congrégation de prières et de pénitence, instituée en 1667, en même temps que le sacerdoce indigène, par Tévêque de Berythe, Pierre de la Motte-Lambert, — l'un des trois évêques fondateurs des Missions Étrangères, institués par Alexandre VII, en i658, pour les Indes orientales, — subsiste depuis deux siècles en Cochinchine et au Tonkin. Elle est approuvée par le Saint-Siège : elle ne fait pas de vœux perpétuels et n'a pas de costume particulier. Les Amantes de la Croix vivent du travail de leurs mains, dans la pauvreté et la mortification; elles visitent les malades et les soignent. Leur principal souci est le baptême des enfants moribonds, et elles

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