UN MARTYR AU LAOS
lations. Le premier missionnaire débarqué en Cochinchine y trouva une croix, et on n'a jamais pu découvrir par qui elle avait été plantée. Elle attendait les apôtres. Les premiers qui parurent dans cette presqu'île, dont l'Annam occupe une partie, furent des Espagnols et des Portugais. C'est après avoir passé plusieurs années en Gochinchine que le P. de Rhodes, de la Compagnie de Jésus (i), né à Avignon, pénétra au Tonkin. Il resta pendant plus de trente ans dans ces contrées; il avait, seulement au Tonkin, baptisé plus de soixante-dix mille idolâtres. En 1645, il rentrait en Europe pour y poursuivre les intérêts de sa mission. Il voulait la doter d'un clergé indigène : il demandait au Souverain Pontife d'envoyer des évêques au milieu de ces peuples qui commençaient à naître à la foi. Jusque-là, l'Extrême-Orient n'avait vu que des prêtres, la plupart religieux, qui enseignaient Jésus- Christ, avaient donné le baptême, mais n'avaient pas pouvoir de communiquer le sacerdoce. Le Saint-Père accueillit la proposition du P. de Rhodes. Il s'agissait de choisir les sujets, et de les appuyer en Europe d'une congrégation qui put préparer des aides et des coopérateurs aux prélats, en attendant que la grâce fût assez abondante en ces pays pour qu'ils pussent d'eux-mêmes vivre, se gouverner et se perpétuer dans le sein de l'Eglise. Le P. de Rhodes avait tout
(I) Alex, de Rhodes, né à Avignon en iSgi, entré dans h Compagnie de Jésus en 161 a, mort en 1660.
d'abord pensé à la France ; il la tenait pour la pépinière des évêques et des prêtres destinés à élever les chrétientés de cette partie de l'Asie. Toutefois les circonstances l'obligèrent à rechercher d'abord le concours des autres nations. En Italie, en Suisse, en Espagne, en Portugal, en Allemagne, en Pologne ses démarches échouèrent : elles trouvèrent réponse en France dans le sein de ces congrégations que les Pères Jésuites avaient formées pour maintenir la jeunesse dans la piété, l'initier aux bonnes œuvres et la former à toutes les saintes pratiques.
Dans le simple but d'édifier les membres d'une de ces associations, le P. de Rhodes fut amené, à Paris, au sein de la congrégation dirigée alors par le P. Bagot (i). Les récits que le vieux missionnaire fit de ses voyages, de ses épreuves, de ses succès, de ses travaux apostoliques, enflammèrent les cœurs. Les congréganistes étaient pour la plupart des élèves des Jésuites. Quelques-uns d'entre eux étaient déjà dans les ordres, d'autres y aspiraient, peut-être de loin et plus ou moins vaguement ; la plupart ne songeaient qu'à se fortifier dans la piété et la dévotion, et à assurer leur salut en recherchant etaccomplissant la volonté divine. Le P. de Rhodes distingua au milieu d'eux les futurs évêques qu'il souhaitait aux Missions, et aussi, déjà préparés et réunis par la Providence, les ecclésias-
(i) Jean Bigot, né à Rennes en iSgo, mort à Paris supérieur de la maison professe (rue Saint-Antoine), le 19 mai 1664.
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tiques qui devaient se dévouer en France à appeler et à former les missionnaires aspirant à travailler dans ces futurs diocèses de l'Extrême-Orient. Les choses mûrirent lentement. Elles soulevaient bien des difficulte's. Le zèle et la patience vinrent à bout de tous les obstacles. Les prétendants missionnaires furent présentés au Pape : trois d'entre eux reçurent à Rome (i658) (i) la consécration épiscopale ainsi que leur destination pour la Cochinchine, le Tonkin et la Corée. En même temps un docteur de Sorbonne, Vincent de Meur (2), célèbre par sa piété, ses lumières et son zèle, signalé à Golbert (3) lors des démêlés du ministre avec la Sorbonne, pour ses sentiments ultr.amontains, était chargé de fonder et de diriger à Paris la société et le séminairedes Missions-Etrangères. Je ne veux pas faire ici l'histoire de cette société. Louis XIV, qui connaissait son métier de roi, malgré ses tristes démêlés avec le Pape, avait compris l'importance nationale et politique de cette fondation religieuse. Il en favorisa le développement en France ; il l'aida et la protégea dans
(i) Les évêques de Béryte (Lamotte-Lambert), de Métapolis (Gotolendi) et d'Héliopolis (François-Pallu).
(2) Né à Tonquebec en basse Bretagne, docteur de Navarre, mort en 1668.
(3) M. Gérin a publié, à l'appendice de ses savantet Recherches sur l'Assemblée de 1682, le texte de ces notes curieuses sur la faculté de théologie en i663. Vincent de Meur y est, à diverses reprises, signalé comme un dévot toujours favorable au Pape, et que sa vie édifiante fait passer pour un homme apostolique, suspect dès lors et agissant mal au gré de la cour.
les pays lointains, et aussi s'appuya de son crédit et de ses travaux.
Le souci de la foi au sein des empires et des royaumes de l'Extrême-Orient a suscité et nourri depuis deux siècles, dans notre pays, un foyer de dévouement qui l'aide à l'accomplissement de sa mission providentielle. Le séminairedesMissions-Etrangères est comme notre école nationale et normale du martyre. Les Missions, sans doute, sont plus anciennes que le séminaire ; et avant qu'il fût institué, la France se dévouait déjà aux travaux apostoliques. Pour ce qui regarde l'A-Unam, la société des Missions-Etrangères n'a fait qu'entrer dans les travaux des Jésuites. Elle n'a, d'ailleurs, pas borné son zèle à l'Indo-Chine, et elle a rencontré dans ses divers travaux d'autres congrégations anciennes et nouvelles qui portaient et portent encore au bout du monde non seulement le sang de la France, mais tout le sang de la vieille Europe. Les missions franciscaines et dominicaines, celles des Carmes, ont précédé l'institut des Jésuites ; les Lazaristes, qui ont évangélisé la Perse et l'Asie centrale à peu près vers le temps où les congréganistes du P. Bagot et les élèves de Vincent de Meur entraient dans l'Indo-Chine, ont, à l'aide des filles de la Charité, pénétré dans les deux Amériques. Saint-Sulpice, au Canada, a versé son sang pour les Iroquois et les Hurons, et plus récemment, les Maristes ont donné le leur dans l'Océanie et l'Australie. Les congrégations nouvelles ont provigné de toutes parts. Le pôle nord a-t-il des retraites et