UN MARTYR AU LAOS I7I
dans la pauvreté, servent les martyrs, les secourent dans leurs prisons et les suivent jusque dans leurs supplices, ont été' baptisés, élevés, formés, et se sont sauvés par les aumônes et le sang de la France. En retour de ce que notre patrie fait pour ces contrées où domine l'idolâtrie, ce troupeau de fidèles, de religieuses et de prêtres indigènes donne à notre pays le suffrage de leurs prières chrétiennes, une participation à leurs souffrances, les mérites même de leur sang versé avec le sang français par les persécuteurs. Par toutes ces puissances mystiques et vivantes, se développent dans notre patrie le goût et le génie de l'apostolat, l'amour, la poursuite et la vocation du martyre. Ce sont là, sans doute, les fruits propres et privilégiés de la sainte Eglise : elle les communique à toutes les nations baptisées, mais plus abondamment peut-être et plus particulièrement au moins à sa fille aînée, à cette noble nation des Francs qu'aime le Christ, disait la loi salique.
A travers les indignités et les douleurs de nos jours
sont toujours en course pour en découvrir ; en temps de persécution, elles cachent le missionnaire et sont les messagères de sa correspondance. En 1846, Mgr Retord, evêque d'Acanthe, se félicitait d'avoir dans sa mission duTonkin occidental six-centseize Amantes de la Croix, réparties dans trente couvents. En Cochinchine, elles font des écoles. Dans les deux pays, elles formaient en (854Soixante-douze communautés et comprenaient seize cents religieuses. Au témoignage de Mgr Retord, en une seule année, 1842, ces religieuses avaient baptisé cinquante mille petits enfants en danger de mort.
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nous conservons dans notre cœur une parole du Souverain-Pontife (i), et nous ne sommes pas le seul Français à qui Léon XIII ait expliqué le service et la gloire pour ainsi dire réservés dans l'Eglise à notre malheureuse patrie, qui même en nos jours d'humiliation et de douleur, prodigue partout son argent et son sang pour le royaume de Dieu ; et comment Lui, le successeur de l'Apôtre, le Vicaire de Jésus-Christ, le Vice-Dieu sur^la terre, Il fait assez fond sur cette mission glorieuse de la France, sur sa fidélité et son énergie à la remplir en dépit des ruines, pour espérer et affirmer que notre peuple ne sera pas rayé du nombre des puissances de la terre, et qu'il restera au nombre des nations civilisées pour être toujours le fils aîné de l'Eglise et le soldat de la foi.
Ce titre et les devoirs qu'il entraîne étendent notre influence sur toute la terre ; nos missionnaires prêchent Jésus-Christ à travers les feux de l'Afrique, comme au milieu des glaces du pôle. Avec l'empire d'Annam, les relations établies depuis plus de deux siècles ont pris un caractère particulier d'intensité et de régularité; elles se sont trempées dans les persécutions, que les interventions parfois mal combinées et mal soutenues de nos divers gouvernements politiques, ont déchaînées au milieu des chrétiens que nous avons baptisés et enfantés à l'Eglise.
La croix nous avait précédés au milieu de ces popu-
i) Voir PARMI LES LIS ET LES ÉPINES : Rome, Léon XIII.